Inauguration tunnelier federica
22 juillet 2016

Tunnel Lyon-Turin : "Ce projet est un projet d’envergure. Il montre combien l’Italie et la France sont des partenaires solides"

Manuel Valls a inauguré, le 21 juillet 2016, le tunnelier Federica, chargé de creuser une galerie souterraine de 9 kilomètres dans le cadre de la réalisation du nouveau tunnel ferroviaire international entre Lyon et Turin. L’occasion pour le Premier ministre de rappeler l’importance de la relation franco-italienne, pays au cœur de la construction européenne, aujourd’hui mise à mal.

Contenu publié sous le Gouvernement Valls III du 11 Février 2016 au 06 Décembre 2016
 
"Ce n’est pas la première fois que j’inaugure ou que je visite un tunnelier. Celui-ci, même s’il est particulièrement impressionnant – 135 mètres, 2 400 tonnes – et même s’il est né en France, au Creusot, répond au doux nom de Federica. Et finalement, ce nom, par sa consonance italienne, dit bien la mission, le projet qui est le sien, rapprocher plus encore la France et l’Italie", a déclaré Manuel Valls.

"C’est donc aujourd’hui une étape importante", a-t-il expliqué, rappelant que cette construction sera un projet de longue haleine puisque la mise en service devrait avoir lieu dans 12 ans. "Mais quel projet ! Car, si j’ose dire, au bout du tunnel, il y aura les vallées du Piémont."

"J’ai vu combien ces entreprises, ces salariés avaient à cœur de mener cette grande aventure – car il faut toujours de grandes aventures –, franchir la barrière des Alpes", a poursuivi le Premier ministre en saluant le travail et l’implication des acteurs engagés dans ce projet, notamment la société Tunnel Euralpin Lyon-Turin (TELT), chargée de la construction et de la gestion de ce nouveau tunnel, les entreprises prestataires, ainsi que les élus qui en ont permis la réalisation.

"À l’origine de cette aventure, il y a la volonté de deux hommes d’État. C’est en effet à quelques dizaines de kilomètres d’ici qu’en juillet 1990, François Mitterrand et Francesco Cossiga ont eu cette idée ambitieuse : creuser à travers les montagnes une nouvelle traversée ferroviaire pour les voyageurs et le fret", a rappelé Manuel Valls.

"Nous concrétisons donc cette ambition, engager les travaux d’une ligne à grande vitesse entre ces deux grandes villes, ces deux grands pôles économiques que sont Lyon et Turin."

Un accord historique entre la France et l’Italie


Manuel Valls a également rappelé que le  sommet franco-italien de février 2015 a permis de conclure un accord historique, complété par le protocole additionnel acté lors du sommet de Venise en mars dernier, en présence du président de la République, François Hollande, et du président du Conseil italien, Matteo Renzi.

"Cet accord est historique par son objet. Historique aussi par son contenu." En effet, il comporte le premier texte binational pour lutter contre les fraudes aux marchés publics. Le projet de loi de ratification de cet accord sera soumis au Parlement français dès la rentrée prochaine. "Ce projet est un projet d’envergure. Il montre combien l’Italie et la France sont des partenaires solides, combien ils peuvent avancer, construire ensemble, être à l’initiative."

Travailler main dans la main à la refondation de l’Europe

"Nos deux pays, la France et l’Italie, pays fondateurs de l’Union européenne, ont une très grande responsabilité", a rappelé Manuel Valls. "Alors que le projet européen est en crise, amplifiée par l’onde de choc du "Brexit", nous devons travailler main dans la main à sa refondation pour que l’Europe parle à nouveau au cœur des Européens, qu’ils voient en elle une Europe non pas impuissante ou tatillonne, mais une Europe qui agit pour leur protection, pour la croissance économique, pour l’emploi, une Europe du concret, une Europe par la preuve."

"À sa manière, ce tunnel Lyon-Turin nous parle d’Europe", a affirmé Manuel Valls, soulignant que l’Union européenne financera 40% du coût total du projet. La France contribuera à hauteur de 2,2 milliards d’euros, soit 25% du coût total. "Ce financement devra être sécurisé sur la durée de réalisation du projet, ne pas peser exclusivement sur le budget de l’État et concrétiser notre ambition de report modal." Le projet bénéficiera ainsi des financements d’un fonds dédié et pérenne, le Fonds de développement d’une politique intermodale des transports dans le massif alpin. Il sera alimenté par les résultats des tunnels routiers du Mont-Blanc et du Fréjus et il pourra également se voir affecter de nouvelles recettes telles que l’Eurovignette. Cette dernière fait actuellement l’objet d’une instruction juridique, en lien avec les services de la Commission européenne et du gouvernement italien.  

"Enfin ce montant de 2,2 milliards d’euros, soit environ 200 millions d’euros chaque année pendant la durée du chantier, doit être mis en perspective. Afin d’avoir une vision précise du coût réel, réduction faite des retombées positives liées au chantier, j’ai demandé que soit établie une comptabilité analytique", a annoncé Manuel Valls.  "Les experts de Bercy seront mobilisés pour cela aux côtés de TELT et nous souhaitons tous, à travers ces dispositifs, que ce projet, dans tous les domaines, soit exemplaire."

Un investissement pour l’avenir

"Oui, il s’agit d’un coût important mais c’est surtout un investissement pour l’avenir et je crois que l’Europe a besoin de ces investissements d’avenir", a déclaré le Premier ministre. Des investissements dans le domaine de la transition écologique, du numérique, dans le domaine des infrastructures. "La construction de ce tunnel ferroviaire, comme tous ces investissements, aura donc de nombreuses retombées économiques et d’abord à l’échelle locale."

Le creusement de la galerie de Saint-Martin-de-la-Porte a d’ores et déjà permis la création de 450 emplois, principalement des personnes de la région. La démarche "Grand Chantier", dotée d’une enveloppe de 32 millions d’euros, doit en outre garantir le développement économique local.

"Les retombées économiques, c’est aussi le développement des échanges entre la France et l’Italie, des échanges déjà importants", a expliqué Manuel Valls, rappelant que l’Italie est le deuxième partenaire économique de la France avec 70 milliards d’euros d’échanges commerciaux chaque année. "Le symbole de ces liens économiques étroits, c’est le groupement d’entreprises qui s’est vu attribuer la réalisation de cette galerie", a-t-il précisé. Trois entreprises ont ainsi été choisies du côté italien, et autant du côté français.

"Et en disant cela, je n’oublie pas, bien sûr, les travaux menés côté italien avec le creusement en cours de la galerie de reconnaissance de la Maddalena Chiomonte, même si j’ai, comme vous, vous l’avez bien compris, un faible pour Federica." "Ce projet, c’est un projet d’envergure qui a pour objectif de moderniser, de bouleverser les schémas classiques, le rapport à l’espace. Il était impossible de développer le chemin de fer du XXIe siècle avec des infrastructures datant du XIXe siècle, même si nous apprécions plus que jamais la performance qui a été celle de nos aïeux.". Tel est le cas du tunnel historique du Mont-Cenis, parcours d'altitude au tracé sinueux qui génère des surcoûts importants et des temps de parcours peu attractifs face à la route ou à l'avion. Il était donc nécessaire de donner une nouvelle impulsion au fret ferroviaire qui dispose d'un important potentiel de développement à condition de disposer d'infrastructures modernes comme la Suisse en fournit l'exemple.

"Le fret ferroviaire est pourtant promis à un bel avenir", a déclaré Manuel Valls, évoquant l’arrivée à Lyon en avril 2016 d’un train de fret en provenance de Chine après avoir parcouru 11 000 kilomètres, en à peine 15 jours, contre 50 jours en bateau. Ce nouveau tunnel permettra des convois le long de la nouvelle route de la Soie et l’autoroute ferroviaire alpine qui transporte déjà 30 000 poids lourds par an sera pérennisée et étendue.

"Bouleverser les schémas classiques, c’est aussi désengorger la région lyonnaise et désenclaver la péninsule italienne", a-t-il poursuivi. En effet, du côté français, les vallées de l’Arve et de la Maurienne voient transiter un important trafic de poids lourds qui s’étend jusqu’au corridor littoral, totalement saturé.

"Le Gouvernement prendra prochainement des initiatives sur la question des accès au tunnel, en lien avec l’amélioration des accès ferroviaires à Annecy, Chambéry et Grenoble", a annoncé  le Premier ministre. "Le tunnel ferroviaire Lyon-Turin viendra s’ajouter aux trois autres tunnels de base : le Lötschberg en service depuis 2007 ; le Gothard, frère jumeau du Lyon-Turin, inauguré le 1er juin en présence de François Hollande ; et le Brenner dont les travaux sont en cours."

Préserver notre environnement


"Bouleverser les schémas classiques, c’est enfin prendre de grandes décisions pour la préservation de notre environnement." Ce projet permettra ainsi d’agir pour le report modal de la route vers le rail afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce projet contribuera ainsi à atteindre les engagements concernant le réchauffement climatique, pris lors de la COP21 à Paris fin 2015.

"Vous voyez, toutes les conditions sont réunies pour que Federica commence son patient ouvrage, un ouvrage qui vaudra pour les générations à venir qui, dans 20, 30, 40 ans, profiteront de ce que nous entamons aujourd’hui", a affirmé Manuel Valls. "Bâtir, faire des projets pour demain, continuer de renforcer nos nations, voilà la mission qui est la nôtre, chacun dans nos responsabilités ou dans nos métiers."

"Nous avons bien sûr en tête (…) l’attaque terroriste de jeudi dernier. Ce soir, cela fera une semaine. L’émotion est là alors que des blessés luttent encore pour la vie", a rappelé le Premier ministre, soulignant la détermination de la France et de l’Europe à lutter contre le terrorisme qui frappe aujourd’hui le monde et notamment la France.

"La France vit", a-t-il affirmé en se référant à une phrase du général de Gaulle. "C’est finalement le beau message de cette inauguration en votre compagnie."