10 septembre 2020

Les métropoles de Lille et Toulouse s'engagent dans l'expérimentation du "Un Chez-soi d'abord Jeunes"

L’État a lancé fin 2019 une expérimentation « Un chez-soi d’abord jeunes » de 4 ans sur les métropoles de Lille et Toulouse. En janvier 2021 l’ensemble des 100 jeunes (50 sur chaque territoire) seront intégrés au dispositif et bénéficieront d’un logement et d’un accompagnement intensif et pluridisciplinaire. Les premiers constats montrent un fort investissement des jeunes à s’approprier leur logement et à s’engager dans des démarches de soins ou d’accès à la formation et au logement.
 
Des programmes « Housing first for youth » (Un chez-soi d’abord jeunes) ont été déployés à l’international en partant du constat que l’accompagnement des jeunes adultes est spécifique et que les programmes classiques ouverts à toute personne majeure ne répondent pas aux problématiques de cette tranche d’âge avec suffisamment d’acuité. Les causes, conséquences et conditions de l’itinérance chez les jeunes sont différentes de celles des adultes plus âgés et les solutions doivent être adaptées avec un accompagnement plus soutenu visant notamment le développement cognitif et émotionnel.

L’expérimentation cible les jeunes les plus vulnérables qui sont à risque de devenir des adultes sans-abri ou malades ou « cabossés » par la vie avec des stress multiples. L’objectif est de leur éviter des passages prolongés à la rue qui nuisent à la stabilité future dans le logement mais aussi au bien-être car, même si ces jeunes parviennent à quitter la rue, beaucoup d’entre eux continuent à lutter contre les traumatismes, les problèmes de santé mentale, d’accoutumance aux drogues et de pauvreté extrême.

Sur les deux territoires, le dispositif est porté par le Groupement gérant déjà le « Un chez-soi d’abord généraliste ». A ce jour, 50 jeunes sont accompagnés et logés (dont 30 à Lille et 20 à Toulouse). Les profils et constats sont assez proches sur les deux villes. Les jeunes ont 20 ans d’âge moyen, ce sont pour ¼ des filles et ¾ des garçons. Les orientations sont variées, 1/3 par les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE), 1/3 par les services de psychiatrie et 1/3 par des équipes de prévention de rue ou de première ligne. Tous ont accédé rapidement au logement et l’ont investi. Ils sont très demandeurs d’aller vers la formation ou l’emploi et les diverses activités qui leur sont proposées et ¼ sont en emploi majoritairement sur de l’intérim ou des contrats de formation. L’investissement des familles est très important avec des effets parfois complexes suivants les situations. Facilement joignables par les outils numériques, les jeunes se mobilisent facilement, et la plupart adhèrent aux programmes d’accès aux soins, ou d’éducation thérapeutique ou d’accompagnement au bien-être. Même si certains ont des consommations de produits psychoactifs notamment de cannabis, ils sont moins enfermés dans ces pratiques ou dans l’économie de la drogue que les adultes plus âgés. Concernant leurs ressources, des solutions ont pu être trouvées dans le droit commun, soit via les contrats « entrée dans la vie adulte » (EVA) de l’ASE, soit la Garantie jeune, l’AAH ou des aides ponctuelles de dépannage sur des colis alimentaires par exemple. Enfin, même si sur chacun des sites deux à trois situations sont plus complexes avec des appartements squattés ou des jeunes qui échappent à l’accompagnement, globalement la plupart des jeunes se disent satisfait de l’offre proposée.

Ces premiers éléments plaident en faveur d’une intervention précoce pour limiter les effets délétères d’un passage prolongé à la rue. L’évaluation de l’expérimentation permettra de valider ou non cette hypothèse et de déterminer les conditions optimales d’un possible essaimage.