30 novembre 2015 - Le point sur...

Spécial COP 21 - La réalité de la menace : exemples

"Nous avançons en territoire inconnu et la machine s'emballe à un rythme effrayant" a récemment mis en garde l'Organisation météorologique mondiale (OMM).
 
"Chaque année, nous faisons état d'un nouveau record dans les concentrations de gaz à effet de serre". En 2014, la concentration moyenne de CO2, principal gaz à effet de serre, a atteint le niveau inédit de 397 parties par million (ppm).
 
"Cela signifie des températures globales plus élevées, plus de phénomènes météorologiques extrêmes telles que des vagues de chaleur, des inondations, la fonte des glaces et l'élévation du niveau des océans et de leur acidité", a rappelé l'OMM.
 

Déjà 

 
Déjà, l’humanité a presque augmenté la température de 1°C. L’année 2015 sera sans doute la plus chaude jamais connue. Une vague de chaleur notoire s'est par exemple abattue sur l'Inde en mai et juin, la moyenne des températures maximales dépassant 42 °C un peu partout, voire 45 °C par endroits. À la fin du printemps et en été, des vagues de chaleur ont frappé l'Europe, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. En mai, des températures anormalement élevées ont été enregistrées au Burkina Faso, au Niger et au Maroc, de même qu'en Espagne et au Portugal. En juillet, des vagues de chaleur ont balayé un vaste territoire entre le Danemark, au nord, le Maroc, au sud et l'Iran, à l'est. Début août, une canicule s'est abattue sur la Jordanie, tandis qu'en Pologne, la ville de Wroclaw enregistrait, le 8 août, un record de chaleur absolu, 38,9 °C. Au printemps austral, des records de chaleur ont été régulièrement battus en Afrique du Sud. En France, 2015 devrait être l’une des plus chaudes du siècle.
 
Déjà, le niveau des mers a, en moyenne, gagné 20 centimètres depuis le début du XXe siècle (GIEC).
 
Déjà, de premières îles sont submergées : les îles Carteret par exemple, un groupe de petites îles appartenant à la Papouasie-Nouvelle Guinée, disparaissent progressivement sous l’océan. Ces îles d’une hauteur maximum d’1m50, dépourvues d’arbres, sont complètement livrées aux inondations, la mer reprend ses droits petit à petit, niveau par niveau, et oblige les habitants à abandonner leur habitation pour s’installer ailleurs.
 
Déjà, le nombre moyen de catastrophes par an provoquées par tous types de catastrophes naturelles, y compris de phénomènes liés au climat, a quasiment doublé depuis les années 1980. Les dommages économiques totaux s'élèveraient à 1 500 Md $ à l’échelle mondiale, de 2003 à 2013.S’agissant de l'impact des catastrophes liées au climat dans les pays en développement, quelque 25% de l'impact économique s'est répercuté sur les seuls secteurs de l'agriculture, de l'élevage, des pêches et des forêts. Or l’agriculture contribue en moyenne à 25% du PIB des pays d’Afrique subsaharienne, voire 50%, en incluant l'agroalimentaire (FAO).
 
Déjà, les inondations de 2010 au Pakistan ont touché 4,5 millions de travailleurs, dont les 2/3 étaient employés dans l'agriculture. Au-delà des pertes de production, les catastrophes peuvent ainsi être source de chômage et éroder les revenus, en particulier des petits agriculteurs familiaux, menaçant ainsi les moyens d'existence ruraux (FAO).
 
Déjà, dans l'Himalaya, au Cachemire, au moins deux grands glaciers ont disparu depuis 50 ans, tandis que d'autres, situés dans un bassin crucial, ont rétréci de 27% sur la même période. Dans les villages situés en aval, moins d'eau se jette dans les rivières et les étendues d'eau, obligeant les agriculteurs à changer de style de vie. Délaissant les rizières gourmandes en eau, ils se sont tournés vers la culture de pommes, suscitant l'inquiétude quant à une chute de la production rizicole indienne. "Je tirais autrefois 230 à 260 sacs de riz de mes rizières. Je n'en ai récolté que 90 cette année. Nous sommes ruinés et lentement condamnés à devenir des mendiants", rapporte un homme de 70 ans dont les terres sont impropres à la culture des pommes (études de Shakil Ahmad Romshoo).
 
Déjà, les "réfugiés climatiques" sont une réalité
 : chaque année depuis 2009, 20 à 30 millions de citoyens des pays du Sud ont dû évacuer leur lieu d’habitation parce qu’ils ont été chassés par la sécheresse et par la faim causée par le réchauffement climatique, ou parce qu’ils ont fui des événements extrêmes comme les typhons, les cyclones, les inondations, les pluies diluviennes. Chaque année, 300 000 ruraux viennent grossir les faubourgs de Dakar, au Sénégal, dont une bonne partie pour échapper à la faim due au réchauffement.
 
Déjà, des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie, dans des catastrophes, au Bangladesh ou aux Philippines. En novembre 2013, le super-typhon Haiyan a notamment fait 7 350 morts et rasé une partie du territoire philippin. Le coût global de Haiyan a été évalué par l’ONU à 5 % du PIB du pays (ravage du port de Guiuan, que la France aide à reconstruire, …). Depuis les années 1980, cet archipel de 7 000 îles a dû faire face à plus de 360 catastrophes naturelles (typhons, tremblements de terre, inondations…).
 
"Plus aucune région n’est épargnée. Et même le cynique paradoxe qui voulait que les pays qui avaient été les plus prédateurs étaient les moins exposés au danger climatique n’est plus vérifié. Nous sommes tous concernés. Aussi bien les pays côtiers que les espaces de montagne, le Nord comme le Sud. Partout les températures s’élèvent". Le Sud-Est de la France a aussi "connu, il y a quelques semaines, des intempéries dramatiques".  "La grande majorité des réfugiés fuient les conséquences du réchauffement". En Chine, la "population ne supporte plus les ravages de la pollution" (PR, 24/11/15).
 
Déjà, en France, la mer de Glace a autant reculé depuis 1 siècle que durant les 2 millénaires précédents. Et le rythme s’accélère. Pour accéder au glacier, il faut descendre 420 marches. Son niveau a tellement baissé que depuis 2010  –  il y a 5 ans à peine – 70 marches ont été ajoutées. "Le froid de l’hiver n’arrive plus à compenser le réchauffement de l’été", "l’action des hommes fait fondre les glaces et les neiges que les générations avant nous croyaient éternelles". La limitation à un réchauffement de 2°C par rapport aux valeurs préindustrielles, l’objectif de la Conférence de Paris, permettrait de conserver 50 % des glaciers alpins à l'horizon 2100. (PM, 25/09/15).

 

Demain

 
Demain, 100 millions de personnes pourraient basculer dans l'extrême pauvreté dans les 15 prochaines années si aucune action n'est prise pour freiner le changement climatique. En cause : une flambée des prix alimentaires provoquée par des phénomènes météo extrêmes et l’impact sur les stocks de poissons (Banque mondiale).
 
Demain, plus de 150 millions de personnes supplémentaires pourraient être exposées au paludisme (Banque mondiale). Des virus pourraient se développer, comme le chikungunya.
 
Demain, d’ici 2020, 60 millions de migrants qui se trouveront à nos portes chercheront à fuir la sécheresse du Sahel – la crise migratoire actuelle concerne 3 millions de migrants (CCNUCC). Sans parler des régions littorales qui pourraient être submergées.
 
Demain des îles entières pourraient disparaître, comme l’archipel des Tuvalu, l’un des plus petits Etats du monde, les Maldives, les îles Marshall, Grenade. La Polynésie française fait partie de l'une des régions du monde les plus menacées par l'élévation du niveau des océans. Saint-Pierre-et-Miquelon pourrait été submergée d’ici 40 ou 50 ans.
 
Demain, nos économies et nos démocraties pourraient ne pas résister (Banque mondiale).
 
Demain, les cépages du Bordelais pourraient être en difficulté : "d'ici 20 à 30 ans le merlot risque de mûrir au mois d'août et ce sera clairement au détriment de la qualité des vins", les vins risquant alors de "manquer de fraîcheur, avec des degrés alcooliques trop élevés" (Kees van Leeuwen, chercheur et professeur à l'École nationale supérieure des sciences agronomiques de Bordeaux Aquitaine).