Manuel Valls à l'Assemblée nationale
14 janvier 2015 - Actualité

#Hommage : "Il y a quelque chose qui nous a tous renforcés, après ces événements, et après les marches de cette fin de semaine. Je crois que nous le sentons tous, c’est plus que jamais la fierté d’être français"

Manuel Valls a rendu hommage aux 17 victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier devant l'Assemblée nationale. "17 vies emportées par la barbarie" qui sont "autant de visages de la France et autant de symboles". Le Premier ministre a également salué "le très grand professionnalisme, l’abnégation, la bravoure de toutes nos forces de l’ordre - policiers, gendarmes, unités d’élite" et détaillé les mesures prises par le Gouvernement pour renforcer la sécurité des Français et lutter contre le terrorisme.
 


"Ces 17 vies étaient autant de visages de la France et autant de symboles"


Manuel Valls a rendu hommage mardi 13 janvier aux 17 victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier, "17 vies emportées par la barbarie".



Les terroristes ont tué, assassiné des journalistes, des policiers, des Français juifs, des salariés, personnes connues ou des anonymes, dans leur diversité d’origine, d’opinion et de croyance. "C’est la France qu’on a touchée au cœur", a réaffirmé Manuel Valls. "La France est debout. Elle est là, elle est toujours présente", et elle l'a démontré en se rassemblant dès mercredi, puis dimanche dans une grande marche républicaine sur l'ensemble du territoire "pour crier son attachement à la liberté, et pour dire un "non" implacable au terrorisme, à l’intolérance, à l’antisémitisme, au racisme".



Le Premier ministre a salué ("et le mot est faible", a-t-il souligné) le très grand professionnalisme, l’abnégation, la bravoure de toutes nos forces de l’ordre : policiers, gendarmes, unités d’élite. "En trois jours, les forces de sécurité, souvent au péril de leur vie, ont mené un travail remarquable d’investigation, sous l’autorité du parquet antiterroriste, traquant les individus recherchés, travaillant sur les filières, interrogeant les entourages, afin de mettre hors d’état de nuire, le plus vite possible, ces trois terroristes", a-t-il rappelé.

Il a également rendu hommage aux trois policiers tués pendant ces attentats, "trois parcours, mais trois Français. Trois serviteurs de l’État. Et devant les cercueils, aux côtés de leurs familles, il n’y avait que trois couleurs, celles du drapeau national".
 
 

   

"à une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis aussi avec la même force : jamais des mesures d’exception"


Face à ces événements Manuel Valls a appelé à ne pas baisser la garde. "Non seulement la menace globale est toujours présente mais, liés aux actes de la semaine dernière, des risques sérieux et très élevés demeurent". Il a rappelé que des moyens exceptionnels sont déployés pour assurer la sécurité des Français : près de 10 000 soldats et plus de 122 000 personnels assurent la protection permanente des points sensibles et de l’espace public.


 
"La France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical. La France n’est pas en guerre contre une religion", a réaffirmé Manuel Valls. A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. "Mais je le dis aussi avec la même force : jamais des mesures d’exception qui dérogeraient aux principes du droit et des valeurs".

Deux lois antiterroristes ont été votées il y a quelques semaines à une très large majorité, leurs décrets d’application sont en cours de publication. A cinq reprises, en deux ans, les services de renseignement français (DGSI et DGSE) ont permis de neutraliser des groupes terroristes susceptibles de passer à l’acte. Mais sans renforcement très significatif des moyens humains et matériels, les services de renseignement intérieur pourraient se trouver débordés. On dépasse désormais 1 250 individus pour les seules filières irako-syriennes. Les moyens nécessaires pour tenir compte de cette nouvelle donne seront dès lors affectés. La création de 432 emplois à la DGSI a ainsi été programmée, 130 sont déjà pourvus.

Pour aller plus loin, le ministre de l’Intérieur adressera au Premier ministre, dans les huit jours, des propositions de renforcement. Elles devront notamment concerner internet et les réseaux sociaux qui sont plus que jamais utilisés par les terroristes pour l’embrigadement, la mise en contact, et l’acquisition de techniques permettant de passer à l’acte.



Au cours de l’année, sera également lancée la surveillance des déplacements aériens des personnes suspectes d’activités criminelles, le système PNR (passenger name record). La plateforme de contrôle française sera opérationnelle dès septembre 2015.



Il reste à mettre en place un dispositif similaire au niveau européen. "J’appelle de manière solennelle ici dans cette enceinte le Parlement européen à prendre enfin toute la mesure de ces enjeux, et de voter, comme nous le lui demandons depuis deux ans avec l’ensemble des gouvernements, à adopter ce dispositif qui est indispensable : nous ne pouvons plus perdre de temps !"

Les phénomènes de radicalisation se développent également en prison. Un certain nombre de mesures sont mises en place par le ministère de la Justice depuis 2012. 182 aumôniers musulmans sont ainsi présents dans les prisons françaises. Manuel Valls souhaite donner un cadre clair à cette intervention pour parvenir à une réelle professionnalisation. Il a également annoncé que, sur la base de l’expérience menée depuis cet automne à la prison de Fresnes, la surveillance des détenus considérés comme radicalisés sera organisée dans des quartiers spécifiques créés au sein d’établissements pénitentiaires. Enfin, une formation de haut niveau sera dispensée aux services de la protection judiciaire de la jeunesse pour mieux comprendre le parcours de radicalisation des jeunes.



Enfin, le Premier ministre a demandé aux ministres de l'Intérieur et de la Justice d'étudier les conditions juridiques de mise en place d'un nouveau fichier, qui obligera les personnes, condamnées pour des faits de terrorisme ou ayant intégré des groupes de combat terroristes, à déclarer leur domicile et à se soumettre à des obligations de contrôle.


"Je ne veux plus que dans notre pays il y ait des Juifs qui puissent avoir peur. Et je ne veux pas qu’il y ait des Musulmans qui aient honte !"


Manuel Valls a appelé à lutter avec fermeté contre l'antisémitisme : "L’histoire nous l’a montré, le réveil de l’antisémitisme, c’est le symptôme d’une crise de la démocratie, d’une crise de la République. C’est pour cela qu’il faut y répondre avec force". "Quand on s’attaque aux juifs de France, on s’attaque à la France et on s’attaque à la conscience universelle, ne l’oublions jamais !", a-t-il déclaré avec force. "Et quelle terrible coïncidence, quel affront que de voir un récidiviste de la haine tenir son spectacle dans des salles bondées au moment même où, samedi soir, la Nation, Porte de Vincennes, se recueillait. Ne laissons jamais passer ces faits et que la justice soit implacable à l’égard de ces prédicateurs de la haine ! Je le dis avec force ici à la tribune de l’Assemblée nationale !"

Le Premier ministre a souligné qu'il fallait également protéger les musulmans. "L’Islam est la deuxième religion de France. Elle a toute sa place en France", a-t-il rappelé. Les musulmans eux aussi sont inquiets, "des actes antimusulmans inadmissibles, intolérables, se sont à nouveau produits ces derniers jours". "S’attaquer à une mosquée, à une église, à un lieu de culte, profaner un cimetière, c’est une offense à nos valeurs", a précisé Manuel Valls. Mais la République doit faire preuve de la plus grande intransigeance face à ceux qui tentent, au nom de l’Islam, d’imposer une chape de plomb sur des quartiers, de faire régner leur ordre sur fond de trafics et de radicalisme religieux. "C’est bien un débat au sein même de l’Islam, que l’islam de France doit mener en son sein, en s’appuyant sur les responsables religieux, sur les intellectuels, sur les musulmans qui nous disent depuis plusieurs jours qu’ils ont peur".

La réponse aux actes de racisme et d'antisémitisme repose sur la réaffirmation des valeurs de la République.



Ces valeurs, ce sont en premier lieu la laïcité, gage d’unité et de tolérance, et elle s’apprend à l’école, qui en est un des bastions. Manuel Valls a ainsi adressé, mardi 13 janvier, un "message de mobilisation totale" aux recteurs de France. "Un message d’exigence. Un message qui doit répercuter à tous les niveaux de l’éducation nationale, autour du seul enjeu qui importe : la laïcité ! La laïcité ! La laïcité, parce que c’est le cœur de la République et donc de l’école".
 

"Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs"


"Une seule chose compte, rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015. Ce moment où la France, après le choc, a dit "non" dans ce mouvement spontané d’unité nationale", a déclaré en conclusion Manuel Valls.



Rester fidèle à cet esprit, c’est apporter les réponses aux questions que se posent les Français, c’est comprendre que le monde a changé, qu’il y aura un avant et un après. Et au nom même de nos valeurs, apporter la riposte avec toute la détermination nécessaire : fermeté et unité, selon les termes utilisés par le président de la République ce mardi 13 janvier lors de l'hommage aux forces de l'ordre.
 
Il y a quelque chose qui nous a tous renforcés, après ces événements, et après les marches de cette fin de semaine. Je crois que nous le sentons tous, c’est plus que jamais la fierté d’être français.