7 juin 1936 - Infographie

Signature des accords Matignon

Ceci est le télégramme adressé à tous les préfets de France après la signature des accords Matignon
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Les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 consacrent la victoire du Front populaire. À l’issue de cette victoire soulevant un immense espoir de changement dans les classes populaires, un mouvement de grève inédit gagne la France, avec occupation d’usines, d’ateliers, de magasins, de fermes. L’économie est paralysée. Près de 3 millions de grévistes sont recensés.

Tenant de son côté à ce que les règles constitutionnelles soient respectées, c’est à l’issue de plus d’un mois de transition que Léon Blum devient président du Conseil, le 4 juin 1936. Le soir même, il forme son premier gouvernement et s’occupe prioritairement de ramener la paix sociale.
 

Un accord contractuel historique

Trois jours plus tard, le 7 juin, les négociations commencent à l’hôtel Matignon, et se prolongent dans la soirée. Il est plus de minuit lorsque Robert Salengro, ministre de l’Intérieur, en fait l’annonce : un accord contractuel entre le patronat et les syndicats, signé sous l’égide du gouvernement, augmente les salaires de 7 à 15 %, assure le respect du droit syndical, institue dans les entreprises des délégués du personnel et « admet l’établissement immédiat de contrats collectifs de travail ». La délégation patronale s’engage également à ce qu’il ne soit pris aucune sanction pour fait de grève.

Cet accord contractuel, premier du genre, restera célèbre sous le nom des « accords Matignon ».
 

L’été 1936

Profitant de l’état de grâce, Léon Blum engage rapidement les grandes réformes législatives annoncées dans sa déclaration de politique générale. Les six semaines qui suivent la constitution du gouvernement sont l’une des périodes les plus fécondes en matière de décisions législatives en France.

La loi sur les conventions collectives est adoptée. Les premiers congés payés (de quinze jours par an), approuvés à la Chambre à l’unanimité, sont instaurés pour tous les salariés. La durée légale du travail est limitée à 40 heures par semaine. S’ajoutent à ces mesures la prolongation de l’obligation scolaire et l’interdiction de l’emploi d’enfants de moins de quatorze ans.

Dans le domaine économique, un Office national interprofessionnel du blé (Onib) est créé afin d'acheter le blé à un prix garanti par l’État. Pour relancer la production, le gouvernement établit un programme de grands travaux, mobilisant vingt milliards de francs sur quatre ans. Le statut de la Banque de France est réformé, donnant le droit de vote aux quarante mille actionnaires. Dans le domaine politique, la nationalisation des industries de guerre est destinée à empêcher les « marchands de canons » de provoquer un nouveau conflit.


Un modèle social à réaliser

Le caractère nouveau des mesures adoptées fait régner une atmosphère d’euphorie dans le monde ouvrier. Le gouvernement octroie aux salariés un temps de loisir pour partir en congés grâce au billet de chemin de fer à tarif réduit et au développement des Auberges de jeunesse. Une politique d’action culturelle d’envergure est lancée.

Ainsi naît le mythe du Front populaire qui va constituer durant des décennies un modèle à compléter, un idéal social à réaliser. Comme a pu l’écrire l’historien René Rémond, ce foisonnement d’initiatives durant l’été 1936 a engendré un « élan d’enthousiasme dont le souvenir a résisté à l’usure du temps et à la comparaison avec d’autres épisodes pour laisser l’image d’un temps fort tranchant sur la grisaille des années de dépression ».