"La Nouvelle-Calédonie est un laboratoire de la coexistence pacifique entre les cultures différentes"
Après son déplacement au Japon, le Premier ministre a rejoint, le 17 juillet, la Nouvelle Calédonie pour un séjour de deux jours et demi. Par sa présence, il a tenu à réaffirmer, trois semaines après la dernière réunion du Comité des signataires, l'engagement du Gouvernement dans le processus d'émancipation de l'archipel, initié par les Accords de Matignon et de Nouméa. Levée des drapeaux français et kanak, intervention devant le Congrès calédonien et recueillement sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou, ont été les temps forts de ce voyage officiel.
Située à 19 000 km de la métropole et à 2 000 km de l’Australie, la Nouvelle-Calédonie est avec la Polynésie et les îles Wallis et Futuna, l’un des trois territoires français situé dans le Pacifique sud. Cet archipel d’une superficie de 19 000 km² est composé d’une île principale, la Grande Terre, des îles Loyauté - Maré, Ouvéa, Lifou et Tiga – à l’est, de l’île des Pins au sud, des îles Belep au nord et d’une multitude d’îles et îlots inhabités. Sa population éclectique de 250 000 habitants est composée de Kanaks, Européens, Polynésiens, Indonésiens et Vietnamiens.
La visite de François Fillon intervient douze ans après celle qu'avait effectuée Lionel Jospin à l'occasion de la signature de l'Accord de Nouméa. Tout au long de son séjour, le Premier ministre a réaffirmé la fidélité et la loyauté de la France à l'égard de la Nouvelle-Calédonie en évoquant "les moments de tragédie et de fraternité", qui ont marqué l'histoire commune.
Première levée des deux drapeaux
Le Premier ministre s'est ensuite rendu place Bir-Hakeim pour assister aux honneurs militaires et déposer une gerbe au monument aux morts. Durant les deux guerres mondiales, les Calédoniens participèrent à l'effort national : pendant la Première Guerre, un contingent de 2 170 hommes, s'associa au bataillon du Pacifique ; dès 1940, la Nouvelle-Calédonie rallia la France Libre pour combattre sur les fronts d'Afrique du Nord et d'Europe.
Accompagnement de l'Etat dans le transfert des compétences
Cette journée s'est conclue par un autre geste fort : la première prise de parole d'un Premier ministre devant le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. A cette occasion, François Fillon a rappelé que l'Etat maintiendrait son niveau d'engagement financier dans les nouveaux contrats de développement : effort significatif dans un contexte de redressement des finances publiques.
Concernant l'avenir institutionnel de l'archipel : "nul ne le sait, et nul ne peut [le] savoir aujourd'hui", a-t-il déclaré en citant trois hypothèses : "l'indépendance pure et simple", "l'indépendance et un lien qui demeure fort avec la République" ou encore "l'autonomie poussée vers ses limites maximales", estimant qu'il reviendra "aux Calédoniens et à eux seuls" de déterminer l'avenir de l'île. François Fillon a néanmoins précisé que sa préférence allait "au maintien du lien fort" qui unit depuis plus de cent cinquante ans la France et la Nouvelle-Calédonie.
Pour préparer 2014, l'échéance de la sortie de l'Accord de Nouméa, François Fillon a rappelé qu'un bilan d'ensemble du chemin parcouru depuis les Accords de Matignon en 1988 et l'Accord de Nouméa en 1998, sera réalisé par des experts indépendants. L'Etat français "ne cherchera en aucune façon à orienter" l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, a-t-il déclaré.
Sur la question de l'avenir industriel, il a confirmé que l'Etat appuiera avec le Gouvernement de Nouvelle-Calédonie, la mise en valeur des richesses minières et veillera à la stabilité de l'actionnariat d'Eramet, société gestionnaire des actifs.
Recueillement sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou
Sa tournée s’est achevée par l’île de Lifou. Au programme : cérémonie avec les autorités locales et coutumières à la grande chefferie Hnathalo et rencontre avec les élus de la province des Iles Loyauté. A l'hôtel de la province, le Premier ministre a évoqué "le poids de l'histoire commune" rappelant la tragédie de 1988, la prise d’otages d’Ouvéa. Un an plus tard, le 4 mai 1989, la Nouvelle-Calédonie fut à nouveau frappée par le deuil, avec l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné.
Le Premier ministre a évoqué les difficultés que peuvent rencontrer les communautés des Iles Loyauté notamment dans l’accès aux soins, à l’emploi et à la formation. Situation qui justifie à ses yeux, la poursuite des efforts conjoints de l’Etat et de la Nouvelle-Calédonie en termes de rééquilibrage territorial, d’égalité des chances et de cohésion sociale. Trois objectifs actuellement discutés dans l’élaboration des prochains contrats de développement, qui couvriront la période 2011-2013.
Le nickel : une ressource stratégique pour le développement économique de l'archipel
François Fillon s’est rendu, le 19 juillet, sur le site industriel de Vale Inco, situé au sud de l'archipel. Accueilli par le directeur Peter Poppinga, il a visité l’ensemble des infrastructures du complexe de production nickel-cobalt de Vale Inco.
Ce site en construction depuis 2005 s'étend sur 22 hectares et sera à terme, composé de deux usines : l'une hydrométallurgique traitera le minerai et l'autre le retraitement des résidus. L'extraction du nickel nécessite trois étapes : la lixiviation (procédé qui consiste à obtenir une pulpe de minerai après l'ajout d'eau) ; la neutralisation partielle des résidus par l'ajout d'acide sulfurique et l'isolement du nickel et du cobalt après l'ajout d'acide chlorydrique. Ce procédé hydrométallurgique de quatrième génération a notamment l'avantage de consommer moins d'énergie. A pleine capacité, l'usine produira 60 000 tonnes de nickel et près de 5 500 tonnes de cobalt par an. A la fin de sa visite, François Fillon a échangé un geste coutumier avec les autorités coutumières du Sud.
Sa visite officielle s'est achevée par une conférence de presse au centre culturel Tjibaou. Confiant en l'avenir, le Premier ministre a qualifié la Nouvelle-Calédonie de "laboratoire de la coexistence pacifique entre les cultures différentes", rendant hommage aux femmes et aux hommes qui ont su trouver la voie de la sagesse pour construire un avenir commun apaisé dont bénéficieront les jeunes générations.