25 octobre 2017

Pourquoi il faut aller voir le film "Numéro Une"

Un article publié par Florence Méaux, Déléguée aux cadres dirigeants
 

Il faut aller voir le film "Numéro Une" parce que, servi par de bons acteurs et un scénario qui tient la route, ce film nous fait revisiter avec bonheur tout ce que l'on connaît déjà sur la difficile accession des femmes aux postes les plus élevés et met en lumière avec subtilité plusieurs questions complexes qui se posent aux femmes comme aux hommes dans leur relation au pouvoir.

Ce que l'on connaît déjà

Le plafond de verre qui bloque l'accession à la dernière marche

Membre du COMEX d'une grande entreprise, parlant couramment chinois et réussissant tout ce qu'elle entreprend, Emmanuelle se voit offrir en échange de ses compétences et de ses résultats le poste de DRH - qui est certes un poste magnifique, mais ne correspond pas à ce qui est pertinent pour elle dans un déroulement de carrière où elle a tout pour franchir la dernière marche.

Le réseau de femmes qui à un moment fait tout basculer

Sans lui rien n'est possible, c'est au départ dans l'énergie d'autres femmes qu'elle va puiser une ambition qu'elle n'aurait pas conçue seule, ne s'en sentant pas capable.

L'inhospitalité du monde masculin

Le film montre à maintes reprises de façon concrète comment la parole des femmes et l'affichage de leurs ambitions ne sont pas les bienvenues dans un univers où elles sont rares. Silences gênés, plaisanteries ou franche hostilité les accompagnent le plus souvent.

L'aide indispensable des hommes

Pourtant ce sont deux hommes qui finiront le travail du réseau féminin en aidant Emmanuelle à atteindre son objectif parce qu'ils y ont un intérêt ou parce qu'ils veulent prendre part à une évolution inexorable de notre société. La réussite des femmes ne peut pas se faire contre les hommes.

Des questions qui restent ouvertes

La supposée fragilité des femmes est-elle une entrave à la conquête du pouvoir ?

Le film ne fait pas de concession aux fragilités d'Emmanuelle. Elle a déjà fait un burn out, une cure de sommeil, connaît des difficultés de couple, de mère. Lorsqu'elle doit licencier un collaborateur qu'elle apprécie, elle pleure et elle s'effondre quand la presse la critique, jusqu'à abandonner la bataille. Mais les hommes ne sont-ils pas fragiles aussi? Son principal détracteur pleure en écoutant Tosca et est malheureux en amour. Tous les êtres humains ont des fragilités, ce n'est pas la fragilité des femmes qui les empêche d'être nommées aux plus hauts postes, c'est le manque de soutien.

La dureté des sphères de pouvoir est-elle inéluctable ?

En contrepoint de cette fragilité, ce qui frappe dans le film c'est la dureté - parfois un peu caricaturée : dureté de l'ascension, dureté du maintien. Une fois arrivée, il sera peut-être encore plus difficile pour Emmanuelle de se maintenir au sommet. "Tu seras scrutée dans toutes tes actions et tes congénères t'en voudront pour les erreurs que tu feras". Quel programme. Les règles du jeu régissant les sphères de pouvoir changeront-elles avec l'arrivée d'un plus grand nombre de femmes? On ne peut guère le prédire avec certitude. Mais ce qui est sûr, c'est qu'en deçà de 30 pourcent de représentativité, ce sont les codes actuels qui perdureront. C'est la raison pour laquelle je suis et demeure favorable aux politiques de quotas qui accélèrent les changements culturels.

Pour devenir cadre dirigeant ne faut-il pas prendre le pouvoir sur soi ?

Il y a enfin une réflexion philosophique sur le sens que chacun choisit de donner à sa vie - tout le monde heureusement n'a pas envie de devenir un grand dirigeant cf. les échanges savoureux d'Emmanuelle avec son père professeur de philosophie - et sur la capacité de chacun à dépasser les traumatismes qui entravent la réalisation de soi. Le jour où l'héroïne accepte la mort prématurée de sa mère, elle se libère et devient capable d'écrire sa propre histoire. Savoir qui on est et prendre le pouvoir sur soi voilà assurément deux commandements pour tout(e) futur(e) cadre dirigeant(e)!