Photo de Ludwik Leibler et Philippe Maugars
5 juillet 2015 - Actualité

Qui sont Ludwik Leibler et Philippe Maugars, Prix de l'inventeur européen 2015 ? #HistoiresdeFrance, chapitre 2

Histoire(s) de France, ce sont les portraits de ces Françaises et Français qui, par leurs innovations, leurs projets, leur engagement et la diversité de leurs parcours font la France d’aujourd’hui. Ludwik Leibler a inventé le vitrimère, un matériau qui allie la solidité du plastique et la malléabilité du verre. Philippe Maugars, lui, a développé la technologie NFC, utilisée notamment pour le paiement sans contact. Leur point commun ? Au-delà de leur nationalité française, ils sont tous deux lauréats du Prix de l’inventeur européen. Retour sur leur parcours.
 
Récompenser des chercheurs pour leurs inventions révolutionnaires, c’est chaque année l’objectif de l’Office européen des brevets, qui couronne par six prix les meilleurs innovateurs dans les secteurs des sciences de la vie, de l'électronique, de la chimie industrielle, de la technologie médicale et de la science des matériaux. Parmi les lauréats de l’année 2015, on compte deux Français : Philippe Maugars, dans la catégorie "industrie", et Ludwik Leibler, dans la catégorie "recherche". Une récompense qui vient saluer des années de travail et de passion.
 

Une vie dévolue à l’innovation
 

"Mon métier me permet de rencontrer et de travailler avec des gens très intéressants et m’offre une grande liberté de créer. Je suis comblé."
Ludwik Leibler
Ludwik Leibler et Philippe Maugars ont ceci en commun qu’ils ont toujours fait la part belle à la recherche de nouvelles technologies. Révolutionner notre vie semble être leur objectif. Ludwik Leibler, d’origine polonaise, a rejoint la France grâce à un stage après des études de physique théorique à Varsovie. Il intègre ainsi le CNRS en 1979, devient directeur de recherche puis crée, en 2001, le laboratoire Matière Molle et Chimie. "Mon métier me permet de rencontrer et de travailler avec des gens très intéressants et m’offre une grande liberté de créer. Je suis comblé", explique Ludwik Leibler. Distingué en 2013 de la médaille de l'innovation du CNRS, ce chercheur, qui a déposé pas moins de 47 brevets, travaille sur une nouvelle catégorie de matériau : les vitrimères. Recyclables et réparables à l’infini, ils combinent la solidité des plastiques thermoformés à la malléabilité du verre chauffé. De plus, ils peuvent être soudés comme du métal, permettant de créer des structures complexes trop difficiles et onéreuses à réaliser par moulage. De fait, de nombreux secteurs de l’industrie se sont déjà intéressés à son invention. Encore plus depuis cette distinction par l’OEB.

Photo de Philippe Maugars et Franz AmtmannPhilippe Maugars, récompensé avec son collègue de NXP Semiconductors, Franz Amtmann, devient professeur de mathématiques après des études en Maths Sup et Maths Spé. Puis il démissionne de l’Éducation nationale et réalise un stage chez Philipps qui s’avèrera décisif. Passionné, il intègre la société en tant qu’ingénieur en 1987. C’est là que ce touche-à-tout commence à travailler sur des projets très différents comme les moteurs des premiers lecteurs de CD-Rom, les cartes à puces des décodeurs de télévision ou le développement de téléphones mobiles. "Obsédé par les mobiles", il contribue au développement de la technologie NFC (Near Field Communication, ou communication en champ proche). Une technologie qui permet le transfert de données, de façon sécurisée, entre un lecteur et un terminal mobile. Utilisée pour le paiement sans contact,  l’accès aux zones protégées ou la logistique des entrepôts, cette invention présente des possibilités d’application infinies.
 

Des chercheurs résolument tournés vers l’avenir

 
"J'estime que la politique française d'aide à l'innovation est très satisfaisante."
Philippe Maugars
Philippe Maugars  se voit davantage comme "un bâtisseur qu’un exploitant". Il quitte Philipps en 2013 pour créer sa propre société, PM Compagny. Cette entreprise de conseil en informatique travaille avec plusieurs multinationales et des instituts de recherche, comme le CNRS. Quant à la technologie NFC, "elle va continuer à se développer", estime Philippe Maugars, qui travaille toujours sur des projets pour créer les usines du futur, ou usines 4.0, ou des systèmes d’éclairages décentralisés (projet EnLight). Des projets devenus  possibles en partie grâce à l’appui de Bpifrance et d’une politique française en matière d’aide à l’innovation qu’il estime "très satisfaisante".

Photo de Ludwik LeiblerDe son côté, Ludwik Leibler développe à présent des solutions aqueuses de nanoparticules adhérentes. Cette invention, qui possède le même principe que les vitrimères, c’est-à-dire "un lien échangeable entre atomes", peut réparer des lésions et arrêter les hémorragies, notamment sur les organes mous, d’ordinaire difficiles à suturer. Cette méthode de collage a pour le moment été testée, avec succès, sur des rats. "C’est une découverte très prometteuse", estime Ludwik Leibler. Celui-ci pense que s’il a pu s’épanouir dans le système de recherche français, c’est parce qu’"il offre la possibilité de prendre des risques". "Il y a, certes, moins de moyens que dans d’autres pays, mais également moins de pression à court terme. C’est un équilibre qui me convient", argumente-t-il.
 

Le prix d’Innovateur de l’année : offrir de la visibilité aux activités techniques

 
"C'est une très bonne initiative de l'Union européenne qui offre de la visibilité aux activités techniques."
Philippe Maugars
Les deux chercheurs sont unanimes : ce prix décerné par l’OEB est synonyme de fierté et de reconnaissance de leur labeur. Selon Ludwik Leibler, il vient également récompenser "un travail d’équipe" et "une recherche de qualité sur le plan fondamental et qui peut avoir des retombées pratiques". Philippe Maugars souligne l’aspect positif que peut avoir un tel prix sur la visibilité du métier d’ingénieur, qu’il juge quelque peu délaissé par la jeunesse. "Cette récompense est très gratifiante. C'est une très bonne initiative de l'Union européenne qui offre de la visibilité aux activités techniques". Après "avoir mis une semaine à retomber de [son] nuage", il avoue que son plus grand bonheur a été d’entendre sa fille de 18 ans déclarer qu'elle était fière de lui.

 
Propos recueillis par Thibault Camus