Depuis le 5 janvier, vous pouvez découvrir derrière le numéro 36 de la rue de Babylone l'un des plus beaux parcs de Paris : le jardin de l'Hôtel de Matignon, résidence du Premier ministre. Ouvert au public le premier samedi de chaque mois, le parc présente des paysages harmonieux imaginés au fil du temps, depuis 1725.
Avec ses trois hectares, le jardin de Matignon est l'un des plus grands de Paris. On doit sa réalisation à deux prestigieux architectes du paysage, d’abord Claude Desgot, neveu et collaborateur d'André Le Nôtre, puis en 1902, Achille Duchêne. Le jardin allie la symétrie du style français et des massifs touffus et variés à l'anglaise.
Le seuil de la porte franchi, on pénètre dans le jardin par une allée de graviers. La première vision est celle du parc aménagé au XIXe siècle. Les bosquets d'arbres denses font penser à la végétation naturelle des forêts. L'une des premières surprises du jardin est la découverte sous un magnolia, dans un tapis de lierre, de deux pierres tombales. Il s'agit de la sépulture d'un chien et d'un chat datant de l'époque où Matignon fut la propriété de l'Ambassade d'Autriche-Hongrie.
Le long du chemin courbe, l'on découvre progressivement les arbres plantés par les Premiers ministres. L'un des plus étonnants pour ses caractéristiques botaniques est le ginkgo biloba, planté en 1992 par Edith Cresson. Apparu il y a 220 millions d'années, cet arbre est extrêmement résistant, c'est le seul qui repoussa sur le sol dévasté par la bombe atomique d'Hiroshima en 1945. Il est également appelé l'arbre aux quarante écus en raison de la couleur dorée que prend son feuillage en automne.
Depuis 1978, douze arbres ont été plantés par les Premiers ministres (voir encadré ci-dessous). "Le choix de l'arbre s’inscrit toujours dans la logique du jardin, en termes de lieu et d’espèce", explique Isabelle Glais, ingénieure horticole, responsable du jardin de Matignon.
De la terrasse de l'hôtel, une magnifique perspective s'ouvre sur le jardin redessiné au XXe siècle par Achille Duchêne. Mandaté par l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, le paysagiste a eu consigne de réaliser une immense pelouse de réception. L'originalité de la réalisation réside dans les six massifs qui servent de coulisses aux festivités en plein air, avec des espaces propices aux appartés. Du temps de l'ambassadeur, une représentation des "Ombres et Lumières" de Gluck et des bals furent organisés. Au gré de la promenade, ces massifs ouvrent et ferment des perspectives différentes sur le parc.
Le hêtre pourpre : le plus vieil arbre de Matignon
A Matignon, pour l'entretien du jardin, l'utilisation de produits chimiques est proscrite. "Par respect de l'écosystème, nous n’utilisons que des engrais organiques et nous faisons du piégeage d’insectes", poursuit Isabelle Glais.
La perspective accélérée de l'allée de tilleuls
Le parcours s'achève par une ultime curiosité, la visite d'une glacière dissimulée sous un monticule de terre. A l'intérieur, des couches successives de glace et de paille permettaient de conserver la glace ramassée en hiver pour la consommer en été.
Depuis le 5 janvier, tous les premiers samedis du mois, découvrez trois siècles d'art des jardins en vous promenant dans le parc de l'Hôtel Matignon.
L’entrée du parc se fera par le 36, rue de Babylone de 13h00 à 17h00 de novembre à mars et de 13h00 à 18h30 d’avril à octobre.
Jean-Marc Ayrault a planté, le 29 novembre, un magnolia grandiflora (2012), un arbre aux feuilles persistantes, arrivé en Europe il y a 300 ans par le port de Nantes.
François Fillon : cornouiller des pagodes (2007).
Dominique de Villepin : chêne pédonculé (2005).
Jean-Pierre Raffarin : arbre de fer (2002).
Lionel Jospin : orme (1997).
Alain Juppé : cercidiphyllum (1996).
Edouard Balladur : érable argenté (1994).
Pierre Bérégovoy : tulipier de Virginie (1992).
Edith Cresson : arbre aux quarante écus (1992).
Michel Rocard : copalme d'Amérique (1988).
Laurent Fabius : chêne de Bourgogne (1984).
Pierre Mauroy : chêne de Hongrie (1983).
Raymond Barre : érable à sucre (1978).
