Rupture de barrage

Un barrage est un ouvrage artificiel établi en travers du lit d’un cours d’eau, retenant ou pouvant retenir l’eau. Il existe toutefois des cas naturels où l’accumulation de matériaux au fil du temps, à la suite de mouvements de terrain, a fini par provoquer l'équivalent d'un barrage (c’est le cas du lac Léman alimenté par le Rhône).
Les barrages ont plusieurs fonctions: régulation de cours d’eau, irrigation des cultures, alimentation en eau des villes, production d’énergie électrique, retenue de rejets de mines ou de chantiers, activité de tourisme et de loisirs, lutte contre les incendies…
 
Une rupture de barrage correspond à une destruction partielle ou totale de l’ouvrage et entraîne la formation d’une onde de submersion ; celle-ci engendre l’élévation brutale du niveau de l’eau à l’aval, voire un gigantesque torrent.
 

Comment se produisent les ruptures de barrage ?


Les causes de rupture sont diverses :
  • techniques, en cas de vices de conception, de construction ou de matériaux. Le vieillissement des installations peut en être aussi la cause ;
  • humaines : des erreurs d’exploitation, une surveillance ou un entretien insuffisants, une malveillance ;
  • naturelles, un  séisme, une  crue exceptionnelle, un glissement de terrain peuvent entrainer une rupture.
 
Les dommages occasionnés peuvent alors être considérables pour :
  • Les êtres vivants : noyade, ensevelissement… 
  • Les biens : destruction et détérioration des bâtiments, des ouvrages (ponts, routes…).
  • L’environnement : destruction de la flore et de la faune, disparition du sol cultivable, pollutions diverses, boue, débris…
 

Quelques précautions à prendre si vous vivez ou travaillez à proximité d’un barrage

 
  • Informez-vous sur le système spécifique d’alerte pour la « zone de proximité immédiate ». Il s’agit d’une corne de brume émettant un signal intermittent pendant au moins deux minutes, avec des émissions de deux secondes séparées d’interruptions de trois secondes.
  • Identifiez les points hauts sur lesquels vous réfugier (collines, étages élevés des immeubles résistants), et repérez les accès, les moyens et les itinéraires d’évacuation.
 

Que faire en cas de rupture de barrage ?

 
  • Évacuez et gagnez le plus rapidement possible les points hauts les plus proches listés dans le PPI (Plan Particulier d’Intervention)  ou, à défaut, les étages supérieurs d’un immeuble élevé et solide ;
  • Ne prenez pas l’ascenseur ;
  • N’allez pas chercher vos enfants. Ils sont pris en charge par les équipes pédagogiques et les secours en milieux scolaires ou péri-scolaires ;
  • Ne revenez pas sur vos pas ;
  • Coupez l’électricité ;
  • N’encombrez pas les réseaux téléphoniques, nécessaires à l'organisation des secours. Ne téléphonez qu'en cas d'urgence vitale ;
  • Respectez les consignes des autorités diffusées dans les médias, sur les sites et réseaux sociaux de la préfecture, du ministère de l'Intérieur et du Gouvernement.
 

Agir après

 
  • Informez-vous auprès de votre mairie pour connaître la marche à suivre concernant le possible retour dans votre habitation ;
      
  • Veillez aux personnes en difficulté (personnes âgées, personnes à mobilité réduite) près de chez vous ;
     
  • Faites appel à des professionnels pour la remise en état de votre habitation. Il s’agit de la bonne remise en route des réseaux, gaz, chauffage et électricité. Surtout ne branchez pas les appareils électriques s’ils sont mouillés et n’utilisez pas un chauffage d’appoint en continu. En cas d’utilisation de groupes électrogènes, veillez à respecter les consignes d’utilisation et à les placer à l’extérieur du bâtiment ;
     
  • Prévoyez avant d’occuper à nouveau les lieux d’habitations, la réalisation d’un diagnostic de sécurité de l’habitat portant sur les risques d’effondrement de certaines parties imbibées d’eau (plafond, murs…), les risques d’incendie ou d’électrocution liés aux dommages sur les installations électriques et les risques de pollution liés notamment aux disfonctionnements des systèmes d’assainissement, la présence de substances toxiques (hydrocarbures des cuves à fuel, etc.) ;
  • Soyez prudent lors du nettoyage. Votre habitation peut être devenue insalubre : avant d’enlever l’eau, la boue et les objets flottants ou détruits, mettez des gants et des bottes. Le nettoyage à la brosse des objets, des bouches d’aérations, des murs et des sols, doit se faire à l’eau et au détergent. Enfin, désinfectez l’ensemble avec de la javel (un verre d’eau de javel pour un seau de 10 litres) et laissez agir 30 minutes avant de rincer ;
     
  • Aérez souvent et chauffez très doucement pendant plusieurs jours afin d’assurer le séchage de votre habitation. Si certains murs ou sols restent imbibés d’eau (laine de verre, laine de roche, placo plâtre, parquet flottant), appelez rapidement votre assurance habitation et les professionnels compétents. 
     
  • Prenez vos précautions alimentaires.
    Jetez tous les aliments qui sont restés dans l’eau ou dans un réfrigérateur ou  congélateur hors service.
    Avant d’utiliser l’eau du robinet pour des usages alimentaires (boisson, préparation des aliments, cuisson,…), assurez-vous auprès des autorités locales qu’elle est potable. Dans tous les cas, faites-la couler au préalable, afin de nettoyer le réseau et d’évacuer l’eau qui a stagné. En cas d’utilisation de l’eau d’un puits privé, renseignez-vous auprès de votre mairie avant de le remettre en service et de l’utiliser à nouveau pour des usages alimentaires. Attendez la mise hors d’eau de la fosse septique avant de la faire fonctionner.
Vous trouverez toutes les informations nécessaires sur le Système d'alerte et d’information des populations (SAIP) sur le site du ministère de l’Intérieur
 
Textes réglementaires
Les textes distinguent deux familles de barrages :
 
  • ceux qui servent à la production de l'électricité (dès lors que la puissance excède 4,5 MW) dans le cadre des concessions que l'Etat octroie aujourd'hui en application du livre V du code de l'énergie ;
  • ceux qui sont construits pour des besoins divers (petite production d'électricité, alimentation en eau potable, irrigation, loisir, prévention des inondations ...) dans le respect des procédures fixées par le livre II du code de l'environnement.
 
Dans les deux cas, la règlementation est techniquement la même. Les principales obligations, pour le concessionnaire ou le propriétaire du barrage, sont les suivantes :
 
  • s'adresser à un bureau d'étude agréé par l'Etat pour la conception de l'ouvrage, le suivi de son chantier et la surveillance de la première mise en eau qui est une opération traditionnellement délicate ;
  • respecter des procédures écrites pour la surveillance (laquelle comporte notamment un dispositif d'auscultation), l'entretien et l'exploitation des ouvrages, en particulier en période de crue ;
  • contrôler périodiquement et de façon approfondie l'état des ouvrages et les organes de sécurité ;
  • faire périodiquement un bilan de sûreté des ouvrages, devant notamment s'appuyer sur un diagnostic exhaustif de leur état.
 
Les autorisations administratives, qui relèvent de la compétence des préfets de département, font l'objet d'une instruction technique approfondie qui se prolonge pendant toute la durée du chantier et de la période de mise en eau. Pour les barrages de classe A (les plus importants en termes de hauteur et de volume d'eau retenue), le chantier de construction ne peut entrer dans sa phase active qu'à l'issue d'un avis rendu par un comité d'experts pluridisciplinaires, le Comité technique permanent des barrages et des ouvrages hydrauliques (CTPBOH) qui avait été instauré dans les années 60 pour tirer les enseignements de la catastrophe du barrage de Malpasset.
 
Une fois en service, le barrage continue de faire l'objet de contrôles réguliers du respect de la règlementation par des services régionaux du ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer (directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement - DREAL).

Les pouvoirs publics s’occupent également de l’organisation des secours dans l'hypothèse d'un accident, quand bien même la probabilité de celui-ci est devenue extrêmement faible grâce aux précautions prises en amont. Ainsi, chaque grand barrage, c’est-à-dire de plus de 20 m de hauteur et dont la capacité est supérieure à 15 millions de m3, fait l’objet d’un plan particulier d’intervention (PPI) approuvé par le préfet de département. Ce plan précise les mesures que prend le concessionnaire ou le propriétaire du barrage pour, dans l'hypothèse d'un accident, donner l’alerte aux autorités et aux populations. Précocement donnée, l’alerte permet l'évacuation de populations exposées ainsi que, si nécessaire, l'organisation de secours. Ce plan s’appuie sur la carte du risque et sur des dispositifs techniques de surveillance et d’alerte.


Sites de référence