Interview | 3 questions à Georges-Etienne Faure, Directeur du Pôle souveraineté numérique au secrétariat général pour l'investissement

Ce contenu a été publié sous le gouvernement de la Première ministre, Élisabeth Borne.

Publié 21/06/2023 |Modifié 26/06/2023

Directeur du pôle Souveraineté numérique depuis mai 2021 au sein du Secrétariat général pour l'investissement, ce spécialiste en innovation et numérique revient dans cette interview sur le rôle et les ambitions de ce pôle ainsi que sur les grands défis à venir pour le secteur du numérique.

1/ Pouvez-vous nous présenter le Pôle « Souveraineté numérique » et ses différentes composantes ?

L'équipe numérique de France 2030 est composée de cinq personnes ayant vocation à coordonner les travaux des différents ministères sur l'ensemble des chantiers numériques et assimilés. C'est à dire que nous accompagnons les stratégies sur le cloud, l'intelligence artificielle, la 5G, la cybersécurité, le quantique ou encore le numérique écoresponsable, l'électronique, la robotique, et les machines intelligentes. Nous avons donc un périmètre très large qui va des couches bas niveau du matériel, du hardware, les composants électroniques jusqu'aux usages logiciels les plus avancés comme l'intelligence artificielle par exemple. La raison d'être de notre pôle est de veiller à une cohérence dans ces différentes politiques publiques, puisqu’il y a entre le cloud et la 5G, entre l'IA et l'électronique des passerelles et des recoupements évidents.
Notre rôle est aussi d’être un levier pour les autres pôles de France 2030, puisque aujourd’hui, le numérique est partout dans l'innovation et est pervasif dans tous les domaines de recherche. Nous avons aussi vocation à être des référents pour l'enseignement numérique, la transition écologique ou encore la santé numérique.

2/ Quelles sont les ambitions France 2030 du Pôle Souveraineté numérique ?

Le numérique est aujourd'hui particulièrement dominé par des acteurs étrangers notamment américains ou chinois. Ils sont devenus tellement grands et parfois hégémoniques dans leur secteur que l’on peut craindre une perte de souveraineté. Ce qu'on appelle souveraineté, c'est le fait d’être en capacité de choisir de bout en bout notre propre destin. A titre d’exemple, si les trois quarts des données de nos entreprises et de nos citoyens sont stockées sur des serveurs hors du territoire européen, ou gérées par des acteurs dont les intérêts économiques les obligent à répondre à des gouvernements non alignés, sommes-nous maîtres de notre destin ?
Si 80 % de notre consommation culturelle se fait à travers un revendeur qui est un revendeur américain, qui à chaque fois va prendre sa marge, qui va même pouvoir opérer ses propres choix éditoriaux, est ce qu'on a encore une souveraineté culturelle ? Et puis par ailleurs, si dans nos communications on est incapable de faire droit à des décisions de justice et à faire appliquer le droit français, ou si inversement, on est à peu près certain que les acteurs qui gèrent nos communications vont devoir appliquer un droit sur lequel nous n'avons pas la main, à ce moment-là, on peut considérer qu'il y a perte de souveraineté. Et donc notre travail au pôle Souveraineté numérique, c'est de faire émerger un maximum de solutions qui soit à la fois techniquement très pointues, et porteuses de souveraineté.
En France, nous avons des atouts, une recherche de grande qualité, de bons entrepreneurs, des financeurs qui jouent le jeu et on travaille avec cet écosystème de façon à faire émerger des projets, à les accompagner. Ce sont des choses qui prennent du temps. On imagine toujours des entreprises très agiles, très rapides. C'est vrai, il y en a, mais les très grandes entreprises se font aussi sur dix ans ou quinze ans. Au SGPI, nous essayons de le faire le plus rapidement possible, mais tout ne se construit pas en un jour.
La souveraineté de demain se construit dès aujourd'hui en favorisant la transmission de connaissances et d'excellence de la recherche vers les start-up, en favorisant le financement des entreprises les plus en pointe, mais aussi celles qui prennent en compte les spécificités européennes, comme les spécificités de langue ou de valeurs. Il y a notamment une conception française et européenne de la liberté d'expression ou de la protection des données personnelles.
Ces sujets peuvent et doivent être pris en compte dans les soutiens que nous opérons. Et bien sûr, nous accompagnons les entreprises qui ont un impact technologique et social important. Notre objectif, comme sur l'ensemble de France 2030, est d'avoir un impact sur l’économie et la société française. Et pour atteindre nos ambitions, nous disposons d’une enveloppe d’environ 10 milliards d’euros.

3/ Quels sont les principaux défis à venir et comment comptez-vous les relever ?

Pour accompagner l’innovation et la recherche au service de la souveraineté numérique, les défis sont multiples. Il y a d'une part l'élargissement des publics. Nos dispositifs doivent être visibles et connus de toutes les entreprises qui pourraient en bénéficier. Et pas uniquement des très grands groupes ou des start-ups mais aussi les nombreuses PME présentes dans notre pays. Nous accompagnons des entreprises pour leur expliquer et les convaincre qu'elles ont toute leur place à prendre dans France 2030. Notre rôle fondamental est d’accompagner tous les acteurs qui font le pari de l’innovation, en leur facilitant les choses, en partageant avec eux le risque. Il ne faut surtout pas que des acteurs de qualité se disent « c’est pas pour moi », ou « c’est trop compliqué».
C'est très important parce que plus on a de projets, plus on est en capacité de sélectionner les meilleurs. L'un de nos enjeux principaux est de rendre nos dispositifs plus lisibles, plus simples. Et toute l'équipe du Pôle Souveraineté numérique est ouverte à l'échange avec les porteurs de projets. Tous les mercredis après-midi, nous proposons des rendez-vous en visioconférence, l’agenda est ouvert à tous pour bénéficier d’un retour sur un projet, trouver le bon interlocuteur ou avoir un conseil.
Le deuxième enjeu, c'est d'élargir notre palette d'outils. Aujourd'hui, France 2030, c'est beaucoup de subventions et d'avances remboursables, notamment dans le numérique. Il y a aussi, bien sûr, un volet important d‘investissement en fonds propres. En revanche, la commande publique est encore aujourd'hui une modalité sous-utilisée. Dans le numérique, beaucoup de start-ups me disent préférer une commande plutôt que des subventions. C’est plus valorisant pour en entrepreneur, ça aide pour échanger avec des investisseurs, et ça met dans une logique vertueuse.
Le troisième chantier enfin, c'est d'être sans cesse réactif et à l'écoute de l'actualité sur les grands enjeux du moment. Dans le numérique, tout va très vite et nous devons être en veille au quotidien sur les nouvelles avancées technologiques et les nouveaux usages pour être au plus près des transformations profondes de la société, de l'économie et de la technologie à venir.
Découvrez tous les dispositifs de #France2030 relatif à la souveraineté numérique ici : /france-2030/appels-a-candidatures

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