20 février 2015 - Actualité

Petit déjeuner du 32 avec François Dubet

Le Secrétaire d’Etat en charge de la réforme de l’Etat et de la simplification et le Commissaire général à l’investissement organisent régulièrement des petits déjeuners autour de personnalités diverses : philosophes, syndicalistes, entrepreneurs, journalises, économistes.
 
François Dubet est sociologue, directeur de recherche à l’EHESS et auteur de La Préférence pour l’inégalité[1]. Il s’est intéressé, notamment aux mouvements sociaux, à la marginalité juvénile, à l'école, aux inégalités au travail, ou encore aux institutions.
François Dubet est intervenu lors du quatrième petit-déjeuner du 32 pour échanger autour du thème "Unité nationale, fraternité, inégalités ?".
 
Pour François Dubet, la France n’est pas un pays où les inégalités sociales explosent. Pour autant la perception qu’en ont les citoyens est très différente ("une hausse insupportable des inégalités") et il faut s’en préoccuper. Ce qui change, c’est la nature des inégalités, perçues comme une destruction du principe de solidarité.  Les Français sont très attachés à l'égalité de principe mais, quand il s'agit de voir la réalité, ils justifient l'inégalité. Or, pour une part, les inégalités sont engendrées par nos propres pratiques sociales, d’où "la préférence pour l’inégalité".
 
Si les vrais déclassés sont ceux qui sont "tout en bas", la rhétorique du déclassement des classes moyennes justifie toutes les inégalités tenues pour acquises. Avec l’agrégation d’inégalités multiples, où chacun peut se sentir en situation d’inégalité relative (femmes, immigrés, ruraux…), le sentiment d’inégalité s’exacerbe. Les inégalités s’individualisent et on est tenté de ne "plus vouloir payer pour d’autres qu’on ne connaît pas".
 
Par ailleurs, la solidarité implique un imaginaire. Dans l’histoire, il fut d’abord religieux, puis national (Bretons, Basques etc. forment un même groupe : la nation). Cet imaginaire n’est plus aussi puissant, alors que nous vivons dans des sociétés nationales pluriculturelles. Dès lors, la nation est vue comme une communauté exclusive, fondée contre les autres. C’est le créneau du FN et de l’UMP que de vouloir une reconstruction de la solidarité mais sur un  modèle maurassien. Contre cette tendance il faut imaginer une nouvelle offre de solidarité et de fraternité.
 
Il y a, selon François Dubet, trois grands enjeux. Le premier est la nécessité de renforcer la confiance démocratique.  Une société qui prélève 57% de sa richesse et en redistribue 33% sous forme de prestation sociales, mais qui le fait de façon illisible, crée de l’incompréhension et de la défiance. "On ne peut pas prélever autant, sans savoir ce que l’on paie et ce que l’on reçoit, sans que personne ne sache combien coûte une année scolaire ou une journée d’hospitalisation etc". C’est un enjeu fondamental que de comprendre que "ce n’est pas gratuit", qu’il y a un contrat social derrière tous ces mécanismes de transferts. Un autre enjeu est l’acceptation du fait que nous sommes condamnés au droit à la différence. Le problème n’est pas la reconnaissance des différences mais la reconnaissance de ce qu’il y a de commun. On ne peut plus juxtaposer l’imaginaire d’égalité républicaine avec la réalité. Personne n’est dupe, nos politiques sociales ont une dimension symbolique dont il faut tenir compte.

 



 

[1] La Préférence pour l'inégalité - Comprendre la crise des solidarités, Seuil 2014