Revivez la passation de pouvoir entre Jean Castex et Élisabeth Borne

Publié 16/05/2022 | Modifié 16/05/2022

Jean Castex a remis la démission de son Gouvernement au président, Emmanuel Macron, ce lundi 16 mai 2022. Revivez, en direct de Matignon, la cérémonie de passation de pouvoir avec son successeur Élisabeth Borne.

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Jean Castex a remis la démission de son Gouvernement au président de la République, Emmanuel Macron, ce lundi 16 mai 2022, qui a nommé Élisabeth Borne Première ministre.

Revivez le direct de la cérémonie de passation de pouvoir entre Jean Castex et son successeur Élisabeth Borne, qui a dédié sa nomination « à toutes les petites filles ».
La cérémonie de passation de pouvoir à Matignon entre Jean Castex et Élisabeth Borne

Jean Castex

Mes chers concitoyens, mesdames et messieurs,

je suis, chère Élisabeth, particulièrement heureux de t’accueillir ici à l’hôtel Matignon, siège de la chefferie du Gouvernement, dans un moment toujours solennel, et je tiens à le dire d’emblée particulièrement émouvant pour moi.

Je voudrais d’emblée, si tu me le permets, exprimer toute ma gratitude et ma reconnaissance après ces mois qui, depuis juillet 2020, m’ont conduit à la tête du Gouvernement de la République, à faire face avec le peuple français à une série d'événements tout à fait exceptionnels, difficiles, douloureux.

Et je voudrais d'abord exprimer, évidemment ma reconnaissance au Président de la République de m'avoir fait l'honneur, et donné la possibilité d'exercer cette très haute fonction et j'allais dire, tout simplement de servir mon pays. Je voudrais dire aussi au peuple de France combien je sais que les mois écoulés, marqués par une crise sanitaire inédite, ont été difficiles, combien cela a engendré de décès, de souffrances, combien nous avons dû prendre, sous l'autorité du chef de l'État, des mesures difficiles.

Mais je veux ici saluer la résilience de nos concitoyens. La solidarité qu'ils ont exprimée au-delà des contestations qui se sont fait jour. Mais dans l'ensemble, nous avons, ensemble, fait face. J'ai essayé, avec le Gouvernement, avec l'ensemble des services publics, de mener le bateau dans ces circonstances tout à fait exceptionnelles avec, je le redis, un seul objectif : protéger, apaiser, expliquer, rassembler, fédérer.

Ces remerciements, je les dois aussi, évidemment, à l'équipe gouvernementale, dont tu faisais, chère Élisabeth, partie. Et au-delà de cette équipe, à mon cabinet bien sûr, au service exceptionnel qui, tu le verras, travaille ici à Matignon, mais tu les connais déjà pour l'essentiel.

Et au-delà, à l'ensemble des agents et fonctionnaires de l'État et du service public. Pour ceux qui en doutaient, ça n'a jamais été mon cas, la France a montré qu'elle disposait d'un État et d'agents du service public formidables.

Bien sûr, bien sûr, comment ne pas évoquer d'abord celles et ceux qui concourent à notre service public de santé, publique et privée d'ailleurs, qui, depuis le premier jour, ont fait face avec un courage et une abnégation absolument exceptionnels à toutes les vagues de la pandémie. Combien de fois me suis-je rendu à leurs côtés dans les services de réanimation d'urgence, dans les hôpitaux, dans les établissements de santé, dans les centres de vaccination. Je veux leur dire, en votre nom, la gratitude infinie de la nation pour ce qui s'est passé.

Nous avons, mon Gouvernement a tenté, à la demande du chef de l'Etat, d'en tirer déjà, ça s'est appelé Le Ségur, toutes les premières conséquences pour remettre à niveau ce service public dont la pandémie a rappelé une nouvelle fois le caractère absolument indispensable. Et je sais, chère Élisabeth, que tu auras à cœur de poursuivre cette action. Ma reconnaissance s'exprime également aux membres du Parlement, et notamment à la majorité parlementaire qui m'a toujours été fidèle, d'une grande loyauté, qui a pris ses responsabilités.

Et je crois dans le plus grand respect, et de l'État de droit, et des prérogatives de la représentation nationale. La crise sanitaire, vous le savez, n'a pas été le seul événement auquel nous avons dû faire face. Plus près de nous évidemment, la guerre aux portes de l’Europe, en Ukraine qui n’a pas fini de faire peser toutes ses conséquences y compris ici dans notre pays et je sais que c’est une des priorités que tu auras à cœur de traiter.

Mais je veux avoir une pensée particulière en ce moment aussi pour les victimes des attentats, les attentats terroristes qui ont meurtri notre pays alors que je me trouvais ici à l’Hôtel Matignon. Je pense bien sûr à Samuel PATY, l’attentat de Conflans-Saint-Honorine, mais je pense aussi à Stéphanie MONFERMÉ et l’attentat terrible dans ce commissariat. Je pense aussi aux victimes, aux 3 victimes à Notre-Dame des Anges à Nice. Je pense aussi à ce policier assassiné en Avignon. Tout cela marque beaucoup la nation et renforce notre détermination et je sais combien tu la partages, à lutter sans relâche contre le séparatisme et le terrorisme.

Je me suis donné sans retenue à cette belle et haute fonction en veillant toujours à ce que je crois fondamental, à ces valeurs que nos concitoyens attendent par-dessus tout au-delà des décisions qu'il nous faut prendre. L'engagement, la sincérité, le bon sens et la proximité. La société souffre, certains de nos concitoyens rencontrent des difficultés.

Ah ! Le peuple français est un peuple exigeant, tu le sais, il ne prend rien pour argent comptant. Il soupèse tout. Mais il sait faire face. C'est un grand peuple, un peuple politique. La fonction, chère Elisabeth, n'est pas davantage exempte d'expositions et de critiques. On dit même qu'elle a été créée pour ça.

Hélas, chère Elisabeth, je crains qu'une de ces critiques te soit épargnée, celle relative à ton accent. Personne n'est parfait. N'oublie pas, quoi qu'il en soit, qu’en réalité, il y a ce qu'on entend beaucoup, qui s'exprime fort et haut et puis il y a ces millions et ces millions de nos concitoyens que l'on n'entend jamais ou si peu, et qui sont là, qui observent, qui agissent, qui mènent leur vie, faite comme les autres, de heurts et de malheurs. Il faut veiller à ne jamais les oublier.

Ils ne s’épanchent pas forcément sur les réseaux sociaux, ils n'occupent pas forcément les chaînes d'information continue, mais ils sont là et ils sont la colonne vertébrale de la France. Cette France qui est confrontée, tu le sais, à d'immenses défis.

La crise sanitaire n'est pas tout à fait terminée, la crise en Ukraine et toutes ses conséquences sont là, la question du pouvoir d'achat sur laquelle, je le pense, mon Gouvernement a déjà beaucoup agi, va t’occuper pour renforcer et amplifier les dispositifs que nous avons pris. Loin de toute mesure de démagogie et de facilité qui n'auraient pour conséquence que d'affaiblir durablement notre économie et d'appauvrir davantage encore à l'arrivée les plus vulnérables d'entre nous. J'ai confiance, chère Elisabeth.

D'abord, permets moi de te le dire en toi, car je te connais, je te vois agir. Tu étais au Gouvernement avant que je n'en devienne le chef. Mais depuis juillet 2020, j'ai pu, je veux le dire à la nation, observer tes immenses qualités de droiture, d'intégrité, de compétence, de volontarisme, ton aptitude certaine à relever les grands défis que le Président de la République a soumis au peuple français à l’occasion de l’échéance majeure qu’à l’élection présidentielle, la transition écologique, l’égalité des territoires, l’aspiration à la justice et à l'égalité.

Toutes ces valeurs que tu as ancrées en toi-même et depuis longtemps. Surtout, j'ai confiance dans le peuple de France, dans les grands talents que celui-ci recèle pour qu'ensemble, de façon solidaire, déterminé par notre travail, par nos efforts partagés, nous puissions faire face à ces grands défis. Je serai autant que tu le souhaites à tes côtés, ma chère Elisabeth.

Comme je l'ai dit et annoncé, je ferai, en ce qui me concerne, un pas de côté en sortant de la vie politique nationale dans laquelle je ne suis finalement entré qu'un peu par effraction en juillet 2020. Je continuerai bien sûr à servir notre pays. Il y a tellement de façons de servir son pays quand on l’aime en dehors de la politique.

À toi-même, au Gouvernement de la République et à l'ensemble de nos concitoyens, à un autre pays, à l'Europe aussi, je souhaite de tout cœur bonne chance. Je souhaite le meilleur, car je n'en doute pas, nous en sommes capables. Je vous remercie.


Elisabeth Borne

Monsieur le Premier ministre, cher Jean, merci tout d'abord pour ton engagement sans faille au service de notre pays, au service des Françaises et des Français tout au long de ces derniers mois. Merci aussi pour tes mots, et puis merci pour les nombreux combats que nous avons menés ensemble, précisément au service des Français.

Alors, je suis sûr que beaucoup de Françaises et de Français ont comme moi un pincement au cœur au moment où tu t’apprêtes à quitter tes fonctions parce que tu as su conquérir le cœur des Français en sillonnant sans relâche notre pays, en allant à leur rencontre. Tu le sais, je crois, tu as certainement battu tous les records sur le nombre de déplacements d'un Premier ministre.

Mais ça nous a permis de découvrir au-delà de très grande qualité d'écoute et d'apprécier tes qualités humaines, toute ta sincérité et toute ta capacité, je veux dire d'empathie vis-à-vis de nos concitoyens. Alors tu l'as rappelé quand tu as pris ses fonctions il y a bientôt deux ans. Les défis étaient immenses.

D'abord, la crise sanitaire était toujours là dans notre pays et on nous annonçait une crise économique et sociale sans précédent. Grâce à ta détermination, à ton engagement, je pense qu'aujourd'hui, on peut le dire, les résultats sont là. Nous avons pu protéger les entreprises. Le taux de chômage est au plus bas depuis 15 ans.

Nous avons agi pour le pouvoir d'achat, même si tu l'as dit, il nous faudra continuer à agir tout au long des prochains mois. Moi, je voudrais dire à quel point j'ai apprécié de travailler à tes côtés pendant ces 22 mois.

Alors, nous avons évidemment des différences, mais je pense que nous avons aussi beaucoup de choses en commun. D'abord, nous partageons la conviction que les politiques publiques doivent se bâtir dans le dialogue. Le dialogue avec les élus, avec les partenaires sociaux, avec les associations avec lesquelles nous avons travaillé sans relâche tous ces derniers mois.

Et puis, même si nous venons de familles politiques différentes, je pense que nous sommes également attachés à l'intérêt général, à la cohésion de notre pays, à l'égalité des chances. Et ça, j'ai pu le mesurer, notamment dans les projets que nous avons portés ensemble pour la jeunesse.

Alors, vous pouvez compter sur moi pour poursuivre dans cette voie face aux nombreux défis que tu as rappelés qui sont devant nous.

Je pense notamment à la situation internationale, mais aussi au défi climatique et écologique sur lequel il faut agir plus vite et plus fort. Et je suis convaincue que nous pourrons le faire en associant encore davantage les forces vives de nos territoires parce que c'est bien au plus près des Français qu'on trouvera les bonnes réponses. Et c'est bien tout le sens aussi de la nouvelle méthode voulue par le président de la République.

Alors, comme vous l'imaginez, je suis évidemment très émue ce soir et je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée pour la première femme qui a occupé ces fonctions, Édith Cresson.

Et peut-être je voudrais dédier cette nomination à toutes les petites filles en leur disant : « allez au bout de vos rêves» et rien ne doit freiner le combat pour la place des femmes dans notre société.

Monsieur le Premier ministre, cher Jean, je pense sincèrement que vous êtes une personne rare parce que vous privilégiez toujours le collectif et que vous incarnez ce qu'est un ministre, ce qu'est un Premier ministre, c'est-à-dire quelqu'un qui sert son pays.

Donc merci, très sincèrement et bravo.