20 juillet 1954 - Vidéo

Signature des accords de Genève sur l'Indochine

En 1950, dans le contexte de la Guerre froide, la guerre d’Indochine, d’abord considérée par les États-Unis comme une guerre coloniale, prend la dimension d’une guerre contre le communisme. Le conflit indochinois s’internationalise. La France, de son côté, n’a pas encore pris pleinement conscience de l’ampleur de la menace. Le Viêt Minh, bénéficiant désormais d’une aide considérable de la République populaire de Chine (proclamée le 1er octobre 1949), inflige au Corps expéditionnaire français sa première grande défaite dans une bataille d’envergure, à Cao Bang, à la frontière du Tonkin avec la Chine (octobre 1950).

La première allocution de Pierre Mendès France contre la guerre d’Indochine date du 19 octobre 1950, quelques jours après cette « bataille des frontières ». Devant l’Assemblée nationale, il préconise dans un discours retentissant la fin du conflit indochinois par la négociation avec l’adversaire, indiquant que seule une solution politique pourra permettre à la France de sortir du conflit.
 

La bataille de Diên Biên Phu

Le premier semestre de l’année 1954 est dominé par le conflit indochinois. Le 9 mars 1954, au cours d’un grand débat à l’Assemblée, le Président du Conseil, Joseph Laniel, plaide le règlement du conflit par le biais de la Conférence internationale de Genève, prévue pour le 26 avril 1954 à l’initiative des « Quatre Grands » (États-Unis, Grande-Bretagne, URSS et France), avec la participation de la Chine.

Pierre Mendès France, quant à lui, se prononce en faveur de « négociations directes » avec le Viêt Minh, et plaide pour l’éventualité d’un cessez le feu. Il accuse le gouvernement Laniel de « maintenir les Français dans cette guerre contre leur gré ». Mais la solution de la Conférence de Genève l’emporte sur celle de négociations directes par 62 voix de majorité : la France négociera donc dans un cadre international.

En novembre 1953, trois mois plus tôt, Hô Chi Minh a effectivement proposé à la France des négociations directes. Mais le commandement français vient de constituer un camp retranché à Diên Biên Phu, en pays Thaï, avec l’objectif de protéger le Laos. Sans écho de la France à sa proposition, Hô Chi Minh décide finalement de frapper. Le 13 mars 1954, l’armée populaire de la République démocratique du Viêtnam attaque.

C’est dans ce contexte de la bataille de Diên Biên Phu que le 26 avril 1954 s’ouvre la Conférence internationale de Genève réunissant 19 nations.

Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours de combats violents face à l’offensive du général Vo Nguyên Giap, le camp de Diên Biên Phu tombe, scellant le sort de l’Indochine française. Dans cette atmosphère de désastre national, le gouvernement de Joseph Laniel est renversé.
 

Le « contrat » de Pierre Mendès France

Dans la nuit du 17 au 18 juin 1954, Pierre Mendès France, désigné par le Président de la République René Coty, présente son investiture comme Président du Conseil. Dans une déclaration d’investiture peu commune, il « offre un contrat » de quatre semaines à l’Assemblée pour parvenir à un règlement pacifique du conflit indochinois avant le 20 juillet. Si l’armistice n’est pas conclu entre le 20 juin et le 20 juillet, il démissionnera. Bénéficiant alors d’un exceptionnel consensus national, il est investi massivement par 419 voix contre 47, et 143 abstentions.
 

Indochine : les accords de Genève

La Conférence internationale de Genève, réunie depuis le 26 avril, s’est d’abord penchée sur la Corée, avant de s’occuper essentiellement de l’Indochine. Mendès France, à la fois Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, réussit alors l’étonnant tour de force de mettre fin en trente jours à la guerre d’Indochine, c’est-à-dire à tenir son propre « pari » et à entrer dans l’histoire comme « l’homme de la paix en Indochine ».

Il parvient ainsi in extremis, dans la nuit du 20 au 21 juillet, à des armistices séparés pour le Cambodge et pour le Laos. Quant au Viêtnam, il est divisé (temporairement) en deux entités de part et d’autre d’une ligne d’armistice fixée, après d’interminables pourparlers, sur le 17e parallèle : au nord, Hô Chi Minh dirige un État communiste ; au sud, Ngo Dinh Diem dirige un État soutenu par les États-Unis. Les populations civiles peuvent opter pour la zone de leur choix. Des élections générales sont prévues pour juillet 1956 afin de permettre la réunification (ces élections n’auront jamais lieu).

Le 22 juillet 1954, l’Assemblée nationale vote les accords conclus à Genève par 462 voix contre 13, et 134 abstentions.