Trois questions à Alain Chouraqui, président de la “Fondation du Camp des Milles - Mémoire et Éducation” et directeur de recherche au CNRS.
La visite des lieux d'internement permet de sentir, de voir quelles étaient les conditions de vie des internés. Surtout, nous montrons que la Shoah est une histoire singulière certes, mais de portée universelle. Le Camp des Milles est un lieu qui montre jusqu'où peut mener l'intolérance. Mais nous insisterons aussi sur les résistances, les Justes, tout ce qui permet de dire que l'homme peut toujours résister, chacun à sa manière, surtout si son présent est éclairé par le passé. Pour cela, nous utilisons bien sûr des témoignages audio, des documents, des films ainsi que tout un travail pédagogique conçu par les enseignants de notre service éducatif.
Plus de 500 œuvres ont été réalisées aux Milles par les internés, sans parler des innombrables dessins ou graffitis laissés sur place. Pour eux, c'était une manière de rester debout face à la volonté de les abaisser, de les déshumaniser. Le visiteur, dans le parcours de visite, a ainsi accès à de grandes peintures murales. Un espace spécifique est consacré aux artistes et à leurs œuvres. Il est également envisagé des expositions temporaires avec des œuvres d'internés des Milles.
Tous ces lieux constituent un formidable réseau qu'il conviendra de développer. Chaque lieu a certes sa spécificité et son histoire mais nous œuvrons dans un même but, celui de maintenir et de transmettre cette mémoire douloureuse aux nouvelles générations pour les éclairer. Nous sommes en lien avec ces institutions et d'autres en Europe et dans le monde. Et nous pourrons évidemment avoir des actions communes afin que les messages que nous développons aux Milles soient le plus largement partagés : fraternité et vigilance face à la montée des racismes, de l'antisémitisme et des extrémismes.
