Discours de la Première ministre Élisabeth Borne à l’occasion de la Conférence des ambassadrices et ambassadeurs

Publié 05/09/2022 | Modifié 02/09/2022

Partager la page

Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre délégué,
Mesdames les Secrétaires d’État,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
C’est notre première rencontre collective et la première fois que j’ai l’occasion de m’exprimer devant vous. J’attendais ce moment avec une certaine impatience. Comme cheffe d’entreprise, comme ministre, comme Première ministre, j’ai mesuré depuis longtemps votre engagement, votre implication et votre rôle central et déterminant.
Ces dernières années l’ont rappelé avec acuité : face à la crise sanitaire, vous avez aidé nos compatriotes et permis de répondre au défi de la solidarité internationale pour l’accès au vaccin. Face à la reprise de l’Afghanistan par les Talibans, vous avez permis l’évacuation dans un temps record de nos ressortissants et de 3 000 réfugiés afghans. Face à l’agression russe et pour soutenir l’Ukraine, vous avez répondu présents, actifs sur tous les fronts qu’il s’agisse d'accompagner nos ressortissants en Ukraine et en Russie, de permettre l'accueil des réfugiés ou d'organiser la réponse internationale.
Vous êtes les voix de la France. Vous êtes les porte-paroles de nos principes et de nos valeurs partout dans le monde. Vous êtes nos relais pour conquérir de nouveaux marchés, pour partager notre culture, faire connaître nos savoir-faire.
Et dans cette période de bascule marquée par la fin de nos certitudes et le retour des conflits armés en Europe, nous avons particulièrement besoin de vous. Besoin de diplomates aguerris, besoin de notre réseau diplomatique.
Après le Président de la République hier, je voulais à mon tour, au nom du Gouvernement, vous dire toute ma reconnaissance. Comme l'a souligné le Président de la République, la période qui s'ouvre augure de grands changements. Le dérèglement climatique, la guerre sur le sol européen et les tensions énergétiques sont autant de crises dont nous n'avons pas fini de mesurer les conséquences.
Nous entrons dans une ère de désordre économique, climatique, stratégique. Et ces désordres ont un point commun : ils touchent directement le quotidien des Français, mais trouvent leurs racines et une bonne part de leurs solutions à l'international.
Vous détenez, par votre action, sous l'autorité du Président de la République, une part des réponses aux préoccupations de nos concitoyens. Le Président l'a affirmé hier dans des termes très clairs, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères est le chef de file interministériel de l'action extérieure de l'Etat.
En m'adressant à vous, je souhaite d'abord et à grandes lignes vous présenter les piliers de notre action. Il est important que vous les connaissiez, que vous les partagiez et que vous les expliquiez dans les pays où vous servez.
Le Président de la République nous a fixé un cap : construire une France plus forte et plus juste dans une Europe plus indépendante. Pour y parvenir, nous avons répondu dès les premières heures du nouveau quinquennat à l'urgence du pouvoir d'achat en prenant une série de mesures fortes.
Ces mesures ont pu être votées malgré l'absence de majorité absolue au Parlement.
Nous mènerons également quatre batailles de front.
La première, c'est la bataille pour le climat. Nous respecterons nos engagements européens de diminuer de 55 % nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, objectif indispensable pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Et nous nous fixons l'ambition d'être la première grande nation industrielle à sortir des énergies fossiles. Cela exigera des changements radicaux dans nos manières de vivre, de produire et de consommer. Nous les conduirons grâce à une transition écologique planifiée avec des objectifs et un calendrier secteur par secteur.
Cette bataille pour le climat dépasse largement nos frontières. Vous êtes aux avant-postes pour pousser chaque pays à s'y engager. Nous comptons sur vous.
La seconde bataille, c'est celle du plein emploi. Nous avons créé plus d'un million d'emplois dans le précédent quinquennat et porté le chômage au plus bas niveau depuis 15 ans. Le plein emploi est accessible. Il assurera notre puissance économique en Europe et dans le monde. Nous mènerons les réformes nécessaires, même si elles sont difficiles. Par votre action au service de la diplomatie économique, vous participez vous aussi à cet objectif.
La troisième bataille, c'est celle de l'égalité des chances. Au cœur de notre engagement se trouve le refus des inégalités de destin. Alors nous agirons dans tous les domaines et notamment pour la sécurité, la santé et l'éducation.
Enfin, la quatrième bataille, c'est celle de la souveraineté, une souveraineté française et européenne. Loin de s'exclure, les deux vont de pair et se renforcent mutuellement. Nous voulons ainsi bâtir une indépendance stratégique, énergétique, alimentaire, industrielle, numérique et culturelle au niveau de notre pays et de l'Union européenne.
Pour mener à bien nos réformes, nous mettons en place une nouvelle méthode avec un dialogue accru avec les élus, avec les territoires. Une nouvelle méthode, davantage fondée sur l'écoute, sur le partage des options à notre disposition et des contraintes qui pèsent sur nous.
Vous devrez prendre part à cette nouvelle méthode. Vous serez amenés à renforcer encore vos relations de travail avec les élus et les territoires. Cela vaut pour les représentants des Français à l'étranger. Ils sont le baromètre de notre communauté partout dans le monde. Ils sont aussi des sources précieuses d'initiatives et d'idées. Nous devons les consulter et les associer aux visites des autorités.
Cela vaut ensuite pour nos parlementaires. Je vous demande une attention particulière à leurs demandes et leur travail.
Cela vaut enfin pour les territoires, les ONG et le secteur privé. Leurs initiatives sont nombreuses et utiles en particulier dans les périodes de crise.
Notre mobilisation collective en soutien à l’Ukraine l’a montré. C’est en unissant nos forces que la France pèse. Tout cela, vous le faites déjà, je le sais bien, mais il est essentiel de le faire davantage encore. J’y vois une condition majeure de notre efficacité collective.
 Au-delà de ces 4 batailles fondamentales, j’ai donné à chacun de mes ministres une feuille de route avec des objectifs précis.
Notre action doit être lisible, visible et transparente. Cela vaut également pour notre action diplomatique.
Parmi ces objectifs, je vous ai confié Madame la Ministre, chère Catherine COLONNA, 3 priorités.
La première pour laquelle la secrétaire d’Etat chargée de l’Europe œuvre d’ores et déjà, c’est de consolider la souveraineté européenne car il n’y aura pas de France forte sans Europe puissante.
Les derniers mois ont été des accélérateurs majeurs. Ils ont aussi permis à nos concitoyens de prendre la mesure de l’opportunité que représente l’Europe, qu’elle est sur de nombreux sujets l'échelon pertinent pour agir et peser.
Grâce à l'Europe, nous avons su faire face à la pandémie en mutualisant l'achat de vaccins. Grâce à l'Europe, nous avons pu adopter des sanctions coordonnées contre la Russie pour rendre insupportable le coût de la guerre qu'elle mène en Ukraine. C'est grâce au rôle moteur de l'Europe que nous avons pu avancer à l'échelle internationale pour faire face à la crise climatique. C'est encore grâce à l'Europe que nous pourrons mettre en place des règles efficaces pour maîtriser ensemble nos frontières dans le cadre de l'espace Schengen.
Porter cette ambition européenne est donc l'intérêt majeur de notre pays. Nous venons de le faire de façon remarquable dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, qui a permis d'obtenir pas moins de 130 accords.
Ces résultats qui sont autant de réponses pour le climat, le numérique, l'autonomie stratégique, les droits sociaux ou l'égalité femmes hommes, c'est d'abord grâce à la diplomatie que nous les avons obtenus. Ce sont des avancées majeures, nous ne devons pas relâcher la pression, nous devons continuer à être moteur, à revenir à la charge.
J'aurai à cœur, avec la ministre et la secrétaire d'État en charge de l'Europe, de m'investir pour contribuer à aider l'Union européenne à avancer.
Notre prochain défi ne tardera pas. La Russie a d'ores et déjà pratiquement coupé ses exportations de gaz vers l'Europe. Et si elle décide de couper complètement son approvisionnement, nous savons que l'Europe manquerait de gaz cet hiver sans alternative immédiate. C'est dans ces moments-là que la solidarité européenne prend tout son sens. La France a beau être moins exposée que ses voisins, elle a un devoir vis-à-vis de l'Europe. C'est une question de réciprocité. Comment pourrions nous attendre en retour de la solidarité si nous la refusions dans ce moment critique ? C'est une question économique, car nous pâtirions nous aussi d'un ralentissement de l'économie européenne. C'est une question de principe : nous avons fait l'Europe pour surmonter les crises ensemble, nous devons être fidèles à notre engagement.
La deuxième priorité que je vous ai confiée, Madame la Ministre, c'est le renforcement de nos partenariats internationaux et le rayonnement de la France par la Francophonie.
Je sais que vous pourrez compter dans cette mission sur l'engagement et la détermination de la Secrétaire d'Etat chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux.
Depuis 2007, nous avons engagé une hausse sans précédent des moyens de notre aide publique au développement. Nous continuerons à investir davantage à travers les programmes de nos opérateurs et par un engagement accru au sein des instances multilatérales et des Nations unies.
Surtout, nous devons assumer de faire de notre aide au développement un outil au service de nos valeurs, de la réponse aux défis globaux comme la santé mondiale, le climat ou la biodiversité et de nos relations avec nos partenaires, et je pense notamment à l'Afrique, dans une logique d'investissement solidaire et au service de nos intérêts mutuels.
Le multilatéralisme, ce n'est pas une posture, encore moins une idéologie. C'est du bon sens et une question d'efficacité.
Les crises mondiales, quelles qu'elles soient, ne peuvent être résolues par un seul pays, aussi puissant soit-il. Elles requièrent que chacun contribue. Je souhaite pour cela pouvoir réunir au cours des prochains mois un Conseil interministériel de coopération internationale et de développement qui doit permettre, sous la coordination du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, de renouveler l'engagement de chaque ministère.
Concernant le rayonnement de notre pays et la promotion de la Francophonie, nous y répondrons grâce au renforcement du réseau éducatif et de recherche, du réseau culturel et de l'audiovisuel extérieur public dans le monde. Ce sont des instruments remarquables, ils doivent être pleinement mobilisés au service de notre influence. J'y reviendrai.
La troisième priorité que j'ai donnée à la ministre, c'est d'améliorer l'accompagnement des Français de l'étranger.
Vous agirez en ce sens avec le ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l'attractivité et des Français de l'étranger. Je connais tout le travail de vos équipes consulaires et je veux les saluer. Beaucoup a déjà été initié, notamment pour la dématérialisation des procédures, il nous faut aller plus loin pour simplifier la vie de nos compatriotes de l'étranger.
Nous devons déployer France Consulaire et rendre nos services publics plus accessibles. Nous ferons un pas supplémentaire partout où c'est possible pour la dématérialisation du renouvellement des titres d'identité, du dépôt de procuration ou de l'établissement des certificats de vie.
Nous continuerons à soutenir par nos subventions le réseau associatif pour les Français de l'étranger.
Mesdames et Messieurs, au-delà de ces priorités, je vous demande de mener vos actions en gardant toujours en tête 3 principes.
Le premier, c'est la défense et la promotion de nos valeurs. Je compte sur vous pour porter le combat des droits humains dans vos postes. Le Gouvernement continuera d’agir dans ce sens, je pense à l’accueil de 100 000 réfugiés ukrainiens en France, à la protection que nous accordons aux opposants russes, ou encore à celle que nous continuons à apporter aux réfugiés afghans. Nous resterons fidèles à nos devoirs et à notre histoire. Nous aurons besoin que votre implication se poursuive.
Le deuxième principe, c’est le développement de notre influence. Dans le monde actuel, chaque puissance mène une guerre d’information , voire de propagande. Nous ne pouvons pas faire semblant de l’ignorer, et nous devons nous organiser. Il est capital de répondre face aux fausses informations sur la France et sur nos actions. Nous devons être en mesure de riposter plus vite, plus fort, et de mieux expliquer ce que nous faisons. Les propositions de réforme du service de communication du Ministère sont intéressantes et audacieuses. Comme vous, je pense que nous devons revoir à la hausse notre ambition en matière de communication publique extérieure.
Enfin, le troisième principe qu'il nous faut garder en tête, c'est l'action pour notre économie et nos emplois. Aujourd'hui, notre pays tient bien. Nous avons atteint un nombre record d'entreprises exportatrices. Les exportations du secteur agroalimentaire ou encore des produits pharmaceutiques et cosmétiques dépassent leur niveau d'avant crise.
La France se maintient au premier rang des pays européens pour l'accueil des projets d'investissements étrangers. Et nous devons garder en tête que 4 millions d'emplois dépendent de nos exportations, et que l'atteinte de notre objectif de plein emploi passe aussi par des commandes importantes à l'export.
Je vous invite donc à mener une diplomatie économique offensive de manière à attirer des investisseurs étrangers dans nos territoires, à attirer les talents étrangers, à diversifier nos approvisionnements et à sécuriser les débouchés de nos entreprises à l'export.
Cela implique d'accompagner nos entreprises à l'export et notamment les PME, en misant sur le collectif de Team France Export avec tous nos partenaires institutionnels, les élus et les entreprises elles-mêmes.
Cela veut dire aussi promouvoir partout la marque France à l'étranger, promouvoir notre pays, nos entreprises, nos atouts, et notre volonté de réforme. Je sais pouvoir compter sur la mobilisation particulière de la ministre et du ministre délégué sur ces sujets.
Mesdames les ambassadrices, Messieurs les ambassadeurs, derrière les mots de souveraineté, valeur, partenariat ou diplomatie économique, se cachent votre investissement personnel et celui de vos équipes. J'en suis bien consciente et c'est pourquoi j'ai souhaité, comme le demandait votre ministre, que le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères soit doté de moyens supplémentaires, en particulier humains.
Aussi avec une centaine d'emplois de plus en 2023, c'est la première fois depuis des décennies que les effectifs du Quai d'Orsay repartent à la hausse. C'est une marque de confiance, c'est aussi la preuve que notre Gouvernement sait l'importance du travail de notre diplomatie.
Pourtant, beaucoup d'entre vous s'interrogent, je le sais. La réforme de la haute fonction publique a pu faire naître quelques inquiétudes, quelques doutes, elle a aussi fait l'objet d'incompréhensions.
Le Président de la République l'a affirmé hier, et je le dis une nouvelle fois devant vous, cette réforme ne signifie en aucun cas la disparition du métier de diplomate. Nous avons besoin de vous. Nous savons l'ampleur et la qualité de votre travail. Et, je le redis, vous serez déterminants pour affronter les défis des années à venir.
L'objectif de cette réforme, c'est de garantir que le haut encadrement de l'Etat est un socle commun de connaissances et de compétences, en somme une culture commune.
C'est de faire émerger des logiques de métiers dont les spécificités sont davantage reconnues.
C'est enfin de décloisonner. Il n'est pas question de vider la diplomatie de ses diplomates, mais toute notre haute fonction publique doit pouvoir bénéficier de votre expertise.
Et pour vous, faire une mobilité, c'est apprendre et se doter de nouvelles compétences qui seront utiles et valorisées lors de votre retour dans votre cœur de métier.
La nouvelle grille indiciaire des administrateurs de l'État sera publiée cet automne, et vous pourrez exercer votre droit d'option en janvier prochain, en pleine connaissance de cause. Cela permettra de lever certaines incertitudes. Je sais également que si des garanties ont été apportées, certains points doivent encore être clarifiés, notamment sur la promotion des secrétaires des Affaires étrangères ou l'organisation du nouveau concours d'Orient.
La ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et le ministre de la Transformation et de la Fonction publique y travaillent, des réponses seront apportées rapidement.
Mesdames les ambassadrices, Messieurs les ambassadeurs, la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères m'a fait part de son souhait d'organiser sous peu des états généraux de la diplomatie.
Cet exercice permettra de se poser les questions qui comptent pour l'avenir.
Quelles sont les missions indispensables de la diplomatie ? Comment améliorer encore l'efficacité de notre outil diplomatique ? Quel rôle doit jouer le Ministère au sein de l'Etat ?
Les réponses que nous apporterons seront déterminantes pour l'avenir de notre diplomatie et la place de notre pays dans le monde. Il sera du coup très important que cette réflexion fasse l'objet d'une appropriation interministérielle, et j'y veillerai.
Et si j'ai une conviction à vous partager pour conclure, c'est que le succès de nos politiques publiques passe par votre action, vos décisions et vos réussites ont des impacts concrets sur le quotidien des Français.
Sous l'autorité du Président de la République, avec la ministre, avec toute l'équipe ministérielle du Quai d'Orsay, nous connaissons l'ampleur de votre travail et celui de toutes vos équipes.
Nous sommes avec vous, nous avons besoin de vous, et je compte sur vous.
Vive la République ! Et vive la France !