30 mai 2018 - Discours

Séminaire gouvernemental

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre
Palais de l’Elysée
Mercredi 30 mai 2018

Seul le prononcé fait foi

Nous venons d’achever le sixième séminaire gouvernemental qui s’est tenu ce matin sous l’autorité du président de la République.

Comme vous le savez, ces séminaires rythment la vie de notre équipe, en faisant partager à tous les ministres la feuille de route gouvernementale et en scandant le travail des trois prochains mois.

Ce séminaire a d’abord été l’occasion pour le président de la République de rappeler le sens de notre action.
Il a souligné que toutes nos réformes visent à construire une société de mobilité sociale, par l’émancipation des individus et par la cohésion de la nation :
- l’émancipation en revalorisant le travail, en réparant l’ascenseur social, en luttant contre toutes les formes de ségrégation territoriale ;
- la cohésion en modernisant notre Etat-providence, en sortant des logiques de statut, en remettant la République sur le terrain.

Beaucoup a été fait depuis le précédent séminaire : les textes examinés au Parlement engagent des transformations en profondeur de notre société, de notre administration (ESSOC), de notre armée (LPM), de notre manière de produire et de nous alimenter (EGA), de construire et de nous loger (ELAN), d’accueillir ou de protéger nos frontières (Asile et Immigration), bientôt de rénover nos institutions. Juin permettra également de d’achever la réforme de la SNCF, de rendre Notre-Dame-des-Landes à sa vocation agricole et de réussir le lancement de Parcours Sup.

Beaucoup a été fait mais il reste encore plus à faire. Il n’y aura donc pas de pause d’ici à août. La France n’a rien à craindre du mouvement et je crois, au contraire, qu’elle a tout à perdre du statu quo.

Le Gouvernement va engager dans les prochaines semaines une nouvelle séquence de transformations sociales. Ces chantiers seront portés par la ministre de la Santé et des Solidarités et la ministre du Travail.

Il s’agit de la réforme de notre système de santé, de celle de la dépendance, de la finalisation du reste à charge 0 et de la refonte de nos prestations sociales et de notre stratégie de lutte contre la pauvreté.

Permettez-moi de poser les termes de ce dernier débat qui donne lieu à des interrogations. J’ai la conviction que nos concitoyens savent mieux que quiconque que notre ascenseur social est grippé.

Nous subissons depuis des décennies un chômage élevé, avec un nombre inacceptable de chômeurs de longue durée et de jeunes sans emploi, un accès à la formation professionnelle très insuffisant pour les personnes peu diplômées ou éloignées de l’emploi, un nombre de bénéficiaires du RSA qui a augmenté de 50% en 10 ans ; bref, un dispositif qui ne fonctionne pas de manière satisfaisante : nous ne sommes pas au niveau de service et d’efficacité que les français sont en droit d’attendre. Près de 9 millions de personnes pauvres, et un enfant sur 5 vivant dans une famille pauvre.

Tout cela alors même que nous sommes le pays d’Europe qui a le plus haut niveau de dépenses sociales.

Ça ne peut plus durer et c’est cela qu’avec Agnès BUZYN et Muriel PÉNICAUD nous voulons changer.

Il ne s’agit pas de savoir s’il y a trop ou pas assez d’aides sociales. Il s’agit de rendre notre modèle social plus efficace dans le combat contre la pauvreté.

Nous devons avancer dans trois directions :
- 1er axe : le travail, priorité absolue : Mettre en place un accompagnement plus individualisé, et totalement orienté vers l’activité et le retour à l’emploi. Pour cela, il faut qu’à la fois la structure des prestations mais aussi le pilotage des différents services publics favorisent tous le retour vers l’emploi ;
- 2ème axe : remettre de l’équité et de la cohérence dans le système : payer la juste prestation, en prenant en compte les ressources contemporaines des individus, en mettant un terme à une gestion kafkaïenne des indus et en luttant efficacement contre la fraude en faisant en sorte que ce à quoi ont droit les individus, ils puissent y avoir accès ;
- 3ème axe : une stratégie de lutte contre la pauvreté tournée vers l’investissement social au moins autant que vers la redistribution monétaire. Cela implique d’opérer un tournant à 180° de la philosophie de nos politiques, en faisant de l’investissement dans la petite enfance, dans l’éducation et la formation les fondements de notre modèle social ; bref, d’investir dans les services, dans les femmes et les hommes plutôt que se satisfaire exclusivement d’une logique de guichet.

Il n’y a pas de justice sociale sans efficacité. Et il n’y a pas d’efficacité sans donner, toujours, la priorité au travail. Toutes les grandes social-démocraties européennes l’ont fait et elles ont obtenu, en quelques années, des résultats.

Le second chantier prioritaire sera celui de la transformation de l’action publique. Le gouvernement aborde ce chantier avec la même philosophie. Nous n’avons pas les économies honteuses mais nous ne cherchons pas de petites économies à courte vue.

Nous avons la conviction que nous pouvons renforcer l’action publique à condition de faire des choix, d’investir, d’oser changer. Les économies suivront parce que nous gagnerons en efficacité. Et la fierté et l’efficacité des agents publics en seront renforcées.

C’est cette conviction qui anime le programme Action Publique 2022. Le travail d’analyse qui a été réalisé par la commission me sera remis dans le courant du mois de juin. Et sur la base de ce travail, j’engagerai une discussion serrée avec l’ensemble des ministres pour déterminer les premières orientations qui seront suivis dans la réorganisation de l’action publique.

C’est cette conviction qui nous anime dans la réforme ambitieuse que nous voulons pour l’audiovisuel public et que nous présenterons lundi prochain aux côtés des présidents des entreprises.

Le troisième chantier prioritaire sera celui de la mobilisation des acteurs économiques. La loi Pacte sera présentée au conseil des ministres le 20 juin. Elle modifiera en profondeur les règles du jeu de l’entreprise dans notre société pour qu’il soit plus facile d’entreprendre, pour renforcer la responsabilité sociale de l’entreprise, et pour mieux associer les salariés à ses profits et ses décisions.

Nous sommes aussi en droit d’attendre d’elles un engagement national sur deux grands enjeux : l’apprentissage et la mobilisation pour nos quartiers.

Outre ces trois chantiers majeurs, beaucoup d’autres arrivent à échéance d’ici l’été : la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), les chantiers territoriaux, comme la réforme de la fiscalité locale, les assises de l’outre-mer, le plan d’action anti-terrorisme, a mise en oeuvre du 80km/h et tant d’autres encore…

Vous voyez donc que le rythme ne faiblit pas.

Le président nous a rappelé l’importance que le Gouvernement doit accorder à la cohérence de l’action et au soin dans l’exécution.

La cohérence, c’est la contrepartie de la liberté de ton qui a animé notre séminaire. C’est la solidarité complète dans l’action et la communication, pour tenir le cap fixé par le président de la République.

Le soin dans l’exécution, c’est, pour chacun des ministres, de considérer que le travail n’est pas terminé tant que les Français n’ont pas constaté de progrès concrets dans leurs vies quotidiennes. Il ne suffit pas de voter la loi, d’annoncer des mesures et de prendre des décrets. Encore moins de dépenser de l’argent public qui est celui des Français. Ils ont élu le président pour que les choses changent.

A la demande du président de la République, au terme de cette première année du quinquennat, je recevrai au début du mois de juillet chaque ministre pour faire le bilan de l’avancement de leurs feuilles de route, pour vérifier ce qui a été engagé, pour étudier la suite - c’est-à-dire les mesures qui doivent être travaillées dans les 12 mois qui suivront - pour rendre concret et lisible l’action des membres du Gouvernement pour nos concitoyens.

Le prochain rendez-vous sera celui d’un séminaire qui se tiendra à la fin du mois d’août pour préparer la suite collectivement avec méthode et avec persévérance. Je vous remercie.