Julie de Pimodan

"Ré-engager les citoyens en allant sur leur moyen favori de communication"

Journaliste de formation, Julie de Pimodan ne se prédestinait pas à l'entrepreneuriat. Mais la vie, les rencontres et les opportunités en ont décidé autrement. Après de nombreuses années à l'étranger, c'est en France qu'elle décide de développer le projet qui lui vaut aujourd'hui d'être distinguée par le MIT : Fluicity, la version 2.0 de la démocratie participative.
 
Après un diplôme en journalisme obtenu à l'université libre de Bruxelles, Julie de Pimodan quitte très vite l'Europe pour des reportages en Afrique et au Moyen-Orient. L'un de ses objectifs : apprendre l'arabe, une langue qui la fascine. Elle part donc au Yémen et y vit, un an après être entrée dans la vie professionnelle, sa première expérience entrepreneuriale. Un entrepreneur local lui propose en effet de lancer le premier magazine en langue anglaise du pays, Yemen Today. Elle devient éditeur en chef du magazine et gère aussi bien l'éditorial que les problématiques d'édition, de publication et même de vente. "Une expérience entrepreneuriale fondatrice". En parallèle, elle travaille toujours comme journaliste freelance, notamment pour la BBC, qui lui propose un poste de productrice à Dubaï. Sur place, elle recroise très vite le chemin de l'entrepreneuriat. Deux entrepreneuses tunisiennes lui proposent de monter avec elles le premier magazine féminin haut de gamme pour les femmes arabes, "une expérience assez géniale", reconnaît-elle. Elle s'associe au projet et se détache définitivement de l'éditorial pour se lancer dans la publicité, la distribution, les partenariats et même créer la société à Abou Dhabi.

Deux ans plus tard, elle décide de postuler chez Google et intègre la société DoubleClik, un "Google analytics pour les gros annonceurs du web" qui analyse les données pour aider les clients à faire leur choix en termes d'annonces publicitaires. Elle est alors chargé de développer l'offre sur un marché complètement vierge : en Israël, en Europe de l'Est, en Turquie et au Moyen-Orient. Elle est bientôt promue et part, toujours pour Google, à Istanbul. "Il y avait tout à créer", explique-t-elle. "Au départ, nous étions six. Quatre ans après, nous étions 70 !"

 
"Fluicity est la bonne synthèse entre ce que j'ai appris chez Google et mon côté idéaliste, que j'avais en tant que journaliste."
Chez Google, Julie de Pimodan apprend l'importance de collecter et d'utiliser les données pour mieux identifier les besoins, et donc mieux y répondre. En Turquie, alors que les Stambouliotes se soulèvent contre la destruction du parc Gézi, elle prend conscience du rôle des nouvelles technologies dans les processus démocratiques. Ces expériences, autant de "répétitions générales" pour son projet, fondent les bases de Fluicity, "la bonne synthèse entre ce que j'ai appris chez un géant du web et mon côté idéaliste, que j'avais en tant que journaliste". Il répond également à son envie de revenir dans l'univers des start-up. Depuis Istanbul, elle collabore au projet de Xavier Duportet, un autre Français distingué cette année par le MIT. Hello tomorrow est une compétition mondiale pour les start-up actives dans des domaines porteurs d'avenir. Elle devient l'ambassadrice du projet en Turquie et est chargée d'identifier les start-up correspondant aux projets et d'animer le réseau. Elle rencontre alors "des gens un peu fous qui ont envie de changer le monde à leur manière". Une soif d'innovation contagieuse. "J'ai été inspirée par cette expérience, grâce à Xavier", reconnaît-elle.

 
"Je me suis rendu compte que les acteurs du numérique en France reprenaient leur rôle d'incubateurs, d'accélérateurs avec des acteurs comme Bpifrance qui se bougent pour donner des subventions aux start-up."
"Il y a eu une révolution numérique dans le domaine de l'innovation sociale dans les pays dans lesquels j'étais au moment où j'y étais. Je me suis dit qu'il y avait énormément à faire encore en France". Julie de Pimodan décide alors de rentrer au pays. Elle sait que certains élus sont déjà dans une démarche participative et constate que la dynamique a changé autour des acteurs du numérique. "La France paraissait prête pour ce genre de projets. Je me suis rendu compte que les acteurs du numérique en France, avec des structures comme The Family, s'inspiraient de la Silicon Valley, reprenaient leur rôle d'incubateurs, d'accélérateurs avec des acteurs comme Bpifrance qui se bougent pour donner des subventions aux start-up".

Fluicity part d'un constat simple : la communication entre élus et citoyens est uniquement à sens unique. Son ambition : renouer le contact entre les maires et les citoyens de leur ville, en leur permettant, par la récolte de données, de mieux identifier leurs attentes et leurs besoins. "Si un maire peut utiliser des données pour mieux comprendre à un moment T ce que pensent les citoyens sur une problématique de la ville, il sera peut-être plus en mesure de prendre les décisions qui conviennent à ses électeurs". Cela ne remplacera pas le débat en conseil municipal, mais permettra de l'alimenter. "La démocratie participative existe depuis longtemps, ce n'est pas moi qui l'ai inventée", reconnaît la jeune Française. "Mais la rendre impactante et faire en sorte qu'elle fasse vraiment changer les choses au niveau local passe par les nouvelles technologies. Des détails qui font qu'on va pouvoir faire la différence." L'un des membres du jury du concours MIT-TR35 considère que "Fluicity apporte un regard nouveau sur un problème très ancien". "C'est très bien résumé", juge l'entrepreneuse qui est très touchée par la reconnaissance du MIT, "catalyseur de talents". "Parmi toutes les compétitions auxquelles nous allons participer dans les mois qui viennent, c'est probablement le prix qui me touche le plus".

 
"L'ambition est de ré-engager les citoyens en allant sur leur moyen favori de communication."
A plus long terme, Julie de Pimodan ne le cache pas, elle espère que Fluicity permettra d'augmenter la base électorale, en incitant les citoyens à aller voter, notamment ceux qui utilisent beaucoup les smartphones mais n'iront pas forcément à la mairie pour s'inscrire sur les listes. "L'ambition est de les ré-engager en allant sur leur moyen favori de communication".

Le projet est actuellement commercialisable et l'application sera très prochainement disponible au téléchargement. Mais Julie de Pimodan ne souhaite pas pour autant partir à l'assaut de toutes les villes de France. "L'idée n'est pas d'inonder les villes de France avec Fluicity. Nous voulons travailler avec 3 ou 4 villes aux profils bien différents pour pouvoir mesurer des métriques similaires et voir quel impact le projet peut avoir". Un travail de 6 mois avec ces 3 villes permettra d'obtenir un certain nombre de données et de bonnes pratiques pour parfaire l'outil.

Lorsque nous l'interrogeons sur son retour en France, elle avoue avoir été "assez étonnée" par les actions du Gouvernement en faveur des start-up. "La communication est excellente, les projets sont très encourageants. Le Conseil national du numérique est actif et super intéressant dans les projets qui sont menés". "Je suis épatée par les actions menées par le Gouvernement pour promouvoir l'environnement start-up", explique-t-elle. "Et je voudrais qu'il continue à mettre en avant ce genre d'initiatives".


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