9 octobre 1890 - Infographie

Le Français Clément Ader parvient à faire décoller "Éole", le premier avion

"Avion n° 3" de Clément Ader, 1897, suspendu dans l'escalier d'honneur du Musée des arts et métiers - voir en plus grand
Attentif au vol des oiseaux, notamment celui des chauves-souris, l’ingénieur Clément Ader (1841-1925) cherche à vaincre la pesanteur et à faire voler un engin motorisé plus lourd que l’air.
 
Depuis l’invention en 1783 de l’aérostat par les frères de Montgolfier, la croyance est alors que seul un gaz plus léger que l’air permet à une machine de s’envoler, le poids de l’ensemble étant inférieur à celui de l’air déplacé. Pour s’envoler sans le secours d’un gaz léger, le véhicule, d’un poids supérieur à celui de l’air qu’il déplace, aurait besoin d’une puissance ascensionnelle – une force mécanique – au moins supérieure à la différence des deux poids. C’est en tout cas l’hypothèse de Clément Ader.
 
Entre 1882 et 1889, fort de cette hypothèse, il s’emploie à construire ce qu’il nomme un "avion" (du latin avis – oiseau). Baptisé par lui Éole (le maître et régisseur des Vents, dans la mythologie grecque), ce premier avion est doté, telle une chauve-souris géante, de deux ailes d’une envergure de 14 mètres articulées par une armature en bois recouverte d’une soie élastique. Placé à l’arrière de l’appareil, le pilote manœuvre ces ailes par manivelles et leviers. Quant au moteur du véhicule, il est alimenté par une chaudière à tubes pourvue d’un brûleur à alcool, la vapeur devant alimenter deux couples de cylindres de 20 chevaux qui entraînent une double hélice en bambou, le tout pesant plus de 250 kilogrammes, pilote compris.
 
Le 19 avril 1890, Clément Ader dépose un brevet relatif à "un appareil ailé pour la navigation aérienne dénommé Avion". Sa première démonstration a lieu le 9 octobre suivant, sur une piste de 200 mètres que le banquier Gustave Pereire a fait aménager pour lui dans le parc de son château d’Armainvilliers, en Seine-et-Marne. Ader met le moteur de l’avion en route et très vite, les soubresauts de ses roues cessent, Éole s’élève de 20 cm au-dessus du sol sur une distance de 50 mètres. Le décollage du "plus lourd que l’air" est ainsi réalisé pour la première fois au monde.
 
Ader reçoit alors le soutien du ministère de la Guerre. Renouvelée l’année suivante au camp militaire de Satory, près de Versailles, une seconde démonstration a donc lieu. Mais le vent déporte Éole II. De nouveaux essais ont lieu les 12 et 14 octobre 1897, encore une fois à Satory. L’avion parcourt quelques centaines de mètres, prend de la vitesse, les roues quittent sporadiquement le sol. Mais les conditions météorologiques sont mauvaises. Éole III sort de la piste, comme l’avait fait Éole II. Le constat est néanmoins établi de la disparition des traces de roues sur le sol sur 300 mètres, preuve d’un très réel décollage de l’avion.
 
Après avoir figuré à l’Exposition universelle de 1900, cet "Avion n° 3" est offert au Conservatoire des arts et métiers par Clément Ader en 1902. [voir ci-contre l’avion d'Ader, actuellement suspendu dans l'escalier d’honneur du Musée des arts et métiers]