« Le rétrofit répond aux enjeux de la mobilité et de la transition énergétique »

Transition ÉcologiqueFrance Relance
Publié le : 17/03/2021
Vue sur un moteur électrique de voiture rétrofitée
Transition-One
Aymeric Libeau est fondateur et directeur de Transition-One, l’entreprise de rétrofit qui transforme les voitures thermiques en électriques. Interview.

Photo d'Aymeric Libeau, dirigeant de Transition-One

Qu'est-ce que le rétrofit ?

« Le rétrofit, c’est la transformation de votre voiture, essence ou diesel, en voiture électrique. La voiture ne change pas, seul le moteur thermique est remplacé par un moteur électrique. Il y a de multiples avantages.

Vous ne mettez pas votre voiture à la casse alors qu’elle est encore en état de rouler. Vous réalisez des économies sur vos dépenses de carburants et d'entretiens. Vous roulez avec plus de confort, sans faire de pollutions atmosphérique et sonore. Votre véhicule est certifié Crit'Air zéro et vous ne serez plus contraint dans vos déplacements par les restrictions anti-pollutions.

Enfin, vous vous conformez à la règlementation qui prévoit en 2040, la fin de la vente des voitures thermiques. Surtout, vous n’avez pas besoin d’acquérir un véhicule électrique neuf dont le prix est plus élevé. »

Comment êtes-vous venu au rétrofit ?

« En prenant conscience de l’urgence à agir contre le réchauffement climatique. Je me suis dit qu’il fallait trouver des solutions pour changer nos comportements afin de réduire collectivement nos émissions de CO2.

Chacun a la capacité d'agir : sur son logement, son alimentation, sa mobilité… Avec le rétrofit, on peut apporter sa pierre à l’édifice pour réduire rapidement et massivement ses émissions de CO2. »

Quelle est la portée du rétrofit dans la transition énergétique ?

« "Rétrofiter" sa voiture, c'est réduire d'une tonne de CO2 pour 10 000 kilomètres. Cela fait 12 tonnes par an, en moyenne, par personne. C'est déjà beaucoup de gagné quand on cherche à réduire de 50 % nos émissions de CO2 pour arriver à l’objectif de neutralité carbone en 2050. »

Pour vous, il faut agir tout de suite ?

« Pourquoi attendre 2040 ? Mon objectif, en tant qu'entrepreneur, est de trouver des solutions tout de suite et pas dans 10 ans.

Nous sommes dans une phase de transition et, donc, il faut mettre en place des solutions simples, ici et maintenant, pour participer collectivement à ce changement. Le rétrofit permet de profiter du délai de transition écologique pour passer à l'électrique à moindre coût. »

Vous êtes sensible à l’aspect inclusif de la transition écologique ?

« En effet, si la transition écologique n'est réservée qu'à quelques personnes ayant les moyens de changer, on n'y arrivera pas. Ce sera trop long.

La transition écologique a besoin d'une démarche inclusive pour que tout le monde puisse y participer en fonction de son contexte : j'ai une petite voiture, j'ai une grande voiture, j'ai des moyens, j'ai des petits moyens, j'ai une grande maison, je vis en appartement...

Quelle que soit la situation, il faut que tout le monde puisse y participer partout en France. C'est plus efficace et ça permet de développer une conscience participative. »

À combien revient une opération de rétrofit ?

« Le prix de la conversion varie de 5 000 à 11 000 € en fonction du modèle de véhicule et de son autonomie après déduction des subventions publiques pour aider au passage à un véhicule propre. 5 000 €, c’est le prix que nous proposons pour une voiture citadine comme les Renault Twingo II, les Fiat 500, les Citroën C1, les Peugeot 107.  11 000 €, c’est le prix pour de voitures polyvalentes comme les Renault Clio 3, Peugeot 207, Citroën C3, Dacia Sandero, Mini… »

Envisagez-vous de motoriser les voitures à l’hydrogène ?

« Parmi les solutions de mobilité propre, tous les rétrofiteurs pensent à l’hydrogène. D’autant que l’hydrogène pour le rétrofit ce sera toujours avec des moteurs électriques. La seule différence c’est qu’on n’utilise plus de batteries, mais des piles à combustibles pour fournir l’énergie électrique aux moteurs. »

L’hydrogène va-t-il supplanter les batteries ?

« Je pense que l’on va avoir des petites voitures avec des batteries pour une autonomie raisonnable. Et à côté, la technologie hydrogène qui devient intéressante dès que l’on passe à des véhicules plus gros - SUV, 4X4, gros utilitaires, bus, camions… - nécessitant plus de puissance et d’autonomie. Là justement où le surplus de batteries nécessaires à un surcroît de puissance devient un handicap à cause de leur poids élevé.

Aujourd’hui, les solutions pour l’hydrogène existent et sont technologiquement maîtrisées. Je crois vraiment en l’avenir de l’hydrogène. »