Les misérables 1.1 Victor Hugo. 1862
Les misérables 1.1 Victor Hugo. 1862 - Photo : Bibliothèque nationale de France/Gallica
Portrait de Victor Hugo et de sa famille
Portrait de Victor Hugo et de sa famille - Photo : Bibliothèque nationale de France/Gallica
Fonds Victor Hugo. Les misérables
Fonds Victor Hugo. Les misérables - Photo : Bibliothèque nationale de France / Gallica / Département des manuscrits
Fonds Victor Hugo. Préface manuscrite des Misérables
Fonds Victor Hugo. Préface manuscrite des Misérables - Photo : Bibliothèque nationale de France / Département des manuscrits
3 avril 1862 - Galerie

Publication des Misérables de Victor Hugo

Dans la courte préface qu’il écrit en janvier 1862, Victor Hugo (1802-1885) revendique l’utilité d’un roman comme Les Misérables :"Tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles." Effectivement, le jour de sa sortie, le 3 avril 1862, les librairies sont prises d’assaut. Son premier tome – Fantine – est aussitôt épuisé. Dans les ateliers, les ouvriers se cotisent pour l’acheter. Avec Les Misérables, une nouvelle conscience sociale émerge. Une révolution des esprits.
 
C’est le fruit d’un projet longtemps mûri. Dès 1828, le jeune Victor Hugo envisage d’écrire un roman intitulé Les Misères, et commence à se documenter : collecte de coupures de presse, visite de bagnes et d’usines, recueil de témoignages et de faits divers – dont celui d’un condamné en 1801 à cinq ans de  galères pour vol d’un pain. L’écrivain se met à l’écriture des Misères le 17 novembre 1845 pour un premier long jet jusqu’au 14 février 1848, date à laquelle il s’interrompt, surpris par la Révolution de 1848 et la naissance de la Seconde République. Une déclaration du 29 mai 1848 résume toute sa pensée :"haine vigoureuse de l’anarchie, tendre et profond amour du peuple."
 
D’abord élu à droite à l’Assemblée, Victor Hugo ne tarde pas à se rapprocher de la gauche républicaine, et à réprouver la dérive autoritaire du régime de Napoléon III qu’il a d’abord soutenu. Opposant farouche au coup d’État du 2 décembre 1851, il tente en vain d’organiser avec d’autres députés une insurrection populaire. Mais recherché par la police, il doit quitter Paris pour Bruxelles. Le décret du 9 janvier 1852 signe officiellement son expulsion hors de France.
 
Réfugié à Bruxelles, puis à Jersey, et enfin à Guernesey, lorsque paraissent simultanément à Paris et à Bruxelles, d’avril à juin 1862, les dix tomes des Misérables, l’écrivain est dans sa onzième année d’exil. Il a refusé l’amnistie de 1859 accordée par Napoléon III aux condamnés du coup d’État, et a refusé de rentrer en France  : "Quand la liberté rentrera, je rentrerai." C’est alors, en 1860, dans le calme de l’exil, qu’il peut retrouver et reprendre son grand roman, abandonné depuis douze ans.
 
Le 24 avril 1860, il note dans son carnet : "J’ai tiré aujourd’hui Les Misérables de la malle aux manuscrits."  La première étape consiste en une relecture intégrale du texte des Misères. La phase de réécriture des Misérables s’enchaîne ensuite sans interruption, du 12 mai 1860 au 30 juin 1861 :  "Ce matin 30 juin à huit heures et demie, avec un beau soleil dans mes fenêtres, j’ai fini Les Misérables. […] C’est dans la plaine de Waterloo et dans le mois de Waterloo que j’ai livré ma bataille. J’espère ne l’avoir point perdue."