La récente nomination de Benoît Hamon comme ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, des Finances et du Commerce extérieur en charge de l’Economie sociale et solidaire donne un nouvel éclairage sur ce secteur souvent méconnu.
Quels sont les grands principes de l'économie sociale et solidaire ?
La singularité de l'économie sociale et solidaire (ESS) tient à sa philosophie "d'entreprendre autrement". Née au 19e siècle de la volonté de guider la production des biens et des services à partir des besoins de tous et non de l'intérêt de quelques-uns, l'ESS se caractérise par une vision d'utilité sociale plus que par la recherche d'un gain.
Cette économie rassemble des personnes autour de valeurs de démocratie, de liberté et de solidarité. La gouvernance d'entreprise responsabilise les individus en s'appuyant sur le principe "une personne égale une voix" et non pas "une action, une voix". Les sociétaires égaux en droits et en devoirs participent à l'élection des dirigeants et aux instances de décision. Par ailleurs, l'absence d'actionnaires à rémunérer permet de réinvestir les bénéfices dans l'activité.
Une économie au service d'un autre développement
Très diversifié, le secteur de l'ESS regroupe des associations, des coopératives, des mutuelles, des fondations dans des domaines aussi variés que le commerce équitable, le bio, la santé, la petite enfance, l'éducation...
Axée principalement sur les initiatives de développement local, de réinsertion et de lutte contre l'exclusion, l'ESS tend à offrir des biens et des services au plus grand nombre.
Elle occupe d'ailleurs les premières places dans plusieurs secteurs essentiels de notre économie. A titre d'exemple, 68 % des services d'aide à domicile de personnes dépendantes sont assurés par le secteur. Autre chiffre : 38 millions de Français sont protégés par les mutuelles de santé. (Source : Bilan 2010 publié par Recherches et Solidarités).
Un acteur économique de poids
D'après le bilan 2010 [7] publié par Recherches et Solidarités, l'ESS représente en 2010 près de 200 000 établissements (coopératives, mutuelles, associations et fondations) employant 2,35 millions de salariés pour une masse salariale de 50,5 milliards d'euros.
Ces dix dernières années, l'emploi du secteur a augmenté de 23 % (440 000 emplois nouveaux) alors que l'emploi privé n'enregistre qu'une progression de 7 %. Pour la première fois de son histoire, elle représente un emploi privé sur huit. (Voir le graphique ci-dessous)
[media:108607]
Il faut noter que les organisations mobilisent aussi plus de 14 millions de bénévoles de terrain, administrateurs ou élus.
Le mois de l'économie solidaire, une manifestation nationale
Au mois de novembre se tiendra partout en France la 5e édition du mois de l'ESS. Initiative des chambres régionales de l’économie sociale, la manifestation a pour but de faire découvrir au plus grand nombre, pendant un mois, et au travers d’initiatives les plus diverses possibles, une autre façon de concevoir l’économie. Huit thèmes spécifique à l'ESS - Achetons responsables, Déplaçons-nous écolo, Epargnons solidaires, Consommons bio, Protégeons-nous mutuellement, Agissons ensemble, Entreprenons et travaillons autrement - structureront l'édition 2012.
Un site internet [8] recense l'ensemble de la programmation nationale : colloques et rencontres seront ainsi organisés autour de thématiques et problématiques variées telles que la maladie d'Alzheimer, les bonnes pratiques du microcrédit personnel ou encore l'agriculture bio. L'actualité du mois de l'économie solidaire sera également relayée via les réseaux sociaux Twitter et Facebook.
Le site internet donne accès à de nombreuses ressources documentaires relatives à l'ESS : offres d'emploi, appels à projets, vidéos, photos, données statistiques sur le secteur.
Traduisant les engagements, pris par le président de la République, la feuille de route du ministre est construite autour de 7 thématiques principales :
? donner à l’ESS un cadre législatif. Un projet sera élaboré d'ici à la fin de l'année
? participer à la mise en place de la Banque publique d’investissement qui consacrera 500 millions d’euros au secteur
? veiller au renforcement de la politique de l’insertion par l’activité économique en donnant au secteur un rôle majeur dans le déploiement des Emplois d’avenir et de Contrats de génération
? développer la place des acteurs de l’ESS dans le dialogue social
? rénover les conditions de transmission et de reprise des entreprises par leurs salariés
? faciliter l’accès des structures à la commande publique
? assurer la reconnaissance de l’ESS à l’échelon européen.
Pour Benoît Hamon, l'Economie sociale doit être au "coeur de la politique de lutte contre le chômage" et pour y parvenir, "elle a besoin d’un interlocuteur au sein du Gouvernement pour veiller à la cohérence des différentes politiques publiques auxquelles concourent les acteurs de l’ESS, mais surtout pour assurer le développement du secteur, clarifier et défendre son identité, stabiliser les droits et les obligations des acteurs rattachés à ses différents statuts (associatifs, mutualistes, coopératifs).
