Samedi 22 décembre 2012, le Premier ministre s’est rendu dans le centre d’hébergement de l'association "Les Enfants du Canal" à Paris, pionnier en matière de participation des résidents à la vie de l’établissement. L'association lance une opération "1000 radios" destinée à distribuer des radios aux sans-abri dans Paris afin de rompre l'isolement dont ils souffrent.
A la veille des fêtes de Noël, Jean-Marc Ayrault, accompagné de Cécile Duflot, est venu saluer l’action du centre "Les Enfants du Canal" qui accueille les sans-abri sur le long terme et les accompagne vers l'autonomie. Un établissement modèle, qui mise sur la participation des résidents à la gestion du centre, comme à l’élaboration de leurs parcours d’insertion.
Le Premier ministre a saisi cette occasion pour saluer l’initiative solidaire de l’association pour cet hiver : l’opération "1000 radios". Du 21 au 24 décembre, en s’appuyant sur une équipe de jeunes en service civique, l’association parcourt les rues de Paris pour distribuer un millier de radios aux personnes sans-abri. Une opération qui vise à rompre l'isolement des personnes à la rue, en favorisant leur accès à l'information et à la culture. L’association lance également un appel aux dons pour financer l’opération : une radio coûte environ 15 euros.
- Pour en savoir plus et faire un don, consultez le site des Enfants du Canal [9]
Depuis plusieurs mois, le Gouvernement s'est engagé à accentuer les efforts en matière d'hébergement d'urgence et d’accès au logement pour le plus grand nombre. Cet automne, une enveloppe de 50 millions d’euros a été affectée à l’hébergement d’urgence et à la veille sociale. Ces efforts seront poursuivis en 2013, avec la création de 4 000 nouvelles places de Cada (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) et de 4 000 places d’hébergement d’urgence, a annoncé le Premier ministre à l’issue de la Conférence nationale contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale [10], qui s’est tenue les 10 et 11 décembre derniers. Des moyens équivalents seront consacrés à des dispositifs passerelles vers le logement (intermédiation locative, résidences sociales…), ainsi qu’à la prévention des expulsions.
La priorité du Gouvernement est de sortir de la gestion "au thermomètre" du dispositif d'hébergement d'urgence, à travers notamment la mise en œuvre de projets territoriaux de sortie de l'hiver, sous la responsabilité des préfets. Par ailleurs, Manuel Valls et Cécile Duflot ont signé, en octobre dernier, une circulaire pour limiter les expulsions locatives. Elle prévoit que les bénéficiaires prioritaires du droit au logement opposable ne soient plus expulsés avant qu’une solution de relogement n’ait été trouvée.
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Entretien avec Christophe Louis, directeur de l'association "Les Enfants du Canal"
Née en 2007 après le mouvement des enfants de Don Quichotte sur le canal Saint Martin, la structure "Les Enfants du Canal" propose 25 chambres pour l’hébergement.
Tout a débuté sur les bords du canal Saint-Martin au cours de l’hiver 2007 – notre activité a démarré en février - dans le cadre de l'action menée par les Enfants de Don Quichotte. D’où le nom de notre association "Les Enfants du canal". Les travailleurs sociaux et les personnes bénévoles présentes sur le terrain ont identifié un besoin exprimé par plusieurs personnes concernant une demande de logement. Je précise qu'il ne s'agissait pas de demandes en centre d'hébergement classique, mais d'une demande de logement : ce que formulaient ces gens, c'était le désir d'avoir un "chez soi". Pour répondre à cette demande nous avons mis en place un dispositif comprenant une chambre individuelle avec une cuisine collective d'accès libre 24 heures sur 24. Il s'agit d'un espace individualisé dans lequel le résident est chez lui. Les résidents sont libres de recevoir des amis et peuvent avoir un animal de compagnie. Actuellement, huit personnes profitent de leur animal. Nous disposons de 25 chambres pour 28 personnes dont 3 couples. La moyenne d'âge est de 45 ans. Avec ce dispositif, nous répondons aux besoins des personnes d'avoir un chez soi. Il faut promouvoir ce type de projets qui n'est pas plus onéreux que d'autres centres d'hébergement. C'est le message que je veux adresser à un Gouvernement qui veut montrer de la volonté en termes d'hébergement et de rupture avec la gestion saisonnière.
Il n'y a pas de limitation de durée. J'ai l'habitude de dire aux nouveaux résidents : "vous êtes dans un lieu de passage mais sous la forme d'un CDI dans l’hébergement ". Nous appliquons ainsi le principe de continuité de la prise en charge. Nous ne voulons pas mettre d'épée de Damoclès sur leur tête avec une durée déterminée, nous installons une relation de confiance, saine et dans la durée avec un objectif : permettre à la personne de retrouver un logement. Il s’agit d’un dispositif global. La première chose à laquelle nous nous attelons est la santé, c'est primordial. Ensuite, nous prenons le temps de l'aider dans ses démarches d'ouverture de droits, comme le RSA par exemple. L'accueil dans notre centre d'hébergement a pour objectif de fournir un "chez soi". Grâce à cette base, la personne pourra se stabiliser, retrouver de la dignité et ensuite gagner en autonomie. Elle pourra se prendre en charge, se responsabiliser. C'est le contrat moral que nous passons ensemble. Le travail que nous menons avec elle doit lui permettre de trouver des repères suffisants pour ensuite accéder à un logement. En moyenne, la présence est de quinze à dix-huit mois.
Nous les responsabilisons en leur permettant de vivre leur vie quotidienne en toute autonomie. Mais aussi en les associant aux règles de vie. Ce sont les résidents qui gèrent l'entretien des locaux. Ils font leur propre cuisine à la différence des centres d'hébergement où les personnes se nourrissent avec des plateaux repas, des barquettes. Nous organisons aussi un repas collectif chaque semaine sur la base du volontariat. Nous avons des réunions où nous abordons toutes les questions. La participation est de 20 % des revenus (Revenu de solidarité active…). Bien sûr, si la personne est démunie, elle ne payera pas, mais nous allons l'accompagner dans ses démarches d'ouverture de droits. L'idée c'est qu'elle soit responsable, car lorsqu'elle retrouvera un logement en dehors, elle devra payer un loyer, même avec des aides comme l'Aide personnalisée au logement (APL). Il existe par exemple des relais pensions de famille, qui ont été créés pour cela et vers lesquels nous les orientons. Ces personnes n'accéderont pas forcément à un travail salarié mais nous faisons en sorte qu'elles aient une activité, qu'elle soit bénévole ou dans l'insertion. En surprotégeant les personnes, on ne les aide pas.
Nous avons trois activités principales. Tout d'abord une activité de veille sociale consistant à effectuer des maraudes, à repérer des gens dans la rue et à leur proposer un abri dans un bus-abri. Une sorte d'accueil de jour dont le personnel est constitué d'anciens de la rue que nous remobilisons dans l'emploi, dans le cadre d'un chantier d'insertion. Notre deuxième activité est celui de notre centre d'hébergement. Nous avons d'ailleurs un deuxième centre accueillant 12 personnes ayant besoin de soins psychiatriques sans nécessiter d'hospitalisation. Nos travailleurs sociaux sont en contact avec l'hôpital Saint-Anne pour assurer le suivi des soins. Notre troisième activité est un accompagnement social dans le cadre du Droit au logement opposable (Dalo). Nous accompagnons les personnes qui ont entamé un recours pour déterminer quel type de logement la préfecture peut leur attribuer. Notre association est composée de 32 salariés dont 9 dans le cadre du chantier insertion et 10 jeunes dans le cadre du service civique.
