« Nous avons repensé la stratégie initiale d’Agronutris en nous focalisant sur un seul insecte : la mouche soldat noire (photo).
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Agronutris, la production de protéines à base d'insectes

Publié 19/07/2022 | Modifié 25/10/2022

Entretien avec Cédric Auriol, cofondateur et directeur général d'Agronutris, première société de biotechnologie française spécialisée dans l’élevage et la transformation d’insectes en protéines.

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En quoi consiste le projet d’Agronutris, comment est-il né ?

Agronutris est né de mon souhait de développer une entreprise dont la performance économique reposerait sur sa performance sociale, environnementale et sociétale. J’ai commencé par me demander quels seraient les grands défis à relever pour les prochaines décennies.
Il était assez clair que la croissance démographique allait créer des tensions sur les ressources alimentaires. Le recours aux insectes m’est apparu comme une solution crédible, pour satisfaire aux besoins croissants en protéines tout en présentant une alternative soutenable aux modes de productions intensifs.
Je me suis donc lancé en 2011 dans l’élevage et la transformation d’insectes en protéines. En 2013, un rapport de la FAO intitulé « Insectes comestibles : Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale », confirmait la pertinence scientifique de cette solution. Et aujourd’hui, les tensions sur l’alimentation projetées en 2011 sont plus que jamais d’actualité.

Comment passe-t-on de l’idée à sa réalisation ?

2017 a été une année charnière. La règlementation européenne a autorisé l’utilisation des insectes pour l’aquaculture et l’alimentation des animaux de compagnie. Cette même année, j’ai rencontré mon associé Mehdi Berrada qui, après avoir été pendant 7 ans banquier d’affaires chez Rothschild, avait dirigé pendant 10 ans un groupe agroalimentaire leader de son secteur en Europe.
Fort de mon expérience de pionnier dans l’industrie des insectes et de l’expérience de Mehdi Berrada dans l’industrie agroalimentaire nous avons repensé la stratégie initiale d’Agronutris pour positionner l’entreprise exclusivement vers le « B to B » en nous focalisant sur un seul insecte : la mouche soldat noire et en priorité à destination des marchés de l’alimentation animale.

« Du début du projet jusqu’à la construction de la première usine nous avons bénéficié du soutien financier de l’État. »

Cédric Auriol

Cofondateur et directeur général d'Agronutris
Ce virage stratégique nous imposait de passer à l’échelle industrielle afin de pouvoir produire des volumes significatifs pour nos marchés de destination mais également pour offrir des produits économiquement compétitifs.
Dès nos débuts, nous avons bénéficié du crédit impôt recherche (CIR) qui s’est avéré un outil efficace pour financer une partie des activités de recherche de notre start-up industrielle.
Pour définir notre modèle de déploiement industriel, nous avons investi nos fonds propres et levé des fonds auprès de Business Angels. Mais du début du projet jusqu’à la construction de la première usine nous avons bénéficié du soutien financier de l’État :
  • En 2019, une subvention de 8,3 millions d’euros du plan de relance a contribué au financement de notre première usine à Rethel, dans les Ardennes.
  • En 2021, nous avons finalisé une levée de fonds de 100 millions d’euros pour financer notre déploiement industriel.
  • Le fonds SPI « Société de Projets Industriels », géré pour le compte de l’État par Bpifrance dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir, désormais intégré à France 2030, a été en lead de cette opération.

Pourquoi ce choix de territoire ?

Nous sommes dans une logique de développement durable et d’économie circulaire. Nous avons souhaité être au plus près des entreprises qui génèrent les coproduits qui servent à nourrir nos insectes.
Le cœur de notre métier est la bioconversion : nos mouches soldats noires valorisent des coproduits de l’industrie agroalimentaire en ingrédients à forte valeur ajoutée. Elles transforment des résidus organiques en ressources alimentaires. Nous nous sommes rapprochés de la plateforme de Pomacle-Bazancourt qui est un modèle d’écologie industrielle. Nos insectes viennent optimiser les cycles d’économie circulaires, en fermant les boucles. Enfin, les résidus issus de nos productions sont transformés en engrais organique, qui à leur tour peuvent alimenter les cultures de la région.
Au vu du soutien que nous apporte l’État, il est plus que naturel d’implanter nos deux premières unités en France. Elles vont aboutir à la création de plus 200 emplois industriels directs auxquels s’ajouteront les emplois créés à notre centre de recherche de Toulouse.

Quels sont vos objectifs ?

Avec nos 11 ans de Recherche et Développement en biologie de l’insecte nous figurons parmi les entreprises les plus en pointe de cette filière au niveau mondial. Nous avons notamment été la première entreprise autorisée à commercialiser des insectes en alimentation humaine sur le marché européen.
Cette avance nous permet d’envisager une très forte croissance : nous prévoyons 9 sites de production à l’horizon 2029, dont certains en Asie et en Amérique du Nord. Aujourd’hui le marché mondial des farines d’insecte représente 10 000 tonnes. Il devrait représenter 500 000 tonnes en 2030. Nous comptons bien devenir un acteur mondial de premier plan dans la nutrition durable. Et contribuer ainsi à accélérer en France la révolution agricole et agroalimentaire.

France 2030

L'objectif 6 de France 2030 est d'accélérer la révolution agricole et agroalimentaire. 2 milliards d'euros y sont alloués et seront consacrés à l'investissement pour une alimentation saine, durable et traçable.

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