Manuel Valls à l'Assemblée nationale
15 septembre 2015

#Syrie : "La France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme, l’islamisme radical. Ce sera long mais nous l’emporterons"

Manuel Valls a prononcé, mardi 15 septembre, comme le prévoit l'article 35 alinéa 2 de la Constitution, une déclaration sur l'engagement des forces aériennes au-dessus du territoire syrien devant l'Assemblée nationale. Il a rappelé que des régions entières de la Syrie étaient aujourd'hui abandonnées aux mains des djihadistes de Daech, avec pour première conséquence une menace pour notre sécurité. Le Premier ministre a exclu devant les députés toute intervention au sol.
 

Pourquoi agir en Syrie ?
 

Entre 20 000 et 30 000
C'est le nombre de ressortissants étrangers recensés dans les filières irako-syriennes.
Le nombre de Français ou résidents en France enrôlés dans les filières djihadistes est estimé à 1 880, dont 491 sont sur place. 133 ont à ce jour trouvé la mort.
"Le chaos règne en Syrie. Il déstabilise l’ensemble du Moyen-Orient", a rappelé Manuel Valls à l'occasion d'une déclaration du Gouvernement devant l'Assemblée nationale. Tout le grand-est syrien (30% de la Syrie) est aux mains des djihadistes, constituant pour Daech un solide bastion.

"La première conséquence, c’est la menace pour notre sécurité", a affirmé le Premier ministre. C'est en effet en Syrie que se trouvent les centres de commandement de l'organisation, que les filières recrutent des combattants, que se structure la propagande. "Entre 20 000 et 30 000 ressortissants étrangers sont recensés dans les filières irako-syriennes. Nous estimons le nombre de Français ou des résidents en France enrôlés dans les filières djihadistes à 1 880, 491 sont sur place et 133 ont à ce jour trouvé la mort et de plus en plus au travers d’actions meurtrières sous forme d’attentats-suicides", a-t-il rappelé.

Deuxième conséquence : Daech impose sa domination dans cet immense espace. "Daech est plus qu'une organisation terroriste. C’est un nouveau totalitarisme qui dévoie l’islam pour imposer son joug", a expliqué Manuel Valls, rappelant les massacres de mouvements de résistance, la mise en scène de la torture et de la barbarie, l'asservissement des minorités, le trafic, la vente d’êtres humains mais aussi l’anéantissement systématique du patrimoine universel de cette région. "C’est une part de l’Humanité et de son génie qui s’envole à jamais."

Enfin, le peuple syrien est aujourd'hui "un peuple décimé, dispersé, (...) un peuple déplacé, (...) un peuple, enfin, réduit à l’exil". 250 000 morts en quatre ans, dont 80 % sous les coups du régime et de sa répression. 4 millions de Syriens se sont réfugiés dans les camps du Liban, de Jordanie et de Turquie. "La crise des réfugiés est la conséquence directe et immédiate du chaos syrien." Des réfugiés qui fuient tout autant Daech que la barbarie du régime de Bachar Al-Assad.
 

comment agir en syrie



 
"Toute intervention terrestre, c'est-à-dire toute intervention au sol, de notre part, ou occidentale, serait inconséquente et irréaliste. Mais si une coalition de pays de la région se formait pour aller libérer la Syrie de la tyrannie de Daech, alors ces pays auraient le soutien de la France."
Les forces aériennes françaises survolent la Syrie depuis le 8 septembre dernier. "Il s’agit, d’abord, et avant tout, d’une campagne de renseignement grâce à des vols de reconnaissance", a indiqué le Premier ministre. Il s'agit ainsi d'identifier et de localiser le dispositif de Daech pour être en mesure de le frapper sur le sol syrien et d’exercer ainsi notre droit à la légitime défense, comme le prévoit l’article 51 de la Charte des Nations unies. "Ces missions de reconnaissance sont conduites à titre national, en pleine autonomie de décision et d’action." Le président de la République l'a redit hier, "des frappes seront nécessaires, et nous choisirons, seuls, les objectifs à frapper."



Ces missions s’appuient sur les moyens actuellement mobilisés dans le cadre de Chammal : 12 Rafale et Mirage 2000, un Atlantique 2 et un ravitailleur C135 sont engagés. La frégate Montcalm, déployée en Méditerranée, continue, quant à elle, de collecter les  renseignements sur la situation en Syrie.


 

Nous ne changeons pas de stratégie. Nous luttons contre le terrorisme


Manuel Valls a rappelé que la stratégie de la France était claire et cohérente : "Nous ne changeons pas de stratégie. Nous ne changeons pas de cible. Nous luttons contre le terrorisme." Lutter contre Daech ne peut être qu’un combat de longue haleine, a rappelé Manuel Valls, "qui doit être mené en soutien des forces locales qui sont en première ligne sur le terrain, et je pense en particulier aux Peshmerga kurdes que nous aidons et dont je tiens ici à saluer le courage."
 

travailler sans relâche à accélérer la transition politique en Syrie


Toutes ces actions militaires sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes. Face au risque de fragmentation du Moyen-Orient, nous devons donc intensifier nos efforts pour faire émerger des solutions politiques qui refondent l’unité de ces États et de ces peuples. "Nous devons également intensifier nos efforts en Syrie. L’urgence est au contraire d’aller vers un accord qui tourne définitivement la page des crimes de Bachar Al-Assad. Il est une grande part du problème, il ne peut, en aucun cas, être une solution."

Dans ce contexte, "la France parle à tous", a déclaré le Premier ministre. A la Russie, "contrairement à ce que j'entends parfois", aux pays arabes sunnites, à la Turquie et enfin à l'Iran.
 

Agir sur le plan humanitaire pour les minorités persécutées du Moyen-ORient


Le plan d’action de Paris a été adopté et "notre devoir est d’en assurer la mise en œuvre". "Dans l’attente d’un retour de la Syrie à la stabilité, nous devons venir en aide au peuple syrien". La France, le président de la République l’a proposé, organisera une conférence internationale sur les réfugiés pour mobiliser tous les pays, pour dégager les ressources financières qui font aujourd’hui tant défaut. "Je pense en particulier aux moyens dont doivent disposer le Haut Commissariat pour les réfugiés et le Programme alimentaire mondial, pour organiser aussi, au-delà des initiatives prises par l’Europe, la solidarité pour l’accueil des réfugiés avec les pays hôtes."
 
Engagement des forces aériennes au-dessus du territoire syrien : déclaration de Manuel Valls