Pierre Messmer

Fervent défenseur du gaullisme, ministre des Armées du général de Gaulle pendant près de dix ans, Pierre Messmer a été nommé Premier ministre en 1972 par Georges Pompidou. L’ancien gouverneur des colonies et grand officier de la France libre dirige trois gouvernements successifs. Son mandat se poursuit sous la présidence par intérim d'Alain Poher et prend fin en mai 1974.
 
Pierre Messmer dans la cour de l'Elysee
Le président de la République détermine les grandes orientations de la politique nationale et veille à leur mise en œuvre… Le Premier ministre conduit l’application de cette politique et en répond devant le président et l’Assemblée nationale. Il ne saurait exister de hiérarchie au sommet.
Pierre Messmer
 
Bio express
 
  • Né le 20 mars 1916 à Vincennes (Val-de-Marne) et décédé le 29 août 2007
  • Résistant et compagnon de la Libération
  • Profession : administrateur en Outre-mer (1950)
  • Partis politiques : UNR - UDR - RPR
  • Ministre des Armées (1960-1969)
  • Ministre chargé de l'Outre-Mer (1971)
  • Premier ministre de juillet 1972 à mai 1974
  • Maire de Sarrebourg (1968-1992)


Docteur en droit, diplômé de l’École nationale des langues orientales vivantes, Pierre Messmer entre à l’Ecole d’administration des colonies en 1938.

En 1940, il rejoint les forces de la France libre. Quelques semaines avant son décès, il dit avec humour "Embarquer clandestinement à trois ou quatre hommes dans un cargo italien de 10 000 tonnes, puis réussir à le détourner vers Gibraltar pour gagner l'Angleterre marque une vie."

Il est affecté à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère. Chef de section, puis commandant de compagnie, il est engagé en 1940 dans les expéditions de Dakar puis du Gabon. Il fait campagne en Érythrée, en Syrie (1941), puis en Libye avec Bir Hakeim et El Alamein, deux des plus glorieux combats de la France Libre (1942-1943), puis est affecté en Tunisie. Après la libération de Paris, aux côtés de la 2e Division Blindée, après la campagne de France et la conquête de l'Allemagne, de nouveau avec la 13e demi-brigade de Légion étrangère, il fait un rapide passage à la Direction de la mission française à Calcutta.

En 1945, il est parachuté au Tonkin. Fait prisonnier par le Viêt-minh, il s'échappe après deux mois de captivité, et rejoint la mission française à Hanoï. Démobilisé, il devient secrétaire général du comité interministériel pour l'Indochine puis, en 1947 et 1948, directeur du cabinet du haut-commissaire de France en Indochine.

Commandant du cercle d'Atar en Mauritanie (1950-1951), il devient le gouverneur du pays (1952-1954), puis de la Côte d'Ivoire (1954-1956). Il est ensuite nommé haut-commissaire au Cameroun (1956-1958) puis en Afrique équatoriale française (1958), enfin haut-commissaire général en Afrique occidentale française (1958-1959). Sur cette période de sa vie, il écrira : "J’aimais ce métier à aucun autre pareil. J’y serais resté volontiers jusqu’à l’âge de la retraite, mais il m’a quitté pour cause de décolonisation."

Pendant près de dix ans, il est le ministre des Armées (1960-1969) de Charles de Gaulle, associé aux grandes options géostratégiques de la France – notamment sur le nucléaire – et fidèle parmi les fidèles du général. Il est élu député UDR de Moselle en 1968. En 1971, il est nommé ministre des Départements et Territoires d'Outre-Mer dans le gouvernement Chaban-Delmas.


Pierre Messmer à l'Hôtel de Matignon

 
1940
Pierre Messmer rejoint les forces de la France libre

Il accède aux fonctions de Premier ministre en juillet 1972 sous la présidence de Georges Pompidou. Après Jacques Chaban-Delmas, le chef de l’Etat choisit un homme dont il attend qu’il soit un chef d’état-major de l’action gouvernementale. Au fil des mois, Pierre Messmer supplée de plus en plus le président de la République en raison de la grave maladie de ce dernier (Georges Pompidou décède le 2 avril 1974).

Le nouveau Premier ministre, qui aime la simplicité et les rapports directs, ramène à dix le nombre de secrétaires d’Etat. En recréant un ministère de l’Information ou en nommant un proche du président à la tête de l’ORTF, il tourne la page jugée trop libérale de l’ère précédente.

Discours de politique générale, 3 octobre 1972

Le Premier ministre s’explique d’abord sur le temps passé entre sa nomination et ce premier discours de politique générale. Il affirme s’inspirer du Premier ministre Georges Pompidou qui présenta son discours de politique générale le 13 avril 1966 après avoir formé son gouvernement le 8 janvier précédent. Il s’agit, dit-il, de rappeler que le gouvernement dépend du président de la République et non de la Chambre, car il n’y a pas dans la Ve République de discours d’investiture comme sous la IVe.

Les problèmes qu’il pointe avant tout sont ceux du chômage et de l’inflation, générant des tensions sociales. Face à cela, le programme est celui de "l’égalité des chances" déclinée sur de nombreux points, en particulier : une égalité "effective" de l’homme et de la femme, une formation qui doit être possible tout le long de la vie active, la réforme de l’enseignement et celle du droit de licenciement, afin de mieux protéger les salariés.

Deux priorités économiques sont mises en avant : "la vitalité de notre tissu industriel" et "développer la recherche et les industries de pointe". Le secteur primaire doit être modernisé : "Il faut spécialiser notre agriculture en fonction de nos capacités comme des besoins de la Communauté économique européenne et du monde extérieur."

L’inflation est liée à la question du contrôle du budget : "J’affirme aujourd’hui notre détermination de mener une lutte active contre l’inflation. Le gouvernement donne l’exemple en proposant, seul en Europe, un budget en équilibre, en mettant en place un contrôle de la masse monétaire et en renonçant à toute nouvelle augmentation des tarifs publics au cours des six prochains mois. Face aux hausses excessives, et sans revenir à la politique de blocage, la direction générale des prix renforcera sa surveillance en n’acceptant aucune augmentation qui sortirait du cadre des engagements de modération souscrits par les branches professionnelles. "Cependant, l’économie n’est pas le seul souci du Premier ministre : "J’ai dit "une société plus juste, toujours plus juste". Je dis aussi "une société plus responsable" : l’élection du président de la République au suffrage universel est la forme la plus élevée de la participation, de même que la consultation des citoyens sur les problèmes d’intérêt national, par le référendum."

Cette conception politique exige des réformes institutionnelles en matière de décentralisation (régions, nouveaux cantons, incitation au regroupement communal), de rééquilibrage de l’aménagement du territoire en ciblant les villes moyennes, mais aussi en créant un "médiateur" entre administrations et citoyens. Quant aux parlementaires, ils doivent être associés à l’exécutif, en leur confiant des "missions temporaires" auprès des ministres.

L’unité de la France

Pierre Messmer incarne une certaine fermeté jacobine, notamment en décidant de la dissolution, en janvier 1974, des mouvements autonomistes basques ou bretons. Fermeté, également, avec la dissolution dès 1973 du mouvement néofasciste "Ordre nouveau" et de la trotskyste "Ligue communiste".

Les premières vraies mesures de sécurité routière datent de cette époque : malgré l’opposition de l’opinion, la vitesse est limitée à 100 km/h sur route, puis le port de la ceinture de sécurité est rendu obligatoire à l’avant.

Le gouvernement de Pierre Messmer est aussi confronté à une rapide évolution des mentalités, après mai 68. Sur les questions de l’avortement, de la réduction de la majorité de 21 à 19 ans, de la réduction du mandat présidentiel à cinq ans (projet initié par Georges Pompidou), les ambitions du gouvernement tournent court. Néanmoins, Pierre Messmer réussit à imposer la création de la fonction de médiateur de la République. En matière économique et sociale, l’Elysée a la prérogative.

Politique d’investissements et de grands équipements

Pierre Messmer lors d'un déplacement en Corse, en mars 1974Son gouvernement poursuit la politique d’investissement et de grands équipements qui met en avant les grands succès de l’innovation nationale : inauguration du boulevard périphérique de Paris en avril 1973, lancement du programme de TGV Paris-Lyon, ouverture de l’aéroport Charles-de-Gaulle en mars 1974…

Le Premier ministre amplifie le programme de centrales nucléaires. Cette accélération est confirmée après le premier choc pétrolier, qui voit les prix de l’énergie fossile s’envoler.

Les acquis de l’ère précédente sont préservés. Le gouvernement Messmer bénéficie encore du souffle des Trente Glorieuses - relèvement des allocations familiales de 12 %, hausse du Smic de 11,6 %, mensualisation des ouvriers et extension des mesures participatives – mais, déjà, avec le premier choc pétrolier, la forte inflation vient grever ces avancées sociales.

L’ère Pompidou-Messmer renforce aussi l’ancrage de la population rurale dans le gaullisme. Jacques Chirac, devenu ministre de l’Agriculture, est particulièrement populaire chez les agriculteurs. En décembre 1973, la loi Royer vise à limiter la prolifération des grandes surfaces en milieu rural.

Le décès de George Pompidou des suites d’une longue maladie, le 2 avril 1974, met un terme au mandat de Pierre Messmer à Matignon. De nombreux gaullistes tentent en vain de le convaincre de se présenter à la nouvelle élection présidentielle.
 

L'après-Matignon
 

  • En 1978, il est élu président du conseil régional de Lorraine et député RPR de Moselle. Il est également député européen de 1979 à 1984.
  • En 1981, il préside le Comité national de soutien à Jacques Chirac, candidat à la présidence de la République.
  • De 1986 à 1988, il occupe les fonctions de président du groupe RPR à l’Assemblée nationale.
  • Maire de Sarrebourg de 1971 à 1989, il renonce à se représenter aux élections pour la mairie de Sarrebourg en 1989 en déclarant : "Si j'étais élu, j'aurais 79 ans en fin de mandat. Il faut parfois se déterminer par rapport à soi-même. C'est la sagesse qui le veut."

Pierre Messmer reçoit plusieurs distinctions puisqu'il est :
 
  • élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1988, il en est le secrétaire perpétuel de 1995 à 1998 ;
  • élu à l'Académie française en 1999 ;
  • chancelier de l'Institut de France (1999 à 2006) ;
  • chancelier de l’Ordre de la Libération (2006 à sa mort).

Il est également président de l'Institut Charles-de-Gaulle de 1992 à 1995.

Le dernier hommage de la République à l’un des siens

Pierre Messmer décède le 29 août 2007, à l'âge de 91 ans. Ses obsèques sont célébrées en l'église Saint-Louis des Invalides à Paris. Sont présents les présidents Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, ainsi que les Premiers ministres François Fillon, Dominique de Villepin, Pierre Mauroy, Edith Cresson, Edouard Balladur, et de nombreuses personnalités politiques.

Le président de la République Nicolas Sarkozy salue celui qui "restera dans la mémoire nationale comme l'un des plus illustres enfants de notre République… la France vient de perdre l'un de ses plus grands serviteurs et la nation tout entière s'incline pour saluer sa mémoire". L'ancien président Jacques Chirac évoque le "héros de la France combattante… l'homme d'État passionnément engagé pour son pays". Le Premier ministre François Fillon, loue un "esprit fin et attachant… l'une des plus belles figures de notre nation". Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, salue la mémoire de cet "homme droit".

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