Portrait d'Ernest Renan
Portrait d'Ernest Renan - Photo d'Adam-Salomon © PHOTOSVINTAGES/PHOTO 12
28/02/1923. Centenaire de la naissance d'Ernest Renan à la Sorbonne
28/02/1923. Centenaire de la naissance d'Ernest Renan à la Sorbonne - © BNF/Gallica / Agence Rol
11 mars 1882 - Galerie

Conférence d'Ernest Renan "Qu'est-ce qu'une nation ?"

"J’en ai pesé chaque mot avec le plus grand soin. C’est ma profession de foi en ce qui touche les choses humaines, et, quand la civilisation moderne aura sombré par suite de l’équivoque funeste de ces mots : nation, nationalité, race, je désire qu’on se souvienne de ces vingt pages-là", déclare le philologue et historien Ernest Renan (1823-1892) en 1887.
 
Devenu l’une des icônes de la IIIe République, ces vingt pages sont celles d’une conférence qu’il est invité à donner à la Sorbonne, le 11 mars 1882. Il saisit l’occasion pour donner une réponse  "française" à la question : "Qu’est-ce qu’une nation ?"
 

Ce qui fait la patrie

Dans un texte intitulé L’Alsace est-elle allemande ou française ?, l’historien Fustel de Coulanges avait contribué à fixer, dès le début de la guerre franco-allemande de 1870, l’opposition entre la conception française et la conception allemande de la nation : "Ce qui distingue les nations, avait-il écrit, ce n’est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances. Voilà ce qui fait la patrie."
 

Un plébiscite de tous les jours

Dix ans plus tard, Ernest Renan fixe les termes de la conception française de la nation, une conception volontariste, politique, selon laquelle, suivant sa célèbre formule, "l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours".
 

Renvoyant au libre droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il en ressort cette magnifique définition de la nation : "La nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […] Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. […] Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagne. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation."