Skip to Content

François Fillon plaide pour la rénovation de la gouvernance de la zone euro

11.mars2010
Angela Merkel et François Fillon à Berlin, le 10 mars 2010. Photo : AFP
Angela Merkel et François Fillon à Berlin, le 10 mars 2010. Photo : AFP

Le Premier ministre, en déplacement dans la capitale allemande, s'est exprimé le 10 mars à l'université Humboldt de Berlin avant de rencontrer Angela Merkel dans l'après-midi. Pour François Fillon, le nouveau consensus franco-allemand – face à la crise économique, sur la régulation financière ou l'environnement – constitue un atout décisif pour faire progresser l'Europe. Il souhaite une rénovation des mécanismes de surveillance de la zone euro et a appelé les pays de l'UE à mettre en place d’urgence un gouvernement économique européen.

"Le principal défi concerne le risque de croissance faible en Europe, alors que les instruments publics de soutien à l’activité voient leur efficacité commencer à décliner", a souligné le Premier ministre en déplacement à Berlin, rappelant que le taux de croissance prévu par la Commission européenne pour 2010 est de 0,7 % pour la zone euro.

Le Premier ministre a évoqué les incertitudes qui persistent sur l’assainissement des marchés financiers. "Tous les comportements anciens n’ont pas disparu", a-t-il déclaré. "Les bonus menacent de redevenir indécents si nous ne sommes pas extrêmement vigilants. Le marché des dérivés échappe encore largement à tout contrôle, particulièrement en Europe, comme on l’a bien vu ces dernières semaines."

Le nouveau consensus franco-allemand, un atout décisif

Face à ces enjeux, "le nouveau consensus franco-allemand constitue un atout décisif", a-t-il déclaré, alors que les stratégies des deux pays convergent dans les domaines essentiels : coopération étroite pour préserver la stabilité de la zone euro ; action en faveur du renforcement de la supervision et de la régulation financière en Europe ; stratégie économique cohérente, axée dans les deux pays sur la "remise en ordre des finances publiques" et des "mesures structurelles en faveur de la compétitivité" (1) ; priorité donnée à la sécurité énergétique et à la lutte contre le réchauffement climatique.

Un devoir de solidarité de la zone euro envers la Grèce

La Grèce doit prendre des décisions courageuses pour rétablir durablement ses finances publiques et "s’est engagée résolument (dans cette voie), conformément à ce que lui a demandé le Conseil européen". "Mais les Etats membres de la zone euro ont également un devoir de solidarité envers ce pays", a souligné François Fillon. "Il n'est pas acceptable que la Grèce soit poussée vers la crise par l’action de quelques spéculateurs, qui après avoir failli faire s’écrouler le système financier, décideraient maintenant de s’en prendre à quelques Etats", a ajouté le Premier ministre.

"Si la nécessité s’en fait ressentir, nous devons donc être prêts à intervenir. Nous devons également, sans attendre, renouveler nos efforts pour mieux encadrer certains marchés de produits dérivés dont le fonctionnement s’écarte des règles les plus élémentaires de transparence et génère des abus."

"Il va de soi que l’Allemagne et la France, qui sont à l’origine de l’euro, ont une responsabilité particulière (…). Le rapprochement entre nos deux pays va au-delà de l’épisode de la crise, a poursuivi François Fillon. Nous voulons offrir à l’espace européen une réelle gouvernance."

Rénover la gouvernance de la zone euro

Renforcer la surveillance mutuelle dans la zone euro est nécessaire mais ne sera pas suffisant. L’euro crée une communauté de destin entre les pays qui l’ont adopté. Les difficultés d’un Etat membre de la zone sont les difficultés de tous (...) Nous devons donc avoir à notre disposition des moyens adaptés de réponse en cas de difficultés économiques ou financières d’un Etat membre de la zone euro.
François Fillon, le 10 mars 2010

En Europe, "la zone euro traverse des turbulences, qui mettent en évidence un défaut de surveillance crédible et un manque de moyens d’action : faille dans la fiabilité des statistiques, défaut de contrôle de l’évolution de la compétitivité, faible suivi des engagements pris", a déclaré le Premier ministre.

"Au cœur de cette surveillance, il y aura toujours le pacte de stabilité et de croissance", qui institue "la discipline collective entre Etats membres", a précisé François Fillon. Mais les mécanismes de surveillance de la zone euro doivent être rénovés. "Notre surveillance a été, par le passé, trop étroite et insuffisamment efficace. Nous avons concentré notre examen sur les situations budgétaires des pays et leur endettement public."

Il faudra à l'avenir "disposer d’un outil prédictif analysant les menaces qui pèsent sur les finances publiques". La nouvelle surveillance devra s'exercer aussi sur les déséquilibres de nos modèles de croissance, notamment les "problèmes de compétitivité, de balance des paiements courants et de soutenabilité de l’endettement privé". "La crise nous a enseigné que les bulles d’endettement privé pouvaient très rapidement être transférées sur le bilan de l’Etat et la dette publique", a rappelé François Fillon.

Des moyens de réponse adaptés en cas de difficultés d'un Etat membre

"Renforcer la surveillance mutuelle est nécessaire mais ne sera pas suffisant", a ajouté le Premier ministre. La zone euro doit disposer de "moyens de réponse adaptés en cas de difficultés économiques ou financières d’un Etat membre de la zone euro". François Fillon demande que l'idée d'un "Fonds monétaire européen" soit "expertisée rapidement pour compléter les moyens dont la zone euro et ses membres peuvent disposer pour répondre à des tensions financières susceptibles de menacer la stabilité monétaire". "Cette forme de soutien n’est acceptable que si les Etats qui sont confrontés à des difficultés financières font, en parallèle, tous les efforts nécessaires pour résoudre leurs problèmes structurels et rétablir leurs comptes", a-t-il précisé.

Pour la mise en place d'un gouvernement économique de l'UE
Au-delà de la zone euro, pour que l’UE échappe au risque de "croissance molle ", l'Europe a besoin d'un "gouvernement économique européen". "Il existe désormais un consensus historique entre l’Allemagne et la France sur la voie à suivre", a souligné François Fillon. Objectif : mettre tous les moyens de l’Union européenne au service de la croissance et de l’emploi, "une croissance équilibrée qui doit s’appuyer à la fois sur les exportations et sur la demande interne, y compris bien sûr les investissements". La réalisation de cet objectif nécessitera avant tout "une meilleure coordination des politiques économiques des Etats membres", mais cette coordination "doit s’accompagner d’une plus grande exigence collective à l’égard de l’efficacité de nos politiques communes" gérées depuis Bruxelles. "Ce sont les deux faces d’une même stratégie".

Le Premier ministre a souligné à cet égard cinq points à améliorer :
• "la politique commerciale de l’UE pourrait mieux tenir compte des intérêts de nos entreprises et essayer d’obtenir une ouverture réciproque des marchés, et en particulier des marchés publics" ;
• "les crédits européens de recherche et d’innovation pourraient être utilisés de manière moins dispersée et moins bureaucratique, pour aider véritablement les entreprises et laboratoires à rester dans la course mondiale des nouvelles technologies" ;
• "la politique industrielle européenne devrait favoriser l’émergence d’acteurs européens compétitifs dans le monde, notamment dans les domaines d’avenir comme le véhicule électrique" ;
• "la politique européenne de concurrence devrait mieux tenir compte de l’environnement international dans lequel vivent nos entreprises" ;
• "il est temps de parler avec la Banque centrale de politique de change, cela sans remettre en cause son indépendance, afin que dans le respect de ses missions de stabilité des prix, la parité de l’euro ne soit pas un frein à la croissance."

(1) François Fillon a cité, pour la France : la réforme des universités, le nouveau crédit impôt recherche, la suppression de la taxe professionnelle, la réforme des retraites ou encore l'emprunt national.