1 juillet 2020

[Interview] Laurent Prévost, Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie

Laurent Prévost, Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, revient sur l'impact du Programme d'investissements d'avenir dans ce territoire ultramarin.
 

Comment les investissements d’avenir ont-ils contribué au développement de la Nouvelle-Calédonie ?
 

L'accès aux programmes d'investissements d'avenir en Nouvelle-Calédonie a débuté il y a quelques années. Souvent, les collectivités d'Outre-Mer, de par leurs spécificités, ne répondaient pas tout à fait aux exigences des programmes essentiellement dimensionnés par rapport aux sites régionaux métropolitains. Les acteurs en Nouvelle-Calédonie, avec l'appui des services de l'État, ont fourni un effort depuis quelques années pour adapter leurs candidatures aux différents cahiers des charges. De ce fait, les acteurs calédoniens ont réussi à être lauréats pour des PIA, preuve de leurs capacités d'adaptation. Les projets calédoniens bénéficiaires portent principalement sur deux champs cibles. Le premier correspond à l'enseignement supérieur et la recherche. Nous pouvons citer l'exemple du projet TREC de l'Université de Nouvelle-Calédonie avec 6 M€ sur 10 années pour favoriser la réussite des étudiants dans un calendrier austral en modulant les rythmes d'apprentissage selon 5 ou 7 semestres. Ce dispositif original permet de délivrer les diplômes dans un calendrier sans décalage par rapport à la métropole.

La problématique de la santé publique est également une préoccupation de la collectivité. L'institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie a été lauréat pour deux projets Investissement d'Avenir opérés par l'ANR. Le plus emblématique, parce qu’intéressant potentiellement d’autres outre-mer, est le dispositif de blocage de la transmission du virus de la Dengue par les lâchers de moustiques colonisés par la bactérie endosymbiotique Wolbachia opéré par l'Institut Pasteur en 2019-2020. L'objectif est d’étudier les effets réciproques de Wolbachia et de l’évolution du virus avant, pendant et après ce lâcher en Nouvelle-Calédonie.

Le deuxième champ relève des impacts environnementaux en Nouvelle-Calédonie. À titre d'exemple, le projet REPRISE d'un montant de 1 375 000 € dont 850 000 € PIA, a été décroché par la commune de Houaïlou avec l'objectif d'aligner les besoins d’atténuation industriels sur les besoins de restauration des écosystèmes pour la prévention des risques.

Toujours dans le domaine de la préservation, la collectivité a été le porteur du projet "Faire de la préservation de la biodiversité calédonienne un moteur de croissance dans le Pacifique" dans le cadre du programme Territoire d'Innovation du PIA.

L’un des 24 lauréats de Territoires d’innovation se trouve en Nouvelle-Calédonie. Comment comptez-vous saisir cette opportunité ?

La Nouvelle-Calédonie a en effet le privilège d'être le seul territoire d'outre-mer à héberger un lauréat de Territoires d'Innovation. C'est une reconnaissance du dynamisme et des capacités d'innovation de ce territoire. C'est aussi un défi car il appartient maintenant aux différents porteurs d'action de confirmer le potentiel qui leur a été accordé. (5,9 M€ en subvention et 8,7 M€ en fonds propre avec l'implication de 14 partenaires). Le projet Territoire d'Innovation calédonien, " Faire de la préservation de la biodiversité calédonienne un moteur de croissance dans le Pacifique" est basé sur une ambition forte : trouver des moteurs de croissance et de développement dans les richesses naturelles calédoniennes et notamment le parc marin de la mer de Corail, l’un des plus vastes du monde. Ces richesses sont souvent mises en avant : exceptionnelle biodiversité, immense espace maritime, avec les ressources qui y sont associés, un espace, terrestre et maritime, encore largement préservés. C'est la fragilité de cette richesse qui est souvent mise en avant. Il appartient aux entreprises calédoniennes de faire la démonstration que cette richesse peut faire l'objet d'une valorisation. D'une valorisation durable, c'est aussi une dimension qu'il faut souligner. Cela n'a rien d'évident, et c'est pour cette raison que la Nouvelle-Calédonie déploie tant d'effort pour structurer et densifier son écosystème de l'innovation.

L'opportunité à saisir est celle d'une économie à la recherche de nouveaux relais de croissance, d'un niveau de développement satisfaisant lui permettant de soutenir et faire croître un écosystème de l’innovation en pleine structuration. Les atouts, les avantages comparatifs existent, mais c’est maintenant au lauréat de faire la preuve de sa capacité à pérenniser le projet. Parce qu'en cas de succès, c'est de l'émergence de nouveaux modèles de développement économique territorial dont il s'agit : l'enthousiasme est donc bien compréhensible.

Qu’attendez-vous du nouvel appel à manifestations d’intérêt « Plan innovation outre-mer » financé par le PIA et qui ambitionne de faire émerger, en prenant en compte les atouts et contraintes des territoires ultramarins, des innovations à fort potentiel économique, social, technologique et environnemental ?

La Nouvelle-Calédonie représente un territoire atypique en terme de développement économique. En effet, l'industrie de la mine et de la métallurgie est bien structurée avec une sous-traitance bien fournie autour de cette activité. Cependant, le territoire reste encore soumis à des déséquilibres économiques sur le plan géographique. La diversification de l'économie calédonienne est une priorité de la gouvernance territoriale pour sortir du "tout nickel". Cette politique de diversification de l'économie ne peut passer que par la structuration de l'écosystème de l'innovation sur le territoire pour ouvrir des horizons par de nouveaux développements. Le Plan Innovation Outre-Mer est l'occasion de rassembler les acteurs académiques et les acteurs du secteur économiques à travers les instruments qui permettent d'assurer le continuum recherche-Transfert de Technologie-Innovation. Ainsi le Plan Innovation Outre-Mer permettra de faire converger les projets académiques vers la création de valeur et donnera la possibilité aux projets R&D du secteur privé d'accéder aux plateformes technologiques du monde académique.