Discours de Mounir Mahjoubi lors de la VivaTech 2018
25 mai 2018

French Tech 2022 : "il faut faire décoller les start-up françaises"

Passer de l'émergence à l'envol... C'est l'objectif de la French Tech pour l'écosystème des start-up françaises à l'horizon 2022. Gouvernement.fr a rencontré le secrétaire d'Etat du Numérique, Mounir Mahjoubi.
 

Gouv.fr : Le numérique et l'innovation sont au cœur des objectifs du Gouvernement pour le territoire français comme pour le rayonnement de la France à l'international. Pourtant de nombreux citoyens expriment des inquiétudes vis-à-vis du numérique. Que mettez-vous en place pour que cette part de la population se sente plus concernée par le numérique ?


M.M.: Aujourd’hui, environ 20% des Français ne savent pas du tout utiliser le numérique. 40% d'entre eux savent l’utiliser mais préfèrent ne pas s'en servir. Les sources d’inquiétudes sont nombreuses : protection des données personnelles, violences et haine en ligne,... Si l'on considère que le numérique détruit, alors, il est naturel que les gens expriment des réticences et s’en éloignent. Il est essentiel que l’espace numérique soit régie par des règles. On doit apporter plus de sécurité, plus de simplicité, mais aussi, plus de valeurs et d’impact. Si on fait tout cela, alors les Français auront toutes les raisons de se mobiliser pour plus de numérique partout. C’est notre rôle de montrer un chemin, d'expliquer ce que peuvent être les scénarios du numérique et de dire qu’on a consciemment choisi d’aller dans un sens plutôt qu’un autre. Il y a une façon de faire de la Tech à la française et à l’européenne et il y a une façon de faire de la Tech à la chinoise et à l’américaine. En France, on est toujours dans un équilibre entre performance et humanité.
 
"En France, on est toujours dans un équilibre entre performance et humanité."
Mounir Mahjoubi
Secrétaire d'Etat du Numérique
 

Vous parlez d’une façon de faire de la Tech à la française mais quelle est la place de la France dans la Tech internationale ?


Nous n'avons pas à rougir de notre position sur la scène internationale et nous sommes attendue par de nombreux pays sur ces sujets. La Tech à la française et à l’Européenne se sont des valeurs et du sens. Si nous ne jouons pas sur le sens, si nous ne nous concentrons pas sur nos valeurs, d'autres seront toujours plus nombreux, toujours plus riches que nous. Il y a différentes manières de penser le numérique comme il y a des dynamiques différentes à l'origine des investissements : la performance, le contrôle, la protection, l’avantage stratégique. En Europe et en France, on innove pour avoir un impact responsable sur l’Homme et sur l’environnement. Tant que nous gardons ces objectifs, nous maintenons notre singularité. C’est pour cela que nous avons organisé les sommets AI for Humanity ou encore Tech for good. L’humanité est la clé de la Tech à la française et à l’européenne.
 

En 2013 a été créée la French Tech pour affirmer cette vision française du numérique et pour accompagner l'émergence des start-up françaises. Aujourd'hui vous annoncez la mise en place de la "French Tech 2022". Quels sont vos nouveaux objectifs ?


Depuis sa création, la French Tech a pour objectif de permettre l’émergence des start-up françaises. C’est une mission réussie puisqu’elle a participé à faire éclore l’écosystème des 10 000 start-up. Nous devons maintenant pousser l'ambition. Il faut permettre l’envol de cet écosystème français. Cela passe notamment par le soutien des entreprises qui ont des projets d’hyper croissance à l’international. Pour réussir, il faut qu’elles trouvent des fonds et de l'assistance à projet. Nous les aiderons avec les créations de programmes de mentoring et de nouveaux financements à hauteur de 70 millions d’euros.

Nous devons aussi améliorer notre capacité à attirer des talents. Pour y arriver, nous allons amplifier les dispositifs "French Tech visa" et "French Tech diversité". La diversité et la mixité doivent être les deux grandes rames de la French Tech aujourd’hui. Moins d’une entreprise sur dix est dirigée par une femme dans la French Tech et les milieux les plus favorisés sont hyper représentés.

L'ensemble de ces dispositifs ne sera efficace que lorsque les acteurs publics seront pleinement mobilisés. C'est pourquoi, nous avons egalement décidé la mise en place de relais start-up dans chaque ministère.
 

Et quels sont vos objectifs pour la French Tech en Europe et à l’international pour les années à venir ?


Il faut impérativement porter sur la French Tech un regard à la fois intérieur et extérieur, et c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai nommé Kat Borlongan à la tête de la French Tech. C’est une entrepreneuse qui apporte des méthodes innovantes et qui porte une nouvelle dynamique à notre démarche : de l'émergence à l'éclosion des start-up francaises. Elle connait l’écosystème des financeurs, des entrepreneurs, des acteurs publics en France et à l’étranger, et c’est particulièrement nécessaire pour faire décoller la French Tech. Nous voulons que nos pépites soient plus visibles à l’international. C'est pourquoi, nous avons pensé la création d'un nouvel indice "next 40" qui permettra d'accroître la visibilité des 40 start-up françaises les plus prometteuses. Elles seront sélectionnées tous les ans par un jury.
 
"Nous voulons que nos pépites soient plus visibles à l’international."
Mounir Mahjoubi
Secrétaire d'Etat du Numérique

Au niveau européen, nous souhaitons développer une véritable "Europe Tech" qui s'inspirerait du modèle français. Aujourd’hui, le manque de diversité dans les identités nationales des fondateurs de ces entreprises explique en partie qu'elles n'arrivent pas à toucher les 500 millions de citoyens européens. Nous n'avons pas encore de beaux exemples de start-up dans lesquelles les cofondateurs viennent de plusieurs pays de l’Union et profitent de cette diversité pour développer un véritable marché européen. J'espère que nous serons le premier gouvernement à pouvoir assister à l'avènement de ces pépites.
 
La French Tech aujourd’hui
  • Plus de 10 000 start-ups, un nombre en croissance de 30% chaque année.
  • Une position leader en Europe dans les indices de start-ups à forte croissance.
  • Des montants annuels de fonds levés multipliés par 3 en 5 ans, avec un pic à 2,5 milliards d’euros en 2017.
  • Une participation significative (>12%) aux créations nettes d’emplois chaque année en France.
  • 35 communautés labellisées en France et à l’international