Cérémonie de restitution d’ouvrages spoliés ayant appartenu à Georges Mandel

Publié 15/07/2022 | Modifié 15/07/2022

À la suite des recommandations de la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), des ouvrages ayant appartenu à Georges Mandel, provenant du pillage de sa bibliothèque par les soldats allemands en août 1940, sont restitués à ses ayants droit.

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Cérémonie de restitution d'ouvrages spoliés ayant appartenu à Georges Mandel

Des ouvrages ayant appartenu à Georges Mandel, provenant du pillage de sa bibliothèque par les soldats allemands en août 1940, sont restitués à ses ayants droits.

Intervenant non identifié

Madame la Première ministre, Monsieur l’ambassadeur d’Allemagne en France, Madame la secrétaire générale du Gouvernement. Mesdames et Messieurs, c’est avec émotion, vous le voyez que j’ai l’honneur d’introduire cette séquence de restitution des ouvrages qui proviennent de la bibliothèque et spoliés de Georges MANDEL. Pour présenter cette cérémonie, il me semble important de rappeler que l’an dernier en février 2021 que la CIDS a examiné la spoliation dont a été victime Georges MANDEL. Depuis 1999, la Commission d’Indemnisation des Victimes de Spoliation, la CIVS, est chargée d’examiner les cas de spoliation antisémite intervenue pendant la période de l’occupation et de recommander au Premier ministre les justes mesures de réparation d’indemnisation ou de restitution comme c’est le cas aujourd’hui. Depuis Lionel JOSPIN qui a institué la CIVS et jusqu'à aujourd'hui, nous avons examiné plus de 30 000 dossiers et nos recommandations ont chaque fois été suivies par les Premiers ministres qui se sont succédés ici à Matignon. Cette cérémonie me donne l'occasion d'exprimer toute ma satisfaction et de remercier le secrétariat général du Gouvernement avec qui nous menons cette politique de réparation depuis plus de 20 ans. La CIVS a donc examiné la spoliation de Georges MANDEL l’an dernier. Parallèlement, les bibliothèques de Berlin et de Dresde ont saisi notre antenne de Berlin en vue de la restitution de ces ouvrages. Mais si nous avons pu traiter cette demande, c'est grâce aux nouvelles prérogatives, dont nous a doté le Premier ministre Édouard PHILIPPE en 2018. Nous entendrons donc successivement son excellence, Hans-Dieter LUCAS, l'ambassadeur d'Allemagne en France qui soulignera peut-être ce qui rapproche nos deux pays. En effet, ni la France ni l'Allemagne ne craignent de regarder leur passé bien en face, et ne fuient pas leurs responsabilités historiques. Puis nous entendrons Monsieur KLEINERTZ (phon) ayant droit de Georges MANDEL, il évoquera peut-être la trajectoire de ses livres et de leurs destinées. Mais dans ces occasions, il importe surtout d'entendre le point de vue des familles des victimes, car elles sont au centre de nos préoccupations. Enfin nous vous entendrons, madame la Première ministre, mais je veux dès à présent vous remercier d'avoir décidé de présider cette cérémonie ici à Matignon car je veux témoigner devant vous que depuis presque 11 ans que je préside cette Commission et les membres du collège ici présents pourront le confirmer, ce qu'expriment toujours les requérants quand nous les rencontrons, c'est que, au-delà de l'indemnisation, ce qui compte avant tout pour eux, c'est la reconnaissance par le chef du Gouvernement de la République de leur qualité de victimes ou d'ayants droit de victimes de spoliations antisémites. Monsieur l'ambassadeur, je vous cède la place.

Hans-Dieter LUCAS
Madame la Première Ministre, Madame L'ambassadrice, Messieurs les Présidents de la CIVS, du CRIF, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et du Consistoire Central, cher Monsieur KLEINERTZ (phon), Mesdames et Messieurs, je suis très reconnaissant de pouvoir vous adresser quelques mots à l'occasion de la restitution du livre de Georges MANDEL et trois chose me tient particulièrement à cœur aujourd'hui. Tout d'abord, je suis extrêmement heureux que nous puissions restituer ces livres ayant appartenu à Georges MANDEL. Ensuite, cette cérémonie constitue une occasion idéale pour rendre hommage à la personnalité historique que fut Georges MANDEL. Et enfin, cet événement s'inscrit aujourd'hui dans un contexte très fort puisqu'il y a exactement 80 ans, l'occupation allemande en France connaissait un terrible et tragique point d'orgue avec la rafle du Vel d'Hiv que nous commémorons dimanche prochain. Et pour l'État allemand, perpétuer le souvenir de la barbarie nazi sous toutes ses facettes est une raison d'être. C'est un fait, et cela ne changera pas. Georges MANDEL, ministre de la République française, assassiné le 7 juillet 1944, fut persécuté par le régime nazi en tant qu'homme politique et en tant que juif. Et il fut persécuté également par le régime de Vichy. Georges MANDEL fut un opposant de la première heure au totalitarisme, contre lequel il ne cessa de mettre en garde. Il fut une victime, mais aussi un résistant et le défenseur d'une France libre, d'une Europe que celle d'une autre Europe que celle voulue par l'Allemagne nazie. Son destin personnel est typique du drame vécu à cette époque, tout comme elle est typique de cette époque l'occupant nazi saissise ses biens, notamment ses livres. Et comme dans de nombreux autres cas, de spoliation de biens culturels, il a fallu beaucoup de temps avant que les livres de Georges MANDEL ne soient identifiés comme tels par deux grandes bibliothèques allemandes, la Staats Bibliothèque de Berlin et la (inaudible) Bibliothèque de Dresde dans le cadre de leurs projets de recherche de provenance. Mandatée par ces deux bibliothèques et par la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations, la Fondation Patrimoine culturel de Prusse a engagé une procédure de restitution, et cette démarche a reçu le soutien et le concours de la déléguée du gouvernement fédéral à la Culture et aux médias, Madame Claudia ROTH, représentée ici et aujourd'hui par son secrétaire général, Monsieur Andréa (inaudible). Tout comme la France, l'Allemagne souscrit pleinement aux principes de Washington adoptés en 1998. Une déclaration commune enjoignant les institutions publiques telles que les archives, musées et bibliothèques de mettre en œuvre les principes de Washington a été signée en Allemagne en 1999 et deux organismes se consacrent désormais à cette tâche la Commission consultative instaurée en 2003, et le Centre allemand pour les biens culturels perdus, fondé en 2015. Et sur cette base, les efforts de restitution aux citoyens en Allemagne et à l'étranger se poursuivent sans relâche et la recherche de provenance effectuée par les deux bibliothèques allemandes que j'ai citées s'inscrit dans cette démarche. Mais la recherche des biens spoliés par les nazis, majoritairement volés par les autorités allemandes de l'époque à des citoyens juifs persécutés en Allemagne et à l'étranger, est loin d'être finie. La restitution qui nous réunit aujourd'hui est le fruit d'effort commun dans ce domaine. C'est un résultat dont nous pouvons nous réjouir. Un résultat qui nous exhorte à entretenir sans relâche la mémoire du destin du citoyen persécuté et assassiné sous le nazisme. Un résultat qui nous exhorte à ne jamais perdre de vue notre responsabilité. Et je peux vous assurer que l'Allemagne assume pleinement cette responsabilité. Au nom de la République fédérale d'Allemagne, j'aimerais exprimer ma gratitude envers toutes les parties prenantes pour le travail accompli ici. La restitution est un travail de fourmi et restituer leurs biens à des propriétaires légitimes est un jeu important, même si ça ne s'avère pas toujours spectaculaire. Je remercie très chaleureusement les deux bibliothèques allemandes, la Fondation du patrimoine culturel de Prusse et la CBS (phon) française d'avoir coopéré en bonne intelligence afin de mener à bien cette restitution et que les héritiers de Georges MANDEL aient décidé que les livres restitués devaient aller à la Bibliothèque Nationale Française est également un très beau message. Mesdames et Messieurs, ce week-end, nous commémorons les tragiques événements du Vel d'Hiv survenu il y a 80 ans. La restitution d'aujourd'hui s'inscrit ainsi dans un vaste contexte mémoriel. Pour des milliers de Juifs vivant à Paris, le Vel d'Hiv fut le point de départ d'un chemin marqué par d'atroces souffrances vers le camp d'extermination allemand, dans l'Est de l'Europe. C'est aussi les crimes allemands perpétrés contre les Juifs de France qui conduisirent Georges MANDEL à la mort. Nous sommes reconnaissants pour le miracle que représente la réconciliation entre la France et l'Allemagne, mais nous savons aussi que la douleur engendrée par ces crimes par est encore très vive dans de nombreuses familles. En avril 1938, Georges MANDEL intègre le Gouvernement français au poste du ministère des Colonies avant de devenir ministre de l'Intérieur en 1940. En juin 1940, en tant que représentant de la Troisième République et du gouvernement Renault, il est brièvement arrêté à Bordeaux. Son appartement est saisi et ses livres volés par l'occupant nazi. Pour sa participation au gouvernement en exil au Maroc. Il est à nouveau arrêté en 1940. Ramené en France, il est livré au régime nazi en novembre 42. Il est d'abord envoyé dans le camp de concentration de (inaudible), puis dans un camp réservé aux prisonniers politiques des zones occupées, situé près du camp de concentration de Buchenwald. L'Allemagne le livre finalement à la Milice française en 44. Et le 7 juillet 44, il est exécuté dans la forêt de Fontainebleau. Georges MANDEL s'est toujours farouchement opposé à la dictature et à la politique d'apaisement envers le régime nazi. Avant même le début de la Deuxième Guerre mondiale, il alertait avec vigueur du danger que représentait l'Allemagne nazie et critiquait publiquement les accords de Munich. Et l'hypocrisie et la complicité n'ont jamais été envisageables pour cet homme politique courageux. C'est là une attitude qui suscite aujourd'hui encore notre respect. Une attitude dont nous devrions nous inspirer, une attitude qui n'a rien perdu de son actualité et de sa pertinence, comme nous le voyons avec le retour d’agressions impérialistes et de la guerre en Europe et la restitution de ces livres de Georges MANDEL est une excellente occasion de le rappeler. Madame la Première ministre, je vous remercie vivement d’avoir pris l’initiative de cet important geste de me voir et je vous remercie de votre attention.

Wolfgang KLEINERTZ

Madame la Première ministre, Monsieur le président de la CIVS, Monsieur le directeur général du Mémorial de la Shoah, Mesdames et Messieurs. Il y a quelques jours, le 7 juillet a eu lieu à l’endroit même de son assassinat en 1944 la cérémonie en souvenir de Georges MANDEL tout près de Fontaibleau, cérémonie que le souvenir français organise chaque année. Il s’agissait donc cette fois-ci du 78ème anniversaire de ce crime. Réunis ici à l'hôtel Matignon grâce à votre heureuse initiative madame la Première ministre, nous allons recevoir de l’Allemagne par le truchement de la CIVS, la Commission pour l'Indemnisation des Victimes des Spoliations intervenue du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’occupation, pour dire le nom entier de cet organisme, ces 5 livres qui furent offerts à Georges MANDEL avant la guerre au temps où il était ministre des colonies et tous sont dédicacés et signés par les auteurs respectifs et ont été vraisemblablement volés dès 1940 par le groupe Kunsberg (phon) agissant sous les ordres directs von RIBBENTROP, ministre des Affaires étrangères du régime hitlérien. Lequel groupe fut tout particulièrement chargé par celui-ci de piller, notamment à Paris, les biens des Juifs pour son compte personnel. Il y a de cela 82 ans. Pour revenir à notre décision de léguer ces 5 livres au Mémorial de la Shoah, je citerais tout d'abord le grand poète Henri HEINE. qui, en reprenant une formulation presque identique d'Érasme de Rotterdam, a écrit en 1821 « Là où l'on brûle des livres, on finit par brûler des hommes ». Ces 5 livres qui nous sont vendus aujourd'hui n'ont, de toute évidence, pas subi le sort d'autres publications qui, dès 1933, ont été livrées aux flammes lors des autodafés organisés par les nazis au pouvoir en Allemagne. Mais c'est précisément parce que ces livres existent toujours, parce que la Bibliothèque d'Etat de Berlin et la Bibliothèque universitaire de Dresde nous les restituent aujourd'hui après 82 ans, la suggestion de notre avocat, maître Pierre-François VEIL, de les offrir au Mémorial de la Shoah nous a immédiatement convaincus et nous a fait souhaiter que la restitution de ces livres soit aussitôt suivie par leur transmission au mémorial ou indépendamment de leur valeur intrinsèque et de leur contenu, ils vont témoigner, par leur présence, non seulement de l'absence de tout ceux livrés aux flammes en Allemagne à partir de 33, mais aussi et surtout faire apparaître en toute clarté ce lien terrible entre des livres et les hommes que l'on brûle. Évoqué par Henri HEINE, encore que, à lui le poète HEINE, il eût été impossible d'imaginer à son époque la dimension monstrueuse qu'allait atteindre cette affaire, cette parole, un siècle plus tard. Je m'adresse donc maintenant particulièrement à vous, Madame la Première Ministre, pour vous remercier chaleureusement d'avoir bien voulu donner à cette cérémonie un éclat particulier en la tenant ici, sous votre présidence à l'Hôtel Matignon. Je vous adresse ces remerciements non seulement au nom de Monsieur Miguel MORAI (phon), légataire de ma belle fille Mercedes et du mien mais au nom de toutes les familles spoliées pendant l'Occupation qui attendent et espèrent toujours que leur soit rendu ce dont les générations qui les ont précédés ont été injustement privées. Comme l'avait souligné Monsieur Marcel [Inaudible] lors lors d'une conférence débat en 2019 où parlant des biens volés par les Allemands et récupérés à la Libération par la France, il précise qu'une très grande partie, notamment d'œuvres picturales, n'a pas été restituée à leurs propriétaires et que plus de 2000, paraît-il, sont toujours exposés dans les musées nationaux sous le signe distinctif MNR pour Musées Nationaux Récupération dans l'attente de recherches suivies de restitution définitive. Or, des cérémonies comme celle-ci ont précisément comme effet de renforcer et de dynamiser la volonté de faire aboutir ces recherches afin de rendre justice à tous ceux qui furent spoilés. J’en suis d’autant plus convaincu que la découverte tardive de ces livres signés et dédicacés à Georges Mandel dans deux bibliothèques publiques allemandes était sans aucun doute le résultat de l’effet produit par la cérémonie qui a eu lieu en janvier 2019 à Berlin au cours de laquelle la ministre allemande de la culture d’alors Madame Monika Grütters nous a restitué le portrait d’une jeune femme assise de Thomas Couture. Il me reste donc à souhaiter et à espérer que de cérémonie en cérémonie, tous ces biens puissent retrouver un jour les foyers dont ils ont été brutalement arrachés. Je vous remercie.


Élisabeth BORNE, Première ministre

Monsieur l’Ambassadeur, Monsieur le président du Consistoire central, cher Élie KORCHIA, Monsieur le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, cher Francis KALIFAT, Monsieur le président du Mémorial de la Shoah, cher Éric DE ROTHSCHILD, Monsieur le président de la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations, cher Michel JEANNOUTOT, cher Wolfgang KLEINERTZ (phon), Mesdames et Messieurs. 40 000 appartements vidés, 100 000 objets d'art dérobés, des millions de livres volés. Il y a 80 ans, alors même que la France commettait l'irréparable, l'occupant ajoutait le pillage, le vol et la spoliation à la longue liste des blessures de ces années sombres. Il y avait la traque, la violence, la déportation, mais la soif de haine ne s'étanche jamais. Il en fallait plus : déposséder les juifs de France. S'en prendre à la culture n'a rien d'anodin ni de surprenant. La culture, c'est l'ouverture, c'est la réflexion, c'est la tolérance. L'attaquer, c'est empêcher de penser, de créer, c'est brider les esprits pour mieux les endoctriner. Les livres d'une bibliothèque, les œuvres d'art collectionnées disent beaucoup des personnes qui les possèdent. Les dérober, c'est tenter d'effacer leur identité. Ils l'ont voulu, mais aujourd'hui, nous montrons qu'ils ont échoué. Cette cérémonie a un caractère particulier. D'abord en raison de la personne à qui appartenaient ces livres. Georges MANDEL a été un visage de la France qui n'a jamais renoncé. DE GAULLE disait de lui qu'il était de ceux qui n'avaient jamais dit, et je le cite “Abaissons-nous, couchons-nous, nous trouverons la sécurité, la tranquillité dans l'humiliation.” Cette phrase nous dit un peu de qui était Georges MANDEL : un Français de confession juive, un républicain farouche, une figure du courage et de la persévérance. Georges MANDEL avait choisi la politique par vocation. Il ne connaissait que le travail et l'intérêt général. C'est ce qui l'a poussé encore jeune à marcher dans les pas de Clémenceau. C'est ce qui l'a conduit à se présenter au suffrage universel pour finir par lier son nom à celui du Médoc. C'est encore ce qui l’a guidé alors qu'il entre au Gouvernement. Ministre des PTT, il bouscule les habitudes et réforme inlassablement. Au moment où la guerre éclate, Georges MANDEL n'envisage pas une seconde d'abandonner le combat. Il croit dans le destin de notre pays et ne se résigne pas à la reddition. À la préfecture de Tours, il exhorte le général DE GAULLE à se rendre à Londres et y représenter la France. Lui embarque à bord du Massilia convaincu que la République peut encore tenir et résister. En réalité c’est vers son destin que Georges MANDEL embarque. Arrêté à Casablanca, il passera 4 ans entre la détention et les camps, 4 ans jusqu’à son assassinat par la milice le 7 juillet 1944 dans la forêt de Fontainebleau. Ils ont tué MANDEL parce qu’il aimait la France, ils ont tué MANDEL parce que sa religion leur était insupportable, ils ont tué MANDEL parce qu’il n’a jamais baissé la tête. Je suis fier que cette cérémonie me permette de lui rendre le juste hommage de la Nation. Mais nous retrouver aujourd'hui, c'est aussi saisir ensemble la complexité de l'époque et de notre histoire. Parmi les 15 000 ouvrages pillés dans la bibliothèque de Georges MANDEL, ceux qui sont restitués aujourd'hui mettent en lumière les déchirements de l'élite intellectuelle d'une époque et d'auteurs qui, pour certains, ont choisi de défendre l'indéfendable. Ces livres lèvent un voile aussi sur le passé d'une France coloniale. Notre histoire est ainsi faite. Les heures graves côtoient les moments brillants. Il y a les droits conquis, les progrès arrachés. Mais il y a aussi les fautes, les chutes, les drames. Face à cela, notre erreur serait de ne pas regarder l'histoire en face, de tenter de masquer les pages qui gênent, ou de ne parler que d'elles. Notre histoire est un tout. Notre devoir, c'est de la faire connaître, c'est d'en faire vivre la mémoire, c'est d'en tirer les leçons pour l'avenir. En léguant ses livres au mémorial de la Shoah, vous avez fait Monsieur KLEIN-HERTZ (phon) le choix de la mémoire. Par votre geste, ces livres deviennent les témoins de l'horreur du passé. Ils sont ceux de Georges MANDEL, mais aussi ceux de tous les déportés, de tous les prisonniers, de tous ceux que l'antisémitisme a voulu éliminer. Par votre geste, surtout, vous dites que la justice peut être faite. Dans les mots des victimes et des témoins de l'âge de la Shoah, je n'ai jamais entendu d'appel à la revanche. Au contraire, la mémoire, c'est le chemin le plus sûr de la réconciliation. En vous remettant ces livres volés, c'est une part du chemin de la réparation qui est accomplie. C'est la preuve qu'il n'est jamais trop tard pour rendre justice. Ce chemin de la réparation, la France l’empruntera toujours. Je sais pouvoir compter sur le travail acharné de la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliation, la CIVS. Monsieur JEANNOUTOT, je connais votre engagement et celui de vos équipes. Vous savez combien votre mission est déterminante, et j'y tiens personnellement. Ces dernières années avec des prérogatives supplémentaires, avec le soutien de la mission de recherche et de restitution du ministère de la Culture, la CIVS a pu donner plus d'ampleur encore à son travail. Je vous demande de continuer. En février une loi a permis de restituer 15 œuvres d'art issues de collections publiques à des familles de victimes. C'est une preuve de la volonté d'action de mes prédécesseurs, une volonté que je compte faire perdurer, une volonté que je sais partagée au-delà de nos frontières, de l'autre côté du Rhin. Monsieur l'ambassadeur, le geste de la Bibliothèque d'État de Berlin et la Bibliothèque universitaire de Dresde est remarquable. Il est le symbole du devoir de mémoire. Il est le signe de l'amitié franco-allemande retrouvée, de la confiance renouée, et de la réconciliation durable. La France et l'Allemagne partagent la mémoire de la guerre et de la Shoah. En faisant la démarche spontanée de rendre ses livres volés, les bibliothèques ont apporté une pierre à l'édifice de la réparation. Elles ont fait un acte juste, nécessaire, utile. Mesdames et Messieurs, ces livres nous racontent une part de notre histoire. On y perçoit la violence de la haine, l'indicible douleur de la Shoah. On y retrouve le courage des résistants, l'amour de la France de Georges MANDEL. On y décèle enfin le devoir de mémoire, et la volonté de réconciliation. Il reste encore beaucoup à faire, car il est long, le chemin de la réparation. Et alors que la guerre revient en Europe, alors que les voix des derniers survivants s'éteignent, alors que l'antisémitisme tue encore, nous poursuivrons inlassablement notre travail de mémoire, de paix et de transmission. Je vous remercie.