Martin Shculz, Manuel Valls et Harlem Désir lors de la conférence des présidents des groupes politiques au Parlement européen
12 avril 2016

"Face aux crises que nous connaissons, l’Europe n’est pas le problème, c’est la solution. Mais pour cela, il faut s’en donner les moyens"

Manuel Valls était mardi 12 avril au Parlement européen, à Strasbourg. Devant les présidents des groupes politiques, le Premier ministre a appelé l'Europe à se donner les moyens, face aux crises et aux défis auxquels elle doit faire face, d'être la solution. "A ceux qui disent que l’Europe est une vieille idée, je réponds qu’elle peut quand même avoir un grand avenir. Travaillons ensemble à la réinstaller au cœur des peuples."
 
Le Premier ministre était en déplacement au Parlement européen, "où bat le cœur de la démocratie européenne." Un déplacement prévu en novembre dernier mais que Manuel Valls avait dû reporter après les attentats qui ont frappé la France. "L’Europe fait face à de nombreuses menaces, de nombreux défis", a-t-il déclaré. "C’est un constat lucide : l’avenir du projet européen est en danger. Comme jamais il ne l’a été.

Face à ce constat, l'Europe doit se réformer. "La France se réforme. Elle continuera à le faire", a affirmé le Premier ministre, parce qu'elle en a besoin, "pour lutter contre ce chômage de masse auquel nous avons fini par nous habituer ; pour regagner la compétitivité que nos entreprises ont perdue au cours de la décennie précédente ; pour restaurer nos comptes publics." "Mais tout ce que nous faisons ne pourra prendre toute son ampleur que dans le cadre de l’Europe", a-t-il poursuivi.

"La gravité du moment exige que tous ceux qui croient à l’Europe se mettent ensemble pour continuer à la bâtir. (...) Au fond, la méthode communautaire, c’est cela pour moi. C’est une méthode qui nous oblige à prendre nos responsabilités, à nous rassembler dans l’intérêt de tous les Européens, depuis la pointe du Portugal, jusqu’au nord de la Finlande ; depuis la pointe de l’Irlande, jusqu’au sud de Chypre."

Assumer l'Europe

Assumer ce qu’est l’Europe, cela signifie, d’abord, aller jusqu’au bout des décisions prises. J’assume de dire que sur Schengen, nous ne sommes pas allés jusqu’au bout et aujourd’hui, nous le payons !
Manuel Valls
Le 12 avril 2016, au Parlement européen

"L’Union n’était pas préparée à faire face aux deux chocs simultanés que sont la crise des réfugiés et la menace terroriste", a déclaré Manuel Valls devant la Conférence des présidents des groupes politiques au Parlement européen. Il a appelé à "aller jusqu'au bout des décisions prises" et à dépasser "les dilemmes insensés entre une "Europe passoire" et une "Europe forteresse" fermée sur elle-même. Il faut une Europe, ouverte sur le monde, mais  faisant aussi preuve de fermeté dans le contrôle de ses frontières et dans la gestion de ses flux migratoires".

Les solutions existent, il faut les adopter et les mettre en oeuvre :
 
  • les gardes-frontières européens, qui assurent la protection des frontières extérieures de l'Union européenne ;
  • le contrôle systématique des entrées et sorties de l'espace Schengen, seul moyen de traquer la fraude documentaire ;
  • la directive sur les armes, qui doit être adoptée car il est inacceptable qu’elles circulent comme de simples marchandises ;
  • le PNR (passenger name record) européen, inscrit à l'ordre du jour de la session plénière du Parlement européen. "Il est plus que temps d'adopter ce texte", a déclaré Manuel Valls. "Nos concitoyens ne comprennent pas que sur cette question, nous n’avancions pas. Ils ne comprennent pas notre incapacité à bâtir ce "pacte européen de sécurité."
Le Premier ministre souhaite également que toutes les chances soient données à l'accord entre l'Union européenne et la Turquie pour trouver une solution à la crise des réfugiés. "Cet accord est essentiel à la Grèce qui subit de plein fouet les flux ininterrompus de migrants. Et notre solidarité doit être totale ! Cet accord est également essentiel, pour que nous puissions accueillir dignement les réfugiés. C’est notre engagement. Il sera tenu."

Une ambition nouvelle pour l’Union européenne

"L’Europe ne peut pas uniquement subir. Nous devons aussi faire l’Europe autrement en regardant l’avenir", a déclaré Manuel Valls, constatant que "les lignes bougent sur beaucoup de sujets" :
 
  • Le plan Juncker a remis l’investissement au cœur de la stratégie économique européenne. "A nous de faire de ce plan une réussite collective."
  • La création d'un marché intérieur plus équitable. "Qui aurait pensé il y a encore quelques années que l’Union européenne se donnerait les moyens de lutter contre la fraude au détachement des travailleurs ou l’évasion fiscale ? Ces fléaux minent le projet européen. Il est impératif de s’y attaquer."
  • Pour la jeunesse, avec l’augmentation de 40% du budget du programme Erasmus, qui permettra à davantage de jeunes d’en profiter, et à l’initiative pour l’emploi des jeunes qui s’adresse aux plus vulnérables, qui n’ont ni emploi ni formation. En France, plus de 300 000 jeunes doivent en bénéficier.
     
Devant les présidents des groupes politiques au Parlement européen, Manuel Valls a proposé une Europe pionnière, qui invente un nouveau modèle de croissance ; une Europe plus souveraine, qui s’affirme en toutes circonstances ; une Europe fière d’elle-même, de ce que nous sommes collectivement.

Une Europe pionnière, en se donnant, par exemple, l'ambition de devenir les champions du photovoltaïque, de l’éolien, du véhicule électrique. "Nous sommes les plus ambitieux en matière climatique au point de convaincre le reste du monde de s’engager sur un accord sans précédent lors de la COP21 et pourtant, nous importons 53% de notre énergie", a souligné Manuel Valls. De même, l'Europe n'a pas su faire émerger des acteurs numériques comparables aux champions américains. "Créons un cloud européen ! Développons les objets connectés. Nous avons l’intelligence, les technologies, les entreprises. Il ne manque plus que la volonté politique !"

Une Europe souveraine, d'abord vis-à-vis des multinationales qui croient pouvoir profiter du marché intérieur en échappant aux règles européennes. "Quand on veut venir en Europe, on doit en respecter les règles et les valeurs", a affirmé le Premier ministre. Manuel Valls appelle l'Europe à défendre sans angélisme ses intérêts, que ce soit dans les négociations commerciales (traité de libre-échange transatlantique (TTIP), Mercosur...) ou en matière de défense. "Nos moyens collectifs ne sont pas à la hauteur des enjeux du monde. Il nous faudra ouvrir – enfin – le chantier d’une véritable Europe de la sécurité et de la défense", a-t-il déclaré.

Une Europe fière d'elle-même, qui porte en elle des valeurs, une histoire commune, et qui doit agir sur la scène internationale au nom de ces valeurs.
 
Si l’Europe est, comme je le crois, nécessaire à l’équilibre du monde, c’est parce qu’elle porte en elle des valeurs, fruits d’une histoire commune : la démocratie, la liberté de la presse, l’égalité hommes/femmes, la solidarité, la place de la culture, le souci de l’environnement. Si l’Europe doit agir sur la scène internationale, c’est au nom de ses valeurs, pour les faire résonner à chaque fois que nécessaire. Mais aussi parce qu’elles sont au cœur de notre volonté commune de vivre ensemble.
Manuel Valls
Le 12 avril 2016, au Parlement européen