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"La Nouvelle-Calédonie est un laboratoire de la coexistence pacifique entre les cultures différentes"

20.juillet2010

Après son déplacement au Japon, le Premier ministre a rejoint, le 17 juillet, la Nouvelle Calédonie pour un séjour de deux jours et demi. Par sa présence, il a tenu à réaffirmer, trois semaines après la dernière réunion du Comité des signataires, l'engagement du Gouvernement dans le processus d'émancipation de l'archipel, initié par les Accords de Matignon et de Nouméa. Levée des drapeaux français et kanak, intervention devant le Congrès calédonien et recueillement sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou, ont été les temps forts de ce voyage officiel.

Située à 19 000 km de la métropole et à 2 000 km de l’Australie, la Nouvelle-Calédonie est avec la Polynésie et les îles Wallis et Futuna, l’un des trois territoires français situé dans le Pacifique sud. Cet archipel d’une superficie de 19 000 km² est composé d’une île principale, la Grande Terre, des îles Loyauté - Maré, Ouvéa, Lifou et Tiga – à l’est, de l’île des Pins au sud, des îles Belep au nord et d’une multitude d’îles et îlots inhabités. Sa population éclectique de 250 000 habitants est composée de Kanaks, Européens, Polynésiens, Indonésiens et Vietnamiens.

La visite de François Fillon intervient douze ans après celle qu'avait effectuée Lionel Jospin à l'occasion de la signature de l'Accord de Nouméa. Tout au long de son séjour, le Premier ministre a réaffirmé la fidélité et la loyauté de la France à l'égard de la Nouvelle-Calédonie en évoquant "les moments de tragédie et de fraternité", qui ont marqué l'histoire commune.

L'Accord de Nouméa. Signé le 5 mai 1998 par l'Etat, la droite non-indépendantiste et les indépendantistes, l'Accord établit un nouveau statut pour l'archipel mélanésien en le sortant des territoires d'outre-mer. Dotée d'institutions politiques propres (congrès, gouvernement, sénat coutumier et conseil économique et social) la Nouvelle-Calédonie est devenue compétente depuis le 1er janvier 2000 dans de nombreux domaines auparavant du ressort de l'Etat français. L'Accord de Nouméa prévoit également qu'à partir de 2014, les Calédoniens puissent se prononcer par référendum sur leur avenir institutionnel.

Première levée des deux drapeaux

Pierre Chabaud/Matignon
Pierre Chabaud/Matignon
Dès son arrivée, François Fillon s'est rendu au Haut Commissariat de la République où il a présidé à la levée simultanée du drapeau kanak et du drapeau tricolore. Ce geste hautement symbolique de la reconnaissance d'une double légitimité, intervient deux jours après l'adoption du voeu par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Si la levée de la bannière kanake a été précédée par des chants et des danses traditionnels, c'est avec la Marseillaise que s’est conclue la cérémonie. Symbole des indépendantistes, "le drapeau dessiné par Jean-Marie Tjibaou arbore une flèche faîtière inscrite dans un soleil sur fond bleu, rouge et vert : trois couleurs symbolisant le Pacifique, le sang versé, la terre et la richesse du pays", a commenté le président du Conseil coutumier de la région Hootm'a Whaap.

Le Premier ministre s'est ensuite rendu place Bir-Hakeim pour assister aux honneurs militaires et déposer une gerbe au monument aux morts. Durant les deux guerres mondiales, les Calédoniens participèrent à l'effort national : pendant la Première Guerre, un contingent de 2 170 hommes, s'associa au bataillon du Pacifique ; dès 1940, la Nouvelle-Calédonie rallia la France Libre pour combattre sur les fronts d'Afrique du Nord et d'Europe.

Accompagnement de l'Etat dans le transfert des compétences

Pierre Chabaud/Matignon
Pierre Chabaud/Matignon
En fin de matinée, François Fillon s'est entretenu avec Philippe Gomes, président du Gouvernement calédonien. Les deux hommes ont ensuite signé devant la presse une convention fixant les mesures qui accompagneront les transferts de compétences en matière d'état civil et de droit civil et commercial. Sur le transfert de l'éducation, prévu en 2012, les deux parties ont engagé des discussions.

Cette journée s'est conclue par un autre geste fort : la première prise de parole d'un Premier ministre devant le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. A cette occasion, François Fillon a rappelé que l'Etat maintiendrait son niveau d'engagement financier dans les nouveaux contrats de développement : effort significatif dans un contexte de redressement des finances publiques.

17.juillet2010

Préparer 2014, c’est concevoir et négocier un système institutionnel calédonien

François Fillon s’est exprimé, le 17 juillet, devant les élus du Congrès de la Nouvelle- Calédonie en présence d’Yves Dassonville, haut commissaire de la République et d’Harold Martin président du Congrès de Nouvelle-Calédonie.

Engagée depuis 1998 dans un processus de décolonisation par étapes, la Nouvelle-Calédonie décidera de son avenir institutionnel par un référendum d’auto-détermination entre 2014 et 2018. Douze ans après la signature de l'Accord de Nouméa, c’est la première fois qu’un Premier ministre se déplace en Nouvelle-Calédonie. C’est aussi la première fois qu’un Premier ministre prend la parole devant le Congrès. Cet événement hautement symbolique témoigne des avancées significatives, réalisées lors du dernier comité des signataires qui s’est tenu à Matignon, le 24 juin dernier.

Préparer cette échéance "c’est se mettre en capacité, le moment venu, de proposer aux Calédoniens, qui seuls décideront, une solution autour de laquelle ils puissent se retrouver et se rassembler", a affirmé François Fillon.

Dès son arrivée en provenance du Japon, le Premier ministre s’était rendu au Haut Commissariat de la République pour présider la cérémonie de la levée des deux drapeaux, le drapeau national et le drapeau kanak, emblème du FLNKS. Désormais, les deux étendards flotteront côte à côte, sur tous les édifices publics de l’archipel.

Concernant l'avenir institutionnel de l'archipel : "nul ne le sait, et nul ne peut [le] savoir aujourd'hui", a-t-il déclaré en citant trois hypothèses : "l'indépendance pure et simple", "l'indépendance et un lien qui demeure fort avec la République" ou encore "l'autonomie poussée vers ses limites maximales", estimant qu'il reviendra "aux Calédoniens et à eux seuls" de déterminer l'avenir de l'île. François Fillon a néanmoins précisé que sa préférence allait "au maintien du lien fort" qui unit depuis plus de cent cinquante ans la France et la Nouvelle-Calédonie.

Pour préparer 2014, l'échéance de la sortie de l'Accord de Nouméa, François Fillon a rappelé qu'un bilan d'ensemble du chemin parcouru depuis les Accords de Matignon en 1988 et l'Accord de Nouméa en 1998, sera réalisé par des experts indépendants. L'Etat français "ne cherchera en aucune façon à orienter" l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, a-t-il déclaré.

Sur la question de l'avenir industriel, il a confirmé que l'Etat appuiera avec le Gouvernement de Nouvelle-Calédonie, la mise en valeur des richesses minières et veillera à la stabilité de l'actionnariat d'Eramet, société gestionnaire des actifs.

Recueillement sur la tombe de Jean-Marie Tjibaou

Pierre Chabaud/Matignon
Pierre Chabaud/Matignon
Au deuxième jour de sa visite, le Premier ministre s’est déplacé auprès des populations kanakes du nord de la Grande Terre. Il s’est d’abord rendu dans la tribu de Tiendanite pour rendre hommage à l’indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, assassiné en 1989. Après s’être recueilli sur sa tombe aux côtés de sa veuve Marie-Claude, il a planté un pin colonnaire aux côtés de ceux plantés précédemment par Michel Rocard et Lionel Jospin.

Sa tournée s’est achevée par l’île de Lifou. Au programme : cérémonie avec les autorités locales et coutumières à la grande chefferie Hnathalo et rencontre avec les élus de la province des Iles Loyauté. A l'hôtel de la province, le Premier ministre a évoqué "le poids de l'histoire commune" rappelant la tragédie de 1988, la prise d’otages d’Ouvéa. Un an plus tard, le 4 mai 1989, la Nouvelle-Calédonie fut à nouveau frappée par le deuil, avec l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou et de Yeiwéné Yeiwéné.

Le Premier ministre a évoqué les difficultés que peuvent rencontrer les communautés des Iles Loyauté notamment dans l’accès aux soins, à l’emploi et à la formation. Situation qui justifie à ses yeux, la poursuite des efforts conjoints de l’Etat et de la Nouvelle-Calédonie en termes de rééquilibrage territorial, d’égalité des chances et de cohésion sociale. Trois objectifs actuellement discutés dans l’élaboration des prochains contrats de développement, qui couvriront la période 2011-2013.

Le nickel : une ressource stratégique pour le développement économique de l'archipel

Pierre Chabaud/Matignon
Pierre Chabaud/Matignon
Depuis vingt ans, la Nouvelle-Calédonie a su capitaliser sur sa richesse naturelle : le nickel. Grâce à ses installations industrielles performantes du Sud et le chantier au Nord de Koniambo, elle est en passe de devenir le deuxième producteur mondial.

François Fillon s’est rendu, le 19 juillet, sur le site industriel de Vale Inco, situé au sud de l'archipel. Accueilli par le directeur Peter Poppinga, il a visité l’ensemble des infrastructures du complexe de production nickel-cobalt de Vale Inco.

Ce site en construction depuis 2005 s'étend sur 22 hectares et sera à terme, composé de deux usines : l'une hydrométallurgique traitera le minerai et l'autre le retraitement des résidus. L'extraction du nickel nécessite trois étapes : la lixiviation (procédé qui consiste à obtenir une pulpe de minerai après l'ajout d'eau) ; la neutralisation partielle des résidus par l'ajout d'acide sulfurique et l'isolement du nickel et du cobalt après l'ajout d'acide chlorydrique. Ce procédé hydrométallurgique de quatrième génération a notamment l'avantage de consommer moins d'énergie. A pleine capacité, l'usine produira 60 000 tonnes de nickel et près de 5 500 tonnes de cobalt par an. A la fin de sa visite, François Fillon a échangé un geste coutumier avec les autorités coutumières du Sud.

Sa visite officielle s'est achevée par une conférence de presse au centre culturel Tjibaou. Confiant en l'avenir, le Premier ministre a qualifié la Nouvelle-Calédonie de "laboratoire de la coexistence pacifique entre les cultures différentes", rendant hommage aux femmes et aux hommes qui ont su trouver la voie de la sagesse pour construire un avenir commun apaisé dont bénéficieront les jeunes générations.

19.juillet2010

La Nouvelle-Calédonie peut compter sur l’engagement sans faille et la loyauté de l’Etat

François Fillon a conclu, le 19 juillet, sa visite officielle de trois jours en Nouvelle-Calédonie par une conférence de presse au centre culturel Tjibaou. Le Premier ministre a réaffirmé que l’Etat sera garant de la mise en œuvre des Accords de Nouméa "dans l’esprit de la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur". François Fillon a redit sa confiance dans l’avenir de la Nouvelle-Calédonie qui se "donne tous les moyens de sortir des Accords de Nouméa". Afin que cette sortie ne soit pas une fin en soi mais une nouvelle étape dans la recherche d’un avenir partagé, le Premier ministre souhaite que "la Nouvelle-Calédonie veille à entretenir l’esprit de consensus, qui a jusqu’à présent, fait la force du processus de Matignon-Nouméa".


19.juillet2010

Le Gouvernement reste attaché à la stabilité de l’actionnariat d’Eramet

A l’issue de la conférence de presse, le Premier ministre a répondu à des questions. Concernant la société Eramet dont les activités sont réparties en trois branches, nickel, manganèse et alliages, François Fillon a assuré que l’Etat prendra toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que "le capital reste stable". Plusieurs pistes sont envisagées : participation accrue du Gouvernement calédonien ou de l’Etat français. Le Premier ministre a également rappelé le projet de la création d’un pôle minier, destiné à assurer une sécurité stratégique aux sources minières.