A la veille du 1er janvier, le Premier ministre s'est rendu, en fin d'après-midi, dans les IVe et XVIIe arrondissements de Paris pour rendre hommage aux forces de l'ordre mobilisées pour la Saint-Sylvestre. En début de soirée, il a participé à un Réveillon solidaire aux côtés de l'association "Les petits frères des Pauvres" dans le XIe arrondissement.
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a souhaité se rendre sur le terrain pour saluer les forces de l'ordre qui se mobilisent pour assurer la sécurité du réveillon de la Saint-Sylvestre.
Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 53 000 policiers et gendarmes seront déployés sur le territoire. Ce dispositif de sécurité, dont font également partie les sapeurs-pompiers et les associations de protection civile et de secouristes, mettra notamment l'accent sur la surveillance des axes routiers.
Le Premier ministre au réveillon des "petits frères des Pauvres"
Entretien avec Jean-François Serres, secrétaire général de l'association "Les petits frères des Pauvres".
Née en 1946, après la Seconde Guerre mondiale, l'association était tournée vers les personnes en situation de précarité. Elle s'est rapidement centrée sur les personnes âgées qui vivaient à l’époque dans une pauvreté critique. Actuellement, elle accompagne plus largement les personnes touchées par les problématiques de vieillissement, comme les personnes vivant dans la rue qui subissent un vieillissement précoce avec une espérance de vie très réduite. Aujourd'hui, sa mission principale est la lutte contre l'isolement des personnes âgées qui est l'une des causes d'entrée dans la pauvreté. Pour briser le cercle de l'isolement, le cœur de notre accompagnement passe par l'établissement d'une relation avec la personne. Je suis depuis longtemps, notamment à travers mon engagement précédent à Emmaüs-Habitat, au contact de la problématique de grande exclusion. La remise en lien, en relation dans une action de citoyenneté dans la proximité, a toujours été pour moi un fil rouge. Les interventions des petits frères des Pauvres vont de l'accueil à l'accompagnement régulier. Nous allons vers les personnes, là où elles habitent, soit à leur domicile, soit en établissement, et même dans les situations de précarité extrême comme la rue. Avec ces visites régulières, ce que nous visons c'est la construction d'une relation de citoyen à citoyen. Nous instillons de la citoyenneté par notre action bénévole pour que les personnes puissent se reconstruire et se réinsérer dans le réseau social. Elles peuvent ainsi retrouver l'énergie, le courage, la dynamique permettant de reprendre un parcours de vie qui soit intégré dans celui de la cité. Sur les 37 000 personnes que nous aidons actuellement, 10 000 sont accompagnées de façon régulière. La relation peut se faire sur plusieurs années, 20, 25 ans. Elle peut aller parfois jusqu'à la fin de vie. Mais l'accompagnement peut aussi revêtir d'autres formes : nous organisons des séjours de vacances, des rassemblements lors de périodes de fêtes, comme le réveillon de Noël ou du Jour de l'an auquel le Premier ministre participe cette année. L'idée maîtresse c'est d'éviter les ruptures de relation en tissant sur le long terme une relation d’alter ego, de personne à personne.
Oui, vraiment. Nous sommes une association de citoyens bénévoles qui agit principalement grâce au don des personnes. C'est un engagement personnel, de temps et d'argent. Notre association est fortement soutenue par le don citoyen et l'engagement sous toutes ses formes. Nous sommes principalement financés par des dons privés – particuliers ou entreprises – à 83 %. Nous avons un peu plus de 176 000 donateurs. L'engagement personnel est une composante forte de l'efficacité de notre action. Les bénévoles sont au nombre de 10 000 et nous sommes très inscrits dans les villes grâce à un maillage fin au sein des quartiers. Le repérage des personnes en situation difficile vient pour moitié des citoyens eux-mêmes, les commerçants, les voisins, les gardiens d'immeubles, voire les bénévoles... L'autre moitié vient d'un repérage institutionnel émanant des professionnels. Nous avons un partenariat extrêmement étroit avec les acteurs de la gérontologie sociale, les centres locaux d'information et de coordination gérontologique (Clic), les centres communaux d'action sociale (Ccas) des villes. Ce sont eux qui nous signalent la présence de personnes en situation d'isolement.
La lutte contre la solitude et l'accompagnement relationnel des personnes fragiles est un élément fondamental pour une société fraternelle. Ce n'est pas seulement un droit, mais aussi une nécessité car il existe une articulation parfaitement repérable entre les situations de solitude et de pauvreté. On peut entrer en solitude parce qu'on est pauvre ou devenir pauvre parce qu'on tombe dans la solitude. Partout où l'accompagnement relationnel se met en place, nous constatons un changement d'ambiance et l'émergence de facteurs de réussite sociale sous toutes ses formes. Il y a une grande différence entre une personne pouvant compter sur des proches et celle qui ne peut pas en bénéficier. Pour cette dernière, la spirale de la chute sociale est un risque majeur. Pour ces personnes, nous constatons toujours que les actions d'accompagnement relationnel auraient pu éviter certaines ruptures et stopper l'engrenage de la chute sociale. Notre attente vis-à-vis du Gouvernement, c'est que soit apportée une vraie politique de soutien à la mobilisation citoyenne pour la lutte contre l'isolement des personnes âgées. Nous agissons pour que la mobilisation de solidarité citoyenne soit facilitée et puisse se déployer à hauteur des enjeux. Elle doit pour cela être portée politiquement, au-delà des seules associations. Aujourd'hui, la cohésion sociale est une priorité, particulièrement dans la période de crise que nous traversons. La cohésion sociale c'est le fait que dans les villes, les quartiers, les villages il y ait un maillage social suffisamment solide et suffisamment soutenant, en particulier pour des personnes fragiles. Ce travail lancé par Mme Delaunay est majeur, il doit aboutir à des propositions concrètes en juin. Nous y mettons un grand espoir. Il doit aussi s’inscrire dans le cadre du Plan quinquennal pour la pauvreté qui sera lancé en janvier. Nous avons interpellé le Premier ministre avec un collectif d'associations, pour que la question centrale de la lutte contre l'isolement y soit traitée. Pour nous, la prise en compte de cette question est essentielle pour mobiliser vers une nouvelle forme de citoyenneté et de soutien des plus fragiles. La problématique de la solitude est extrêmement corrélée à celle de la pauvreté. La mobilisation lancée par Madame Delaunay doit s'inscrire dans le plan contre la pauvreté pour être soutenue dans le temps avec une ferme volonté.
