Intervention du Premier ministre à la clôture des Etats généraux des chambres de commerce et d'industrie (1re partie)
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les élus,
Lorsque votre président, Jean-François Bernardin, m'a demandé de venir conclure vos états généraux, je n'ai pas hésité un instant, parce que je pense que c'est ici avec vous que l'on peut bâtir ensemble les meilleures réponses à la crise économique que nous rencontrons.
Je voulais aller à votre rencontre, je voulais vous voir, je voulais vous dire que dans l'épreuve que traverse notre pays, nous avons besoin de votre engagement, nous avons besoin de votre relais, nous avons besoin de votre expérience, de votre capacité à nous aider à redresser et à relancer l'économie française.
Nous avons besoin de celles et de ceux qui savent que le retour de la croissance ne dépend pas que de l'extérieur. Il dépend aussi de nous ! Et vous le savez mieux que quiconque, il dépend de notre courage, il dépend de notre imagination, il dépend de notre capacité à nous serrer les coudes.
Il dépend aussi de nos valeurs, parce que dans les difficultés, les vertus qui animent les peuples ont autant de prix que les mesures réglementaires qui sont prises : la valeur du travail, la valeur du mérite, la valeur de l'effort doivent plus que jamais dans ces circonstances animer notre pays.
Et plus que jamais, j'en appelle aussi à la valeur de l'audace.
Nous avions, et vous l'avez dit monsieur Bernardin, une situation économique depuis des années qui se caractérisait par des performances moins bonnes que la plupart de nos voisins. Nous savions tous pourquoi, parce que nous n'avions pas le courage d'accomplir jusqu'au bout les réformes nécessaires. En 2007, on a essayé avec le président de la République de proposer un choix clair aux Français, c'est-à-dire de leur présenter sans détour, ce que l'on voulait faire et de s'engager à le faire. Je me souviens que je me suis battu pendant des années pour expliquer à nos concitoyens que la crise de confiance qui minait la vie politique française, et qui affaiblissait notre pays était justement due au fait que, depuis des années, les majorités se succédaient sans jamais mettre en œuvre les projets politiques pour lesquelles elles étaient élues.
En 1997, la gauche a conduit une bataille terrible contre la privatisation des télécommunications. Et pendant toute la campagne législative, ses orateurs se succédaient sur les tribunes pour dire : la première chose qu'on fera en arrivant, c'est l'abrogation des lois qui ont ouvert à la concurrence les télécommunications et qui permettent la privatisation de France Télécom. Les Français les ont choisis, deux mois plus tard - deux mois plus tard ! -, ils mettaient sur le marché les premières actions de France Télécom. Ils ont eu raison, ce n'est pas moi qui vais les en blâmer, mais je dis simplement qu'ils ont fait exactement le contraire de ce pour quoi ils avaient fait campagne. Et quelque temps plus tard, en 2002, nous-mêmes, nous avons fait campagne sur un slogan "il faut en finir avec les 35 heures", "il faut rétablir la valeur du travail". Franchement, on n'a pas fait grand-chose ensuite pour rétablir la valeur du travail et pour annuler les effets dévastateurs des 35 heures.
Le retour de la confiance passe d'abord par le respect scrupuleux des engagements qui ont été pris devant les Français.
Sous l'impulsion du président de la République, nous avons donc engagé une politique volontariste pour mettre en œuvre cette rupture, bien des réformes qu'on disait autrefois "impossibles" ou "trop risquées" ont été engagées. On peut nous reprocher beaucoup de choses, mais on ne peut pas nous reprocher de faire ce que nous avons dit. On ne peut pas nous reprocher d'avoir remis le travail au centre de tous les enjeux de la société française. On ne peut pas nous reprocher d'avoir entamé enfin La réforme profonde de notre pays.
Avec ce sursaut national qui avait tellement tardé, nous avons commencé à nous arracher au passé. Et voilà que nous sommes brutalement projetés au cœur de la première crise financière et économique du XXIe siècle.
Cette crise est une véritable césure historique.
Elle marque les limites d'un capitalisme financier déséquilibré et déconnecté des réalités.
Elle dévoile une mondialisation qui cherche ses repères, c'est-à-dire qui cherche en réalité la régulation dont elle a besoin pour être facteur de progrès.
Elle pousse l'Europe, qui avait été pendant tellement longtemps impuissante face à l'évolution du monde, à se ressaisir.
Elle consacre une légitimité renouvelée pour l'Etat, que certains avaient complètement enterrée et voulaient voir disparaître.
Elle rehausse le statut des vrais entrepreneurs, c'est-à-dire des entrepreneurs qui se battent pour créer des richesses et pour créer des emplois.
Il faut que nous inventions des nouveaux modes de régulation, de nouvelles normes juridiques et comptables. On a vu dans cette crise que certaines des normes juridiques et comptables qu'on avait nous-mêmes bâties avaient un effet entraînant, un effet aggravant sur la crise financière. Il faut mieux réglementer le système bancaire et les marchés financiers : tout cela est à revoir.
Il y a des dérives profondes à enrayer. La dilution des responsabilités, l'obsession du court terme, l'oubli de l'économie réelle, dont vous parliez à l'instant, monsieur le président. Tout cela est à corriger !
Nous vivons, et vous l'avez vous-même souligné avec beaucoup de force, la première grande crise de la mondialisation. On a eu, encore récemment avec la crise asiatique, des crises mondiales, mais aucune n'a eu le même effet aussi puissant, au même moment, sur l'ensemble des économies du monde.
Vous disiez, Monsieur le président, que vous refusiez de voir la France reléguée en deuxième division.
Vous avez raison.
Je pense que la vocation de la France n'est pas là. Je pense même - pardon si c'est, comment dirais-je, une sorte de prétention de ma part - que la France ne peut pas être elle-même si elle n'est pas aux premières places. Voilà, c'est comme ça. Il y a des pays qui sont faits comme ça, qui ont cette culture, qui ont cette histoire, et qui, quand ils ne sont pas aux premiers rangs, sont malheureux et ne donnent plus alors toute la puissance de leur génie propre.
A vous qui êtes les représentants des Chambres de commerce et d'industrie, je veux d'abord vous dire que nous avons besoin des entreprises pour aller chercher la croissance.
Franchement, il y a des pays où dire ça, ça paraîtrait enfoncer des portes ouvertes. Mais chez nous, il faut mieux le répéter plusieurs fois, parce qu'il y a encore beaucoup de gens qui ne l'ont pas compris. Nous avons besoin des entrepreneurs, nous avons besoin de tous ceux qui, comme vous, veulent agir pour le succès de leur entreprise, parce que le succès de l'entreprise, pour nous, n'est pas dissociable de l'intérêt général.
Oui, je parle d'intérêt général, et je n'accepte pas le discours de ceux qui voient dans les entrepreneurs les prétendus adversaires des salariés parce que les entrepreneurs travaillent pour la France, autant qu'ils travaillent pour eux-mêmes.
Pas plus, je le dis, que je n'accepte les excès financiers ou boursiers de quelques-uns qui viennent occulter l'engagement quotidien de tous les chefs d'entreprise.
L'entrepreneur, c'est celui qui prend des risques mais c'est aussi celui qui les assume.
C'est celui qui invente, c'est celui qui innove, c'est celui qui crée quelque chose là où il n'y avait rien.
C'est celui qui investit, c'est celui qui défriche, c'est celui qui emploie.
Une nation sans entrepreneurs, c'est une nation qui est vouée au déclin.
En revanche, une société qui rend hommage à ses entrepreneurs, c'est une société qui croit en l'avenir.
Cet avenir, mes chers amis, nous devons le bâtir ensemble.
Nous sommes faits pour travailler de concert !
Les CCI sont les partenaires des pouvoirs publics. Elles doivent jouer tout leur rôle dans la réforme de notre pays.
Elles doivent même être en tête de la bataille contre la crise.
La violence de cette crise, son ampleur, sa complexité, nous ont placés dans l'urgence.
Il a donc fallu, avec le président de la République, avec le Gouvernement, que nous prenions un très grand nombre de décisions rapidement, et des décisions qui avaient des conséquences considérables. Des décisions que dans des circonstances normales, on aurait mis des mois ou des années à prendre.
Mais nous avons fait la démonstration que dans cette crise, ce qui était le plus efficace, c'était le fait d'agir massivement, d'agir rapidement et d'agir de façon coordonnée.
Et la démonstration en a été donnée par le plan de sauvetage de notre système financier. C'est parce que, avec les Allemands, avec les Britanniques, avec l'ensemble des Européens, nous avons proposé ensemble un plan massif de sauvetage des banques européennes. Parce que nous avons été les premiers à dire en France, en Europe, il n'y aura pas de faillite de banques, parce que l'Etat ne le permettra pas. C'est pour cela que nous avons réussi à enrayer rapidement la crise financière, en tout cas dans ces conséquences les plus graves, alors même qu'aux Etats-Unis ou pour des raisons politiques liées aux élections présidentielles, le temps qu'a mis l'administration à exécuter le fameux plan Paulson n'a pas empêché le déroulement de cette crise financière qui aurait été beaucoup moins grave, si les mesures qui ont été prises aux Etats-Unis, l'avaient été aussi vite, aussi rapidement et aussi massivement que celles que nous avons conduites.
La Commission de Bruxelles a enfin donné hier son feu vert à notre plan de recapitalisation des banques, nous sommes donc maintenant parfaitement en ordre de marche pour permettre au système bancaire de fonctionner normalement.
Nous veillons, et nous veillerons jour après jour, à ce que les banques tiennent leurs engagements !
Notre plan de relance, mesdames et messieurs, c'est un plan d'investissement. Non seulement pour tenir le choc de la crise, mais parce que nous voulons aussi que quand la France sortira de cette crise, elle soit plus forte que quand elle y est entrée.
Notre choix est clair : c'est l'investissement, l'investissement, et l'investissement qui est la réponse à la crise. L'investissement au service de la modernisation, l'investissement au service de la compétitivité de notre pays.
Alors, bien sûr, il y avait une autre solution qui nous est proposée tous les jours, c'était la relance de la consommation. Outre le fait que la relance de la consommation dans une circonstance où l'inflation est à la baisse, et où les taux d'intérêts sont à la baisse, aurait eu bien peu d'effet sauf de booster les importations, c'est-à-dire de créer du travail à l'extérieur, cette relance de la consommation, nous savons surtout qu'elle se serait terminée comme toutes les relances de la consommation dans notre pays, par un plan de rigueur. A chaque fois qu'il y a eu une relance par la consommation massive en France, deux ans après, il y a eu un vrai plan de rigueur. Et je veux rappeler l'expérience malheureuse de 1981, que nous avons mis près de dix ans à digérer.
L'expérience de 1981 c'était la relance par la consommation.
On crée des dizaines de milliers d'emplois publics, on essaie de relancer l'activité en revalorisant massivement les salaires et les prestations sociales, déjà on réduit le temps de travail et l'âge de la retraite, et on nationalise une partie de l'économie du pays.
Le résultat, c'est une augmentation sans précédent chômage, c'est un déficit extérieur qui s'est creusé, un déficit public qui a plongé, une inflation qui a continué de croître et une monnaie qui s'est effondrée.
La réalité, c'est que non seulement ce plan n'était pas supportable par l'économie de notre pays, mais il était en plus en décalage complet avec les politiques qui étaient menées à l'époque par nos partenaires commerciaux. Il a pénalisé l'emploi, il a écrasé la compétitivité des entreprises françaises.
Deux ans plus tard, la majorité de l'époque en a tiré les conséquences, avec une politique inverse, la rigueur, gel des salaires, une hausse du chômage et des taux d'intérêt élevés pour soutenir la monnaie et pour contenir l'inflation. Je le dis, on a mis dix ans à se guérir de cette mauvaise politique qu'était la relance pour la consommation.
Alors nous avons choisi une autre stratégie. Cette stratégie, elle repose sur l'investissement. Et l'investissement, ce sont les entreprises.
Les banques se sont engagées à ne pas réduire, sauf situation exceptionnelle, l'enveloppe globale des encours de leurs entreprises clientes, sans augmenter les garanties personnelles.
Je vous le dis, les Chambres de commerce sont des relais pour le faire, si vous avez connaissance de situations inacceptables, je vous demande d'encourager les entreprises à saisir le médiateur du crédit. Les encours de créances des banques, à fin la d'octobre, seront publiés demain, en même temps que les premières statistiques du médiateur. Ce sera donc le premier test, à la fois de l'efficacité du plan qui a été mis en place et du respect des engagements par les établissements financiers.
Nous sommes, monsieur le président, à l'écoute, nous sommes attentifs aux informations qui nous remontent des préfectures, des représentants des entreprises et bien entendu, au premier rang d'entre elles, des CCI.
Nous avons entendu vos craintes s'agissant des tensions sur la trésorerie des entreprises.
Nous avons décidé d'accélérer le remboursement par l'Etat des créances des entreprises sur le Trésor public. En avril dernier, j'avais demandé que les délais de paiements de l'Etat soient plafonnés à 30 jours. J'ai invité les collectivités locales à faire de même.
Je ne suis pas sûr, pour l'instant, d'avoir été parfaitement entendu, mais enfin, on va continuer les efforts. Je pense que quand tout le monde sera passé à trente jours, quand l'ensemble du pays sera passé à trente jours, il faudra bien que les collectivités locales comprennent que c'est l'intérêt général que de payer ses fournisseurs dans un délai de trente jours.
Nous avons proposé une réduction progressive des délais de paiement, à commencer par 40 jours au 1er janvier avant de converger sur 30 jours au 1er juillet 2009. Je pense que les collectivités locales ne peuvent pas faire moins vis-à-vis de leurs fournisseurs !
Nous avons décidé, dans le cadre du plan de relance, de rembourser aux entreprises, dont la plus grande partie sont des PME, 11,4 milliards d'euros que l'Etat leur doit au titre de divers soldes d'impôts, comme le crédit impôt recherche, les reports en arrière de l'impôt sur les sociétés.
Enfin, le remboursement des crédits de TVA va être mensualisé. Cette mesure que vous attendiez depuis longtemps aura un impact positif sur la trésorerie des entreprises de l'ordre de 3,6 milliards d'euros.
Nous allons doubler les moyens d'OSEO pour lui permettre de garantir des transformations de crédits court terme en moyen ou long terme, à hauteur de 2 milliards d'euros.
En lien avec les besoins de financement créés par la réduction des délais de paiement interentreprises, OSEO aura une capacité d'intervention supplémentaire de financements à court terme de 2 milliards d'euros.
Et nous voulons que les entreprises de taille moyenne, les entreprises qui dépassent les 250 salariés mais qui ne sont pas au CAC 40, aient aussi accès aux garanties d'OSEO.
Nous vous avons entendus quand vous nous avez dit que les assureurs-crédit prenaient des décisions trop mécaniques. Quand une cotation est dégradée, c'est évidemment le crédit fournisseur qui se tend !
Avec Christine Lagarde, qui a dû vous le dire ce matin, nous mettons en place un système de réassurance publique. Le médiateur du crédit traitera au cas par cas les dossiers les plus difficiles dans ce domaine.
Mais nous n'allons pas nous contenter de ces mesures. Nous savons qu'il faut aller plus loin.
Aujourd'hui, beaucoup d'entreprises de bonne foi se retrouvent en grande difficulté et ont du mal à honorer leurs impôts et leurs charges sociales, du fait simplement des difficultés de trésorerie passagères. Le non-paiement des dettes publiques entraîne automatiquement l'inscription de privilèges, ce qui place l'entreprise dans des difficultés encore plus grandes. Et cela même si vous avez négocié des délais de paiement avec le comptable public !
Et bien, pour moi une entreprise, qui a anticipé ses difficultés, une entreprise qui a négocié des délais de paiement une entreprise qui respecte son plan d'apurement, ça n'est pas une entreprise qui est en situation de défaut !
Et j'ai donc demandé à Eric Woerth de déposer un amendement au projet de loi de finances rectificative pour 2008, qui est examiné en ce moment même au Parlement, afin d'exempter le comptable public de l'obligation de publier l'inscription du privilège du Trésor lorsqu'un plan d'apurement des dettes a été octroyé par le créancier public. Le délai d'inscription, sera par ailleurs allongé de 6 mois à 9 mois, pour laisser le temps nécessaire à la négociation de ces plans.







