12 novembre 2015 - Le point sur...

Spécial COP 21 - 30 ans de négociations climat

A l’occasion de la Conférence de Paris sur le climat (COP21), le porte-parolat du gouvernement vous propose une série de "Points sur" dédiés. Ce premier opus rappelle l’historique des négociations climat. De prochains numéros suivront, pour appréhender au mieux les enjeux qui se rattachent à cet événement majeur.
 
La Conférence de Paris, qui s'ouvre à Paris le 30 novembre pour deux semaines, est le dernier rendez-vous en date d'une mobilisation internationale qui a démarré aux années 1980.
 
La première conférence mondiale sur le climat remonte à 1979 à Genève. À cette occasion, un Programme de recherche climatologique mondial a été lancé, sous la responsabilité de l’Organisation météorologique mondiale, du Programme des Nations unies pour l’environnement et du Conseil international des unions scientifiques.
 

Le progrès des connaissances scientifiques

 

De la conscience claire du risque …

 
En 1988 est créé le GIEC, sous l'égide de l'ONU (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat). Son objectif : faire régulièrement  la synthèse des connaissances scientifiques sur le changement climatique.
 
En 1990, il rend son premier rapport, et souligne le risque d’un dérèglement climatique en conséquence des activités humaines : il montre que les gaz à effet de serre (GES) liés aux activités humaines augmentent et risquent d'intensifier le réchauffement climatique.
 

… à la certitude de la menace

 
Rapport après rapport, la certitude de la menace se confirme.
Quatre nouveaux rapports du GIEC sont ainsi publiés en 1995, 2001, 2007 et 2014.
 
En 2007, le 4ème rapport estime "irréfutable" et "sans équivoque" le dérèglement climatique en cours, avec pour conséquences prévisibles la multiplication des événements extrêmes et l'élévation du niveau des océans de plusieurs dizaines de centimètres d'ici la fin du siècle.
 
En 2014, le 5ème rapport prévoit une hausse globale des températures de 3,7 à 4,8°C à la fin du XXIème siècle par rapport à 1850-1900, si rien n'est entrepris pour contrer cette tendance.
 
Le Giec a reçu le prix Nobel de la Paix, avec l'ancien vice-président américain Al Gore, en octobre 2007.
 

La prise de conscience politique 

 
Rio, ou l’appel au volontariat et l’instauration du dialogue

 
En 1992, le "Sommet de la Terre", ou Conférence de Rio, rassemble pour la première fois 182 États à Rio de Janeiro pour débattre de l’avenir de la planète. Ce sommet de la Terre :
  • Définit le concept de développement durable, comme "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs" ;
  • Lance un appel pour une réduction volontaire des émissions de GES et engage la mobilisation de 170 Etats adoptant un Agenda 21, programme d’action pour le XXIème siècle doté de recommandations tant en matière de pauvreté, de santé, de logement, de pollution, d’agriculture, de gestion des ressources, …
  • Elaboration de  de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui reconnaît l’existence du changement climatique d’origine humaine et impose aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène
  • Fixe un cadre annuel de réunions internationales au travers de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). 
 
Que signifie la "COP 21" ?
Les "COP", ou Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, (Conference of Parties en anglais) désignent les rendez-vous annuels de la communauté internationale dédiés à la lutte contre les dérèglements climatiques. Les "parties" désignent chacun des Etats signataires (195 pays, auxquels s’ajoute l'Union européenne). Les COP se tenant chaque année depuis 1995, celle qui se tient à Paris fin 2015 est y ainsi la 21ème, d’où la dénomination "COP21".

Kyoto, entre premier accord et mobilisation à la carte

 
En 1997, le Protocole de Kyoto est adopté. Il engage une dynamique :
 
  • L’accord met en place pour la première fois des objectifs contraignants et des délais visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre par les pays développés :
         - Les objectifs obligatoires prévus par le protocole de Kyoto pour les pays varient de -8 % à +10 % d’émission de gaz à effet de serre par rapport aux émissions individuelles des pays en 1990.
         - En moyenne, il impose aux pays industrialisés de réduire d'ici 2012 leurs émissions de GES de -5,2% par rapport à 1990 ; 
 
  • L’accord est souple dans ses modalités pour atteindre les objectifs fixés : les pays peuvent recourir à l’augmentation des surfaces de forêts, au financement de projets à l’étranger, … 
        - Il rend possible la création de marchés du carbone. 

Mais il n’est pas sans limite :
 
  • L’accord tarde à entrer en vigueur : ce sera le cas seulement 8 ans après, en 2005 (COP 11 de Montréal), suite à sa ratification par la Russie l’année précédente, et après que 55 pays représentant au moins 55 % des émissions de CO2 en 1990 auront ratifié le protocole. 
  • Il ne se projette que dans le court-terme, ne couvrant que la période 2008-2012. Une seconde période d’engagement a néanmoins été décidée pour la période 2012/2020, afin d’éviter tout vide juridique international dans l’attente de l’entrée en vigueur en 2020 du nouvel accord qui devra être trouvé en 2015 à Paris. 
  • Surtout, la mobilisation n’est pas universelle, limitant à la fois l’ambition, la crédibilité et en définitive l’efficacité de l’accord :
        - Les Etats-Unis, à l'époque plus grand pollueur de la planète, refusent en 2001 de le ratifier.
        - Il ne s'applique pas aux grands émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil. 
 

Copenhague, entre affirmation des intentions et absence de décision

 
En 2009, face à l’urgence, la conférence de Copenhague est un échec.
 
Elle clarifie certes les intentions, dans une déclaration politique de principes adoptée in extremis par certains pays :
  • La Chine et les Etats-Unis, les deux plus importants pollueurs mondiaux, s’engagent pour la première fois sur une déclaration politique  symbolique ;
  • Deux objectifs sont fixés :
        - Limiter la hausse de la température de la planète à +2° par rapport à la Révolution industrielle ;
        - Mobiliser une aide de 100 Md $ par an d'ici 2020 pour soutenir les politiques climatiques des pays les plus pauvres. 

Mais aucune avancée n’a été actée quant aux moyens d'y parvenir.
 
Il faudra attendre les COP suivantes, notamment celles de Cancun en 2010  et de Durban en 2011, pour faire de cette déclaration politique une décision adoptée par les 196 Parties et pour créer des mécanismes nécessaires à la mise en œuvre des principes de cette déclaration.