Agriculture, forêt et changement climatique

Le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement, a présenté une communication relative à l’agriculture et la forêt face au changement climatique.
 
1. L’accélération de la transformation des systèmes productifs, pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique, constitue probablement le plus grand défi collectif des prochaines décennies. 

En décembre 2015, la France présidera la 21ème Conférence des Parties à la convention cadre des Nations-unies sur les changements climatiques, durant laquelle devra se conclure le premier accord mondial et contraignant sur le climat, pour engager une transition globale vers des sociétés décarbonées et résilientes. Les chefs d’État européens se sont d’ores et déjà accordés, lors du Conseil européen des 23 et 24 octobre, sur un objectif ambitieux de réduction d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre en Europe, pour 2030, par rapport à 1990. Le rôle de l’agriculture est intégré dans ce nouveau « cadre énergie climat» qui constitue la contribution de l’Union européenne à l’accord international.
 
L’agriculture a aussi un rôle important à jouer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
 
Les changements de pratiques et de systèmes de culture permettraient, selon une récente étude de l‘Institut national de la recherche agronomique (INRA), une réduction de près de 30 millions de tonnes équivalent CO2 par an à l’horizon 2030 en France, pour des émissions annuelles de gaz à effet de serre de 102 millions de tonnes. Ce chiffre est en baisse depuis 1990 du fait de la réduction du cheptel et de la fertilisation azotée.
 
C’est la convergence de plusieurs types d’action qui doit assurer la contribution de l’agriculture à la réduction des émissions :
 
  • la réduction des émissions de méthane issues des élevages et de leurs effluents, par l’essor de la méthanisation et une meilleure gestion des déjections animales ;
  • l’utilisation des terres agricoles pour stocker du carbone, notamment par le développement de la pratique du semis direct, de l’agro-foresterie et de la création de haies ;
  • la gestion de l’azote par une fertilisation mieux raisonnée et le développement des cultures de légumineuses qui fixent naturellement l’azote atmosphérique.
 
La protection des prairies et la maîtrise de l’artificialisation des sols, la réduction du gaspillage alimentaire ou le développement des biomatériaux sont autant d’autres leviers pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
 
La forêt française stocke du carbone dans les arbres et les produits du bois, substitue des matériaux et énergies aux produits fossiles et assure ainsi une réduction des émissions de l’ordre de 110 millions de tonnes équivalent CO2 chaque année. La stimulation de la sylviculture, du reboisement et de la récolte, avec la valorisation prioritaire du bois d’œuvre pour la construction, constitue un levier climatique puissant.
 
2. L’adaptation aux changements climatiques est l’autre défi auquel l’agriculture et la forêt sont confrontées. 

Les inondations et les canicules figurent parmi les risques climatiques majeurs identifiés pour l’Europe. La ressource en eau risque de ne pas être suffisante pour assurer la satisfaction de tous les usages, notamment les besoins agricoles. Il est donc indispensable d’engager un effort accru d’efficience de l’irrigation et d’économie d’eau, par la sélection des variétés ou l’agroécologie (non labour, diversification des cultures, choix de cultures plus économes en eau et en intrants…). En complément, dans les zones où le partage de la ressource, ses priorités d’usage et sa disponibilité le permettent, la création de stockages de substitution permettra de réduire la pression sur les ressources les plus tendues.
 
Le défi climatique ne peut être dissocié de celui de la sécurité alimentaire. L’intensification écologique de l’agriculture, d’abord dans les régions où les besoins alimentaires sont les plus importants et où les rendements doivent être accrus, est une nécessité.
 
La France, avec ses partenaires en développement, peut contribuer à une réflexion croisée pour explorer les solutions communes : restauration des terres dégradées, réduction de la déforestation, optimisation de l’utilisation de la ressource en eau et de l’irrigation, développement de systèmes agricoles durables.
 
Enfin, l’agriculture et la forêt, qui reposent sur des écosystèmes vivants par nature, méritent une approche spécifique globale prenant en compte les services vitaux et renouvelables qu’elles rendent à la planète et à l’humanité.
 
Un événement international sur l’agriculture et la forêt face au changement climatique sera organisé avec les organisations professionnelles à l’occasion du prochain salon international de l’agriculture en février 2015. Il aura vocation à nourrir le débat sur ces questions dans la perspective de la COP 21.