Bernard Cazeneuve à l'ouverture de la  3e instance de dialogue avec l’islam de France, le 12 décembre 2016
15 décembre 2016 - Actualité

"Il faut construire une nouvelle étape pour l’islam de France"

Contenu publié sous le Gouvernement Cazeneuve du 06 Décembre 2016 au 14 Mai 2017
Bernard Cazeneuve s’est exprimé en ouverture de la 3e instance de dialogue avec l’islam de France, qui s’est tenue place Beauvau le lundi 12 décembre 2016. L’occasion pour le Premier ministre de rappeler que son engagement sur le sujet de l’islam de France restera "total".
 
Quelques jours après avoir quitté le ministère de l’Intérieur pour Matignon, le Premier ministre était de retour place Beauvau. En présence de Bruno Le Roux, ministre de l’Intérieur, et face aux différents représentants de l’islam de France, il a prononcé le discours d’ouverture de la 3e instance de dialogue avec l’islam de France et fait le point sur les "défis auxquels notre pays est confronté".

Avec "émotion et fierté", le Premier ministre a tout d’abord rappelé "le travail considérable accompli" et "les moments dramatiques" que les pouvoirs publics et les représentants de l’islam de France ont "affrontés ensemble" depuis près de deux ans.

"L’État laïc a pour mission de protéger les musulmans, comme il protège tous les Français"

Bernard Cazeneuve a ensuite invoqué le principe fondamental de laïcité pour souligner l’ancrage républicain de l’islam de France et de ses représentants : "Dans votre diversité, dans la pluralité qui vous caractérise, (…) vous incarnez cet islam citoyen,  profondément attaché aux valeurs de la République", a-t-il déclaré.


Face aux écueils de l’amalgame et de la stigmatisation, qui se traduisent parfois par des actes anti-musulmans inacceptables, le Premier ministre a exprimé sa détermination à lutter contre toute forme d’instrumentalisation visant à faire des musulmans des boucs-émissaires. "Des mesures très fermes sont prises et des moyens considérables sont mis en place par le ministère de l’Intérieur pour lutter contre ce type de criminalité", a-t-il insisté. Pour renforcer la sécurité autour des lieux de culte musulmans, 9 millions d’euros ont ainsi été mobilisés. L’action des forces  de sécurité et des forces armées dans le cadre des dispositifs Vigipirate et Sentinelle permet aujourd’hui d’assurer la protection de plus de 1000 mosquées. "L’État laïc a pour mission de protéger les musulmans, comme il protège tous les Français", a résumé Bernard Cazeneuve.

Implacable face aux prêcheurs de haine

Mais le Premier ministre a également tenu à rappeler, avec lucidité, que certaines mosquées et sites internet contribuent encore aujourd’hui à diffuser "un discours sectaire, un discours d’enfermement, un discours d’intimidation qui inquiète à juste titre les Français (…) et fait beaucoup de mal à l’islam républicain et paisible que plusieurs millions de nos concitoyens pratiquent".  Avec "la plus grande netteté", il a dénoncé toute forme de fondamentalisme islamiste : "Il n’y a pas de salafisme anodin, il n’y a pas d’intégrisme modéré. Dès lors que l’on professe le rejet de la République, on prépare les esprits à ce qui vient ensuite : l’apologie de la violence et de la haine".

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Rappelant le caractère implacable de l’action gouvernementale contre les prêcheurs de haine, Bernard Cazeneuve s’est montré très clair : "A chaque fois qu’il y aura une menace avérée contre l’ordre et la sécurité publics, les associations seront dissoutes et les lieux de culte seront fermés. Les imams étrangers qui propagent une idéologie totalitaire seront expulsés".

Face à cette menace intégriste, les représentants de l’islam de France ont, eux aussi, un rôle décisif à jouer pour prévenir et contrer le radicalisme islamiste : "Les responsables religieux de l’islam de France (…) sont les mieux armés pour alerter les fidèles, et notamment les jeunes, pour les mettre en garde lorsque des mosquées deviennent des lieux où l’on propage la haine contre la République, contre nos pays, nos institutions, nos concitoyens de toutes confessions".

Le rôle de la Fondation de l’islam de France

Vignette 6 islam de France

Le Premier ministre a précisé le rôle de la nouvelle Fondation de l’islam de France présidée par Jean-Pierre Chevènement, et dont la première réunion s’est tenue jeudi 8 décembre 2016. Afin de permettre une meilleure connaissance de la religion et la civilisation musulmanes, cet organisme "laïc, reconnu d’utilité publique" disposera "de moyens importants" et aura pour but de soutenir la mise en valeur du patrimoine musulman de France via des projets culturels, sociaux ou éducatifs, et de renforcer la formation des imams de France. Il contribuera ainsi à montrer à nos concitoyens "combien l’islam est riche, combien il est complexe, combien il a contribué au progrès de l’humanité".

Après avoir salué les "bases anciennes et solides" dont dispose l’islam de France – au premier rang desquelles il distingue la Grande Mosquée de Paris et le Conseil français du culte musulman (CFCM) – le Premier ministre a dépeint cette fondation comme "une nouvelle étape pour l’islam de France".

Parmi les défis qu’elle devra relever, figure la formation profane des aumôniers et des imams, dont beaucoup arrivent encore de l’étranger sans formation et sans avoir acquis la maîtrise de la langue française. Les efforts pour inverser cette tendance commencent à porter leurs fruits, comme l’a souligné Bernard Cazeneuve : "En deux ans, le nombre d’établissements d’enseignement supérieur délivrant une formation universitaire sur les questions de laïcité, de droit et de sociologie des religions a été multiplié par cinq."
Le passage par l’un de ces cursus "sera même une condition d’accès à la fonction d’aumônier", a prévenu le Premier ministre.

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Mais la formation n’est pas le seul chantier prioritaire pour les représentants religieux et la Fondation de l’islam de France. La question du financement et des ressources du culte musulman, a rappelé Bernard Cazeneuve, constitue aussi un sujet national de premier ordre : "Nous souhaitons que, progressivement, le culte musulman trouve des ressources auprès de nos compatriotes (…), en lieu et place des financements qui, trop souvent encore, proviennent de pays étrangers". La loi de 1905 interdisant aux religions d’obtenir un financement public direct, le Premier ministre a invité les responsables musulmans à trouver, par leur propre force, des ressources de fonctionnement alternatives, transparentes et équilibrées, avant d’évoquer quelques pistes à explorer : une contribution volontaire sur l’abattage hallal, ou encore un prélèvement sur le marché du pèlerinage.

"Je suis certain", a conclu le Premier ministre, "que vous parviendrez à construire une institution transparente et inclusive, qui fasse sa place à tous les courants de l’islam de France et à tous ceux qui, parmi les musulmans de France, auront la volonté de s’engager. Car c’est à cette condition que ce fonds sera en mesure de lever efficacement des ressources".