Denis Ferrand

« Les pays de la zone euro ont très diversement absorbé le choc inflationniste de 2021-2023 »

Publié 18/01/2024 |Modifié 17/01/2024

Économiste et directeur général de Rexecode (Centre de recherche pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises), Denis Ferrand confirme la fin d'une période d'inflation historique pour les pays de la zone Euro. Malgré des causes communes, l'augmentation historique des prix ne s'est pas faite partout au même rythme. Pour l'expert, plusieurs facteurs expliquent la trajectoire singulière que l'inflation a suivi en France.

Quelle analyse faites-vous de la situation de l'inflation en l'Europe dans la période récente ?

Entre 2021 et 2023, les pays européens ont connu des niveaux d'inflation inédits depuis la création de la zone euro il y a plus de 20 ans : en moyenne, +9,1 % en 2022 et +5,2 % en 2023, selon Eurostat.
Si les causes étaient communes (pénuries en sortie de confinement, tensions sur l'énergie et les denrées alimentaires liées au conflit en Ukraine…) tous les pays de la zone n'ont pas connu une trajectoire d'inflation identique.
Le phénomène a ainsi été moins brutal en France où le niveau d'inflation a culminé à 7,3 % sur un an quand il atteignait par exemple 14,5 % aux Pays-Bas ou plus de 20 % dans les pays baltes !

Comment s'expliquent, selon vous, ces écarts de rythme ?

Il existe de nombreux facteurs qui tiennent aux mix énergétiques, aux stratégies d'adaptation à ce choc initial ainsi qu'aux modalités d'intervention.
La France, moins dépendante au gaz, a fait le choix d'atténuer le choc sur les prix énergétiques par la mise en place de boucliers tarifaires massifs.
L'Allemagne a elle aussi fait ce choix mais dans une moindre mesure. D'autres pays, comme la Belgique ou les Pays-Bas, pourtant très consommateurs de gaz, ont préféré laisser faire.
Un autre élément d'explication tient aux mécanismes d'indexation des rémunérations sur les prix. Ils sont limités au smic et aux retraites en France, quand ils sont plus généralisés et directs par exemple en Belgique.

Quel bilan peut-on faire du recours aux boucliers tarifaires ?

Au-delà de son impact immédiat sur le pouvoir d'achat, la mise en place de boucliers tarifaires pourrait avoir contribué à limiter l'emballement des dépenses publiques.
À court terme, cette mesure a certes pesé massivement sur les finances publiques (53 milliards sur 2021-2023, selon le Conseil d'analyse économique).
Mais cette dépense unique a permis de modérer l'inflation de 1,4 point à 2,9 points en 2023 selon les estimations et donc de limiter la revalorisation des retraites à hauteur de +5,3 % pour un coût annuel de 14 milliards d'euros.
Si l'inflation avait été de +8 %, le coût de cette revalorisation aurait pu atteindre 21 milliards d'euros, une hausse pérenne, contrairement à un bouclier tarifaire qui est une dépense certes massive, mais ponctuelle et réversible.

Sommes-nous enfin sortis de cette période de forte inflation ?

Les prix de l'énergie ont fortement décru et les produits alimentaires n'augmentent plus depuis 6 mois.
La récent affaiblissement de la demande et de l'emploi devrait limiter les effets de rattrapages des rémunérations (marges et salaires) sur les prix de production.
L'inflation semble donc aujourd'hui revenir dans son lit… Mais attention, ce lit se relève. De 0 à 1,5 % avant 2021, l'inflation devrait durablement passer à 2% environ.
C'est désormais du côté des déterminants plus structurels de l’inflation qu'il faut en chercher les causes.
À l'avenir, les prix incorporeront en effet nécessairement les coûts de la transition énergétique et de la sécurisation des approvisionnements notamment.

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