30 novembre 2015 - Le point sur...

Spécial COP 21 - "L'Alliance de Paris pour le climat" : contributions nationales, négociation, financement et Agenda des solutions

La conférence de Paris est la plus grande réunion diplomatique de l’histoire de l’humanité. C’est un sommet pour le climat, pour l’humanité, pour la vie, pour la paix.
 
Pour atteindre ses objectifs, la France s’attache à promouvoir dans la négociation multilatérale une « Alliance de Paris pour le climat » s’appuyant sur quatre volets : un accord juridique universel et applicable à tous ; des engagements nationaux portant notamment sur la maîtrise et la réduction des émissions ; un volet financier qui garantira la solidarité internationale envers les pays les plus vulnérables ; un "Agenda des solutions", qui vise notamment à mettre en œuvre les accélérateurs qui permettront, au-delà des objectifs contraignants, de garantir des progrès plus ambitieux.
 

Les objectifs clés

 
L’objectif clé de la conférence de Paris est d'aboutir, pour la première fois, à un accord universel et contraignant permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et d'impulser/d'accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone.
 
Tout doit être fait pour que l’on ne dépasse pas un réchauffement de 2°C. Ce n’est pas un chiffre arbitraire : c’est l’augmentation de température au-delà de laquelle, d’après les calculs des experts du GIEC, la planète entrera dans un scénario climatique imprévisible aux conséquences dévastatrices. En deçà, on anticipe à peu près ce qui peut arriver, pas au-delà.
 
L'accord doit entrer en vigueur en 2020. Il devra à la fois traiter de l'atténuation — la baisse des émissions de gaz à effet de serre — et de l'adaptation des sociétés aux dérèglements climatiques existants et à venir. Il doit trouver un équilibre entre les besoins et les capacités de chaque pays, une répartition de l'effort entre les émetteurs historiques et les économies émergentes.
 
La COP21 doit également permettre aux pays développés de mobiliser 100 Md $ par an à partir de 2020, en partie via le Fonds vert pour le climat, afin d’aider les pays en voie de développement à lutter contre le dérèglement climatique.
 
Il y aura bien sûr d’autres conférences. Mais Paris doit être un "turning point". Il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B.
 

La première partie du chemin : les contributions nationales

 
Pour préparer cet accord, chaque pays a dû préparer et publier en amont de la COP21 une contribution qui présente un plan de travail concret à même de permettre à l’État concerné de faire sa part au sein de l’effort universel.
 
167 pays, couvrant plus de 91% des émissions, ont publié leur contribution nationale. Pour rappel, seuls 30 pays s’étaient engagés dans le protocole de Kyoto, 60 à Copenhague et Cancun.
 
Elles permettent de changer la donne et nous éloignent du pire. Sur la base des 146 premières à avoir été déposées, la Convention climat de l’ONU (CCNUCC) a ainsi estimé qu’elles permettaient de nous placer sur une trajectoire d'une augmentation entre 2,7°C et 3° C d'ici la fin du siècle, contre 4°C-5°C, voire plus, si rien n’était fait.
 
C’est le fruit de l’engagement fort de tous les grands émetteurs, et notamment de la Chine, des États-Unis et de l’Union Européenne, qui ont pris des engagements ambitieux.
 
C’est le fruit de la participation de tous les pays, y compris des plus pauvres qui, même s’ils n’ont jusque-là pas pollué, s’engagent eux aussi à mettre en place des actions de réduction de leurs émissions.
 
S’il convient d’être prudent, les contributions ne donnant des indications que jusqu’à 2025 ou 2030, alors que les émissions après 2030 ont également un impact très important sur l’augmentation de température, les contributions nationales n’ouvrent pas moins la voie à des changements majeurs dans l’économie mondiale. Exemple : selon l’Agence Internationale de l’Energie, les politiques prévues porteraient à 70 % la part des sources décarbonées dans la nouvelle capacité de production électrique d’ici 2030 (contre 34 % seulement aujourd’hui).
 

Vers des économies vertes

 
Les contributions ne se résument pas seulement à des objectifs chiffrés de réduction des émissions de GES. Elles montrent qu’une large majorité de pays ont enclenché de façon pérenne leur transition vers des modèles de développement faiblement émetteurs de gaz à effet de serre.
 
Plusieurs États – dont Vanuatu, Cap Vert, Samoa et la Papouasie Nouvelle-Guinée – aspirent à atteindre les "100 % renouvelables" dans les 15 prochaines années.
 
Les énergies renouvelables ne sont plus considérées comme des sources d’appoint
ou des expérimentations technologiques, mais sont bel et bien intégrées au cœur des stratégies d’approvisionnement. Plusieurs économies industrialisées prévoient de leur donner une place majeure au sein de leur bouquet énergétique : le Japon vise d’atteindre 22 à 24 % de sa production électrique à partir de sources renouvelables à 2030 (contre environ 13% en 2013), et l’Union européenne prévoit qu’elles représenteront 27% de sa consommation d’énergie finale (contre 11,8% en 2013 ).
 
La gestion durable des forêts apparaît comme une priorité. Beaucoup de pays forestiers ont prévu d’enrayer – voire inverser – les tendances de déforestation. Le Mexique s’est ainsi fixé un objectif de 0 % déforestation d’ici 2030, et le Brésil veut mettre fin à la déforestation illégale à cette date ; la République démocratique du Congo prévoit de planter environ 3 millions d’hectares de forêt au plus tard en 2025 ; le Cambodge entend recouvrir son territoire de forêts à 60 % d’ici 2030.
 

Planifier pour mieux s’adapter aux impacts climatiques

 
Une centaine d’États, soit près des 2/3 des contributions, ont choisi d’intégrer un volet "adaptation", comme par exemple la mise en place d’un Plan National d’Adaptation. Le Burkina Faso veut cartographier les zones à risques d’inondation dans les villes de plus de 5 000 habitants ; les Maldives ont prévu de relocaliser le port commercial de Malé, la capitale, vers une île moins vulnérable aux vents violents et à la montée du niveau de la mer.
 
Plus de 50 pays mentionnent aussi leur souhait de se doter de systèmes d’alertes performants, afin de pouvoir détecter les évènements climatiques extrêmes et mieux protéger leurs populations.
 
Développement économique et social et lutte contre le dérèglement climatique vont de pair : le défi climatique est désormais intégré aux stratégies nationales de développement. La Colombie juge essentiel de prendre en compte l’enjeu climatique si elle souhaite remplir ses objectifs nationaux de "paix, d’équité et d’éducation". Les bénéfices des politiques climatiques sont pris en compte : 6 000 emplois verts créés en Macédoine d’ici à 2030, 58 000 en Tunisie, 40 000 au Sénégal… Autre exemple, Kiribati place ses efforts de déploiement des énergies renouvelables dans une logique de réduction des importations d’énergie fossile. Enfin, les bienfaits des politiques climatiques pour la santé publique, la qualité de vie et la cohésion sociale sont soulignés par plusieurs pays.
 
Certains pays en développement prévoient également de renforcer la coopération entre eux : la Chine souhaite créer un Fonds pour la coopération Sud-Sud sur le climat.
 
Les contributions nationales sont une solide base pour permettre un succès à Paris. Il s’agit de planchers amenés à être dépassés et non pas de plafonds, d’autant que la nouveauté du processus et les exigences techniques ont amené certains pays à se baser sur des estimations conservatrices.
 

Au cœur de la négociation à Paris : définir un cadre d’action

 
L’objectif des 2°C d’ici 2100 est ainsi à notre portée et peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique de cette première série de contributions.
 
Depuis plusieurs mois, les négociations préparent la réponse politique à ce défi : l’enjeu à Paris n’est pas de réviser ces contributions pendant la COP 21, mais de fixer un cadre d’action qui permettra le relèvement de l’ambition de chacun dans le temps, idéalement tous les 5 ans, afin que chaque période de contributions soit plus ambitieuse et afin que nous puissions respecter nos objectifs de long terme.
 
Cette réponse passe par plusieurs points :
  • L’accord de Paris doit permettre de fixer des rendez-vous réguliers pour prendre de nouveaux engagements. Les pays pourraient par exemple s’engager, tous les 5 ans, à publier de nouvelles contributions. C’est ce qu’on appelle la périodicité des contributions et les clauses de révision. Début novembre, le président de la République s’est rendu en Chine et a notamment obtenu de la part de Xi Jinping qu’elle accepte ce principe ;
  • L’accord de Paris pourrait contenir un principe d’engagement à la hausse. Ainsi, revenir en arrière sur ses engagements ne serait plus possible ;
  • L’accord de Paris doit prévoir un objectif de long terme opérationnel en terme de réductions d’émissions (décarbonation profonde, 100% renouvelables...) ;
  • L’accord de Paris pourrait aussi encourager les pays à publier avant 2020 des stratégies à 2050 compatibles avec l’objectif des 2°C. 
D’autres actions pourront aussi permettre d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le changement climatique :
  • Des actions avant 2020, comme par exemple l’appui pour développer massivement les énergies renouvelables en Afrique.
  • Des partenariats entre les États et le secteur privé pour accélérer la recherche et le développement des technologies propres permettant d’aller plus loin dans la mise en œuvre des contributions. 
Les contributions constituent une partie du chemin. L’objectif des 2°C est à notre portée. Il peut être atteint grâce à l’accord de Paris qui viendra renforcer cette première série de contributions.
 

Pour aller plus vite : des financements solidaires

 
L’accès aux financements rendra possible au fil du temps des contributions à chaque fois plus ambitieuses. C’est pourquoi il importe d’atteindre l’objectif de 100 Md $ de financement climat annuel en 2020.
 
Alors qu’aucune perspective concrète ne se dessinait au lendemain de Copenhague, la perspective de la conférence de Paris a engagé la mobilisation des financements.
 
La première capitalisation du Fonds vert, créé en 2010 pour mobiliser une partie de ces financements, s’est matérialisée fin 2014, à hauteur de plus de 10 Md $, à Berlin puis à Lima, pour financer des projets d’atténuation et d’adaptation au dérèglement climatique dans les pays en développement (voir aussi Point sur "Spécial COP 21 n°3 – De Copenhague à Paris"). 8 premiers projets ont été approuvés en novembre 2015, à hauteur de 168 M $ :
  • Aux îles Fidji : approvisionnement en eau et gestion des eaux usées en milieu urbain, avec ADB (31 M$ du Fonds vert) ;
  • Aux Maldives : soutenir les communautés vulnérables dans la gestion des sécheresses causées par le changement climatique, avec le PNUD (23,6 M$ du Fonds vert) ;
  • En Amérique latine et aux Caraïbes : obligation verte d'efficacité énergétique, avec IDB (217 M$ du Fonds vert) ;
  • En Afrique de l'est : le fonds KawiSafi Ventures, avec Acumen (25 M$ du Fonds vert) ;
  • Au Bangladesh : infrastructures résilientes au climat, avec KfW (40 M$ du Fonds vert) ;
  • Au Sénégal : renforcer la résilience des écosystèmes et des communautés par la restauration des bases productives des terres salinisées, avec CSE (7,6 M$ du Fonds vert) ;
  • Au Malawi : accroître l'utilisation des informations climatiques récentes et des systèmes d'alerte précoce, avec le PNUD (12,3 M$ du Fonds vert) ;
  • Au Pérou : renforcer la résilience des zones humides dans la province de Datem del Marañón, avec Profananpe (6,2 M$ du Fonds vert). 
Plus largement, et s’agissant de l’ensemble des financements, l’objectif de 100 Md $ en 2020 est devenu crédible :
  • En 2014, 62 Md $ ont été mobilisés par les pays développés en faveur des pays en développement pour les aider à faire face aux changements climatiques, contre 52,2 Md € en 2013 : telle est la conclusion du rapport publié en octobre 2015 par l’OCDE et le think-tank Climate Policy Initiative ;
  • Les banques de développement ont promis environ 15 Md $ annuels supplémentaires, lors de la conférence des Institutions financières le 9 octobre 2015 à Lima ;
  • Certains pays européens, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont annoncé des engagements supplémentaires d’ici à 2020. La France a également pris l’engagement de porter ses financements climat de 3 Md € par an aujourd’hui à 5 Md € en 2020, en septembre dernier. Au total, elle s’est engagée à augmenter son aide publique au développement de 4 Md € supplémentaires à partir de 2020 ;
  • La France continue de montrer la voie sur les financements innovants. Une part importante de la taxe sur les transactions financières (TTF) française est déjà affectée au développement, à la lutte pour le climat et les pandémies. Nous souhaitons que cela inspire d’autres pays qui travaillent avec nous pour une TTF européenne. 
Des déclarations positives se manifestent à la veille de l’ouverture de la conférence : le Japon a ainsi annoncé jeudi 26 novembre 2015 qu’il s'engageait à verser environ 10 Md $ supplémentaires en 2020 au titre des financements climatiques. Il précisera les détails de cette aide à l'occasion de la COP21.
 
Ces financements doivent notamment permettre de soutenir des projets concrets, sans attendre 2020, tels que :
  • Un grand plan pour les énergies renouvelables en Afrique, présenté par l’Union Africaine, qui veut faire du continent un leader mondial des énergies renouvelables, en combinant lutte contre la pauvreté (600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’énergie moderne et à l’électricité) et préservation de la planète ;
  • Des initiatives pour prévenir les catastrophes naturelles et renforcer les systèmes d’alertes dans les pays les plus vulnérables (Afrique, PMA, petites îles), présentée par la France, et pour aider les pays touchés par le dérèglement climatique à accéder à des mécanismes d’assurance permettant de réparer les dégâts après les catastrophes. 
Paris doit être  le coup d'envoi d'une évolution du monde de la finance et de l’économie mondiale pour qu'elle intègre mieux les enjeux du changement climatique.
 

Pour aller plus vite : l’Agenda des solutions

 
Les nombreuses coopérations que tous les acteurs développent rendront également possibles, au fil du temps, des contributions plus ambitieuses.
 
L’Agenda des solutions, ou "Plan d’actions Lima-Paris", vise à encourager le développement d’initiatives portées par la société civile (entreprises, syndicats, ONG, citoyens, villes, régions, …), les organisations gouvernementales et les gouvernements afin d’associer tous les acteurs dans la lutte contre le dérèglement climatique.
 
Beaucoup d’acteurs non gouvernementaux sont en effet en avance sur leurs gouvernements, et ils peuvent les pousser à aller plus loin et plus vite.
 
Concrètement, l’Agenda des solutions offre  une plateforme aux acteurs non gouvernementaux pour s’engager et partager les meilleures pratiques.  Cette plateforme numérique NAZCA (Non-State Actor Zone for Climate Action), recense à ce jour près de 4000 actions :
  • Par le biais des villes et régions, plus d’un milliard de personnes sont engagées sur NAZCA, soit 15 % de la population mondiale ;
  • De grandes villes chinoises comme Pékin et Shenzhen se sont engagées à atteindre un pic d’émissions en 2020, soit 10 ans avant l’engagement national ;
  • Plus de 1 150 entreprises privées ont publié des objectifs de réduction de leurs émissions. Les engagements les plus ambitieux seront mis en valeur lors de la conférence de Paris par une série de journées thématiques du 1er au 8 décembre, notamment le 5 décembre, avec des personnalités de haut niveau (voir aussi Point sur "Spécial COP 21 n°4 – Calendrier de 2 semaines de négociations").
 
Il nous faut toujours aller plus loin
, faciliter la participation de plus en plus d'acteurs non-gouvernementaux, dans davantage de pays, dans davantage de secteurs.