Raymond Barre

Professeur réputé, économiste reconnu, Raymond Barre est un expert et non un parlementaire quand il devient le Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing, de 1976 à 1981.
 
Raymond Barre
M. Barre est sans doute le meilleur économiste français, en tout cas un des tout premiers.
Valéry Giscard d'Estaing
 
Bio express
 
  • Né le 12 avril 1924 à Saint-Denis (Réunion) et décédé le 25 août 2007
  • Profession : professeur de droit et d'économie politique
  • Parti politique : apparenté UDF
  • Vice-président de la Commission européenne de 1967 à 1973
  • Député de Lyon de 1978 à 2002
  • Premier ministre d'août 1976 à mai 1981
  • Maire de Lyon de 1995 à 2001



Raymond Barre a fait de brillantes études secondaires à Saint-Denis (Réunion) lorsqu'il entre dans l'infanterie en 1944. Il est envoyé à Madagascar durant une année. Après sa démobilisation, il vient en métropole en 1946 afin de poursuivre ses études. Agrégé de droit et de sciences économiques, diplômé de l'Institut d’études politiques de Paris, il entame une carrière universitaire : professeur à la faculté de Caen (1950), puis à Tunis, il y rédige un manuel d’économie de référence pour plusieurs générations d’étudiants. Il est aussi le traducteur de l'ouvrage du libéral Friedrich Hayek : Scientisme et sciences sociales, Essai sur le mauvais usage de la raison.
Il est ensuite directeur de recherche à la Fondation des sciences politiques (1958), professeur à l'Institut d’études politiques de Paris (1961), titulaire de la chaire d'économie politique à la faculté de droit de Paris (1963).

Raymond Barre fait ses premiers pas en politique comme chef de cabinet de Jean-Marcel Jeanneney, ministre de l'Industrie et du Commerce du général de Gaulle (1959-1962). Il entre au commissariat général au Plan en 1966.
Européiste convaincu, il est vice-président de la Commission européenne, chargé des affaires économiques et financières de 1967 à 1973. En 1968, il conseille le président de Gaulle afin que ce dernier renonce à dévaluer le franc. En 1969, il produit un plan de coordination des politiques économiques et de soutien monétaire mutuel qui préfigure l'Union économique et monétaire et l'euro.

En 1971, il est l'un des instigateurs du Forum économique mondial de Davos. Il est ensuite membre du conseil général de la Banque de France (1973-1976).

En janvier 1976, il devient ministre du Commerce extérieur du gouvernement de Jacques Chirac, auquel il succède à Matignon en août de la même année.

Aux élections législatives de 1978, il se présente pour la première fois aux suffrages de ses concitoyens. Il est élu député de Lyon. Il conserve son siège jusqu'en 2002.
 

Raymond Barre à l'Hôtel de Matignon


Le Premier ministre s’entretient avec le président Giscard d’EstaingLe président Valéry Giscard d'Estaing nomme Raymond Barre Premier ministre le 23 août 1976. Le choix de ce professeur d’économie sans mandat électif permet de revendiquer un retour à l’esprit gaullien en renforçant le poids du président de la République.

La période 1976-1981 est d’ailleurs marquée par une relation harmonieuse entre le Premier ministre et le président. Les deux hommes partagent une communauté de vues et se vouent une estime réciproque. Cependant, Raymond Barre, dès sa nomination, avait annoncé sa volonté d’ "exercer sa fonction de Premier ministre dans la plénitude de ses attributions". Il le fait, en s’appuyant sur un noyau d’experts économistes. Après l’échec de la majorité aux municipales de mars 1977, Raymond Barre a davantage de liberté pour former un gouvernement resserré qui compte seulement dix-sept ministres.

Discours de politique générale, 5 octobre 1976

 
Cumul
Alors qu'il était Premier ministre, Raymond Barre a assumé également la fonction de ministre de l'Economie et des Finances jusqu'en mars 1978. Il s’agit d’un cas unique sous la Ve République
Le Premier ministre entend d’abord signifier que quoique non parlementaire il n’en est pas moins de longue date un serviteur de la République ("Si j'ai consacré jusqu'ici mon activité au seul service public, je n'appartiens à aucune formation politique et je n'ai pas le grand honneur d'être un parlementaire. Nul n'ignore cependant mon attachement et mon dévouement aux grandes orientations qu'ont définies et appliquées les trois présidents de la Ve République.")

Il explique avant tout longuement pourquoi il procède à ce discours sans demande de vote de confiance. L’essentiel de son allocution est ensuite consacré à l’objectif prioritaire qu’il se fixe : la lutte contre l’inflation.

Selon son analyse "la récession mondiale de 1975 a montré brutalement ce que coûtent la recherche systématique d'une croissance à tout prix et le renoncement aux équilibres fondamentaux." Il s’agit donc d’établir l'équilibre budgétaire et de modérer la croissance de la masse monétaire. Il faut agir sur les prix "d'abord par leur gel temporaire, puis par la réduction de la taxe sur la valeur ajoutée et une hausse limitée des tarifs publics". Les rémunérations et le pouvoir d’achat doivent être maintenus. Les exportations et les investissements doivent être soutenus.

L’ensemble des conceptions est de tonalité libérale. " Le progrès économique assure l'emploi" affirme le Premier ministre qui estime que la France doit s’adapter culturellement :
"L'esprit d'entreprise, c'est précisément celui qui conduit à l'émancipation et non pas à l'assistance. Il est indispensable à notre pays. C'est lui qui doit, notamment, permettre le renforcement de la capacité de notre économie à offrir des emplois stables et nombreux, mais il est clair que l'esprit d'entreprise ne peut se déployer si la liberté de décision des chefs d'entreprise est par trop limitée et si les résultats financiers des entreprises sont insuffisants.

Il nous faut réviser à ce sujet, et je le dis en toute objectivité, une conception du profit qui prévaut trop fréquemment dans notre pays. Celui-ci ne saurait être le produit de rentes de situation, de privilèges ou de subventions de l'Etat, mais le fruit des efforts de productivité et d'innovation. Utilement réemployé, il est la condition pour que les entreprises développent leur contribution au progrès économique et social."

Cependant, ce libéralisme ne doit nullement constituer un laisser-aller qui ferait reculer l’Etat de droit ou la cohésion républicaine : "La justice sociale ne repose pas seulement sur un effort de solidarité nationale, mais aussi sur une réduction des illégalités. La première démarche en ce domaine est de faire disparaître la fraude fiscale. Celle-ci crée des privilèges iniques auxquels les Français sont de plus en plus sensibles."
Des politiques de l’emploi doivent néanmoins être mises en place, reposant sur la réforme de l’enseignement, la revalorisation du travail manuel, et la formation permanente.

Les plans Barre pour lutter contre l’inflation

La politique de Raymond Barre vise prioritairement à répondre à la crise économique qui s’aggrave. Raymond Barre exerce donc conjointement les fonctions de ministre de l'Economie et des Finances de 1976 à mars 1978 et mène une politique de rigueur pour lutter contre l’inflation et maintenir la stabilité du franc : le blocage des prix est institué à l’automne 1976 et deux emprunts, dont le fameux emprunt "sécheresse", sont émis en novembre 1976 et mai 1977. Les fondamentaux des plans Barre sont la défense du franc, la réduction des dépenses et du déficit public et le rééquilibrage du commerce extérieur.

Le Premier ministre est soucieux de s’attaquer aux rigidités de la vie économique, ainsi du jeu de la concurrence : la transformation de la commission technique des ententes en commission de la concurrence (1977) et le vote de la loi d’orientation sur le commerce et l’artisanat (10 janvier 1978) doivent répondre à cet objectif. Mieux faire jouer les mécanismes du marché tout en protégeant davantage le consommateur, tel est le propos de la loi du 10 janvier 1978 sur l’information et la protection des emprunteurs, dans le domaine du crédit à la consommation, loi qui crée, au passage, la commission des clauses abusives.

Plusieurs plans sont réalisés, afin d’inscrire cet effort d’assainissement dans la durée. Néanmoins, tout en plaidant "la continuité dans l’effort", le plan d’avril 1977 intègre fortement la nécessité d’une intervention sociale face à la crise (revalorisation des allocations familiales et des retraites, élévation du minimum vieillesse, encouragement aux préretraites, formation professionnelle).
 
Si vous entendez par libéralisme économique le contraire du socialisme collectiviste, centralisateur et planificateur, alors je suis libéral. Si vous entendez par libéralisme économique, la doctrine du laisser-faire, laisser-passer, alors je ne suis certainement pas de ce libéralisme-là. Si vous entendez par libéralisme économique la gestion décentralisée d'une économie moderne, assumée par des institutions et des centres de décision privés et comportant une intervention régulatrice de l’État, alors vous pouvez me tenir pour un libéral.
Raymond Barre

Une politique libérale

Raymond Barre, entouré d’Alice Saunier-Seité et Simone Veil, à la sortie d’un conseil des ministres en mars 1978Raymond Barre est le premier chef de gouvernement confronté aux adaptations à l'ère postindustrielle. Il impose les premières mesures spécifiques pour réduire le chômage des moins de 25 ans et il opère un tournant majeur dans la politique économique de la France lorsqu’il annonce la libération progressive des prix, en avril 1978, misant sur la concurrence pour lutter contre l’inflation.

Il se préoccupe également d’améliorer les rapports entre les administrations financières, notamment fiscales, et les citoyens-contribuables : il transforme le service de l’information en direction générale pour les relations avec le public (décret du 6 mai 1977), décide la mise en chantier d’un livre des procédures fiscales (novembre 1977), fait voter la loi du 29 décembre 1977 sur les garanties de procédure en matière fiscale et douanière qui crée la commission des infractions fiscales et le comité du contentieux fiscal, douanier et des changes.

Parmi les autres mesures importantes prises par Raymond Barre, il faut citer la suppression du monopole de la Seita pour l’importation des tabacs (loi de 1976), l’octroi d’un complément d’indemnisation pour les rapatriés d’Afrique du Nord (loi du 2 janvier 1978) et surtout l’instauration de l’obligation d’assurance-construction (loi du 4 janvier 1978).
En matière de restructurations administratives, enfin, il faut noter la suppression de l’inspection générale de l’économie nationale (décret du 15 mars 1978) et l’autonomie accordée au service de la législation fiscale (décret du 28 juin 1977).

Pendant les gouvernements de Raymond Barre, la France maintient la croissance à un rythme régulier (autour de 3%) et rééquilibre sa balance commerciale. Elle stabilise son déficit budgétaire, après une forte baisse en 1977. Mais ce bilan est assombri par la progression inexorable du chômage et les premières restructurations massives ; celle de la sidérurgie est lancée par Raymond Barre en 1979. Le second choc pétrolier, survenu en 1979, vient bouleverser les efforts d’assainissement. La dernière année du septennat voit l’inflation et le chômage connaître des progressions à deux chiffres.

En 1979, la France s’engage dans le système monétaire européen, ouvrant une nouvelle ère des politiques communes européennes.

Des budgets difficiles

La loi de finances pour 1978, pour la première fois depuis 1969, présente un déficit. Malgré cela, il ne faut pas moins de trois lois rectificatives pour, à chaque fois, légiférer quant à un déficit plus grand que prévu. Pour la préparation de loi de finances 1979, le ministre du Budget Maurice Papon annonce d’emblée un déficit de 15 milliards en expliquant que la difficulté tient à ce que le l’Etat doit "soutenir l'activité économique, mais aussi poursuivre l'assainissement des finances publiques."
 
 

Aux difficultés structurelles s’ajoutent les tensions dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981 où chacun sait que, face à un président Giscard d’Estaing qui briguera sa réélection, se présentera son ancien Premier ministre Jacques Chirac. Résultat, les néo-gaullistes font feu de tout bois contre la politique du Premier ministre – Jacques Chirac prenant soin d’aller visiter celui-ci pour lui dire son estime personnelle. En 1979, pour la première fois depuis le début de la Ve République, l'Assemblée nationale repousse les recettes du projet de loi de finances soumis par le gouvernement. Le Premier ministre est contraint de faire passer en force son budget. Conséquemment, fait unique sous la Ve République, le Conseil constitutionnel annule ce dernier. Le pays commence l'année 1980 sans loi de finances. Le président de la République convoque le Parlement en session extraordinaire pour revoter le projet gouvernemental.

Des tensions politiques

La France ne connaît pas les problèmes de violence terroriste endogène auxquels certains de ses voisins sont confrontés. Cependant, la conjonction de la lente décomposition du "long mai 68", de la crise économique, des tensions autour de la possibilité de l’alternance politique engendre un flux de violences politiques, en particulier du fait de l’extrême droite radicale. La nécessité de conjuguer sécurité et liberté amène à la promulgation de deux lois emblématiques : la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés du 6 janvier 1978, et la loi du 2 février 1981 dite "Loi sécurité et liberté". En 1980, une loi contre l'immigration clandestine, dite loi Bonnet, est promulguée.
 

L'après-Matignon


Raymond Barre est maire de Lyon de 1995 à 2001.
En 1986, il est un opposant résolu à l'idée que la cohabitation soit une solution constitutionnelle. Il préconise la démission du président de la République.

Candidat à la présidence de la République en 1988, il obtient 16,53 % des suffrages, étant ainsi devancé par François Mitterrand et Jacques Chirac.

En 2004, il reçoit le prix de Gaulle-Adenauer, qui récompense les acteurs de la coopération franco-allemande.

Le dernier hommage de la République à l'un des siens

L’essentiel des personnalités politiques françaises sont présentes lors des obsèques de Raymond Barre au Val-de-Grâce, dont les présidents Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d'Estaing, ainsi que les Premiers ministres François Fillon, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin.

Le président Sarkozy a rappelé les "convictions européennes" de Raymond Barre, qu’il a qualifié d’"esprit libre et indépendant" et de "personnage à part dans le personnel politique français"… Représentant éminent de l'école française de science économique, il eut la volonté de mettre son savoir au service de la cité, toujours fidèle dans son engagement, à ses convictions européennes, libérales et sociales." L'ancien président Jacques Chirac a salué "un grand économiste" et un "grand Européen".

"La France vient de perdre un de ses meilleurs serviteurs, a déclaré l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing. Raymond Barre était un homme d’Etat qui ne poursuivait aucun objectif personnel mais qui cherchait à assurer par une compétence exceptionnelle et un travail acharné le bien-être de notre pays… Le milieu politique a eu du mal à comprendre sa démarche solitaire et désintéressée qui était trop éloignée de ses habitudes. Et l'opinion publique n'a réalisé que tardivement qu'il travaillait en réalité pour son bien".

Le Premier ministre François Fillon, a salué en Raymond Barre l’homme qui sut "mener une courageuse politique d'austérité en réaction aux chocs pétroliers. Demeuré malgré cela l'un des hommes politiques français les plus respectés et les plus populaires, son parcours démontre qu'il n'y a pas d'autre chemin que de dire la vérité aux Français et de prendre résolument des mesures parfois difficiles".

La Commission européenne a salué "un grand homme d'Etat", un "économiste brillant" et "un grand européen" ayant fait montre d’ "un esprit visionnaire".
 

Les principales lois du gouvernement de Raymond Barre

 
Discours de politique générale de Raymond Barre