22 mars 2017 - Discours

Discours de Bernard Cazeneuve à l'occasion du déplacement à l'Université de Pau

Contenu publié sous le Gouvernement Cazeneuve du 06 Décembre 2016 au 14 Mai 2017
Seul le prononcé fait foi
 
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire, président de l’agglomération, cher François BAYROU,
Monsieur le président de région,
Mesdames, messieurs les présidentes, présidents d’université,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames, messieurs,
 
Je voudrais tout d’abord vous dire à mon tour le très grand plaisir que j’ai de partager ce moment avec vous ici cet après-midi, à Pau, dans le cadre d’une journée qui est consacrée tout entière à l’accompagnement du territoire autour de ses réussites.
 
Et j’avais souhaité plus particulièrement aujourd’hui qu’on puisse essentiellement se concentrer autour de deux sujets. Le premier, c’est la politique de la ville à travers la signature de la convention liant l’Etat, l’ANRU et la ville de Pau autour de son projet de renouvellement urbain. Et ensuite ce que nous célébrons aujourd’hui ici, à l’université.
 
 C'est-à-dire une ambition pour la formation des hommes qui va bien au-delà de ce qu’est l’approche classique d’une université, pour embrasser le champ large du développement économique, du transfert de technologies, de l’innovation qui sont des questions dont vous savez, les uns et les autres qui êtes dans l’université ou le monde économique ou encore investis de responsabilités au sein de collectivités locales qui accompagnent le développement économique, qu’elles sont stratégiques ces compétences pour faire la montée en gamme de nos produits et l’amélioration de la compétitivité de nos économies.
 
Je suis venu ici à Pau aujourd’hui d’abord pour célébrer, je le disais à l’instant, une ambition en matière de politique urbaine. Et dans cette université, je ne peux que constater que les territoires qui réussissent sont ceux qui font montre de constance. Nous sommes dans des locaux, dans une université qui a été pensée, imaginée à l’époque d’André LABARRERE, qui a joué un rôle important dans la conception de ce lieu. Et je veux avoir une pensée pour lui.
 
Et je suis aujourd’hui avec le nouveau président de l’agglomération, maire de Pau qui porte avec la région et les responsables universitaires une même ambition pour sa ville, qu’il a qualifiée de rayonnement. Il faut donc de la persévérance et de la constance dans le temps pour réussir ce que vous êtes en train de réussir au sein de l’université de Pau et des pays de l’agglo.

Il faut non seulement de la constance mais il faut aussi de la cohérence entre les forces. Et dans tous les territoires que je traverse pour apporter la contribution du gouvernement, je constate parfois la constance, la persévérance mais pas toujours la cohérence. Et si je prends les deux sujets qui nous rassemblent cet après-midi, aujourd’hui à Pau, pour ce qui concerne la politique de la ville il y a une décision gouvernementale dans le cadre d’un nouveau plan de renouvellement urbain de porter à 5 milliards les crédits. Il y a un projet urbain bien pensé et puis il y a des élus qui se mobilisent ensemble.
 
J’évoquais votre contribution monsieur le maire tout à l’heure, elle est considérable. Et je dis aussi que l’engagement personnel des parlementaires – et notamment de Frédérique ESPAGNAC – sur ce dossier a été déterminant J’en parle d’autant plus aisément que lorsque Frédérique se fait l’ambassadrice de son territoire, ce n’est pas le Premier ministre qu’elle appelle mais directement le président de la République.
 
Si bien que si j’avais une hésitation à faire, cela me reviendrait comme une instruction, ce dont je n’ai nul besoin car je sais que sur ces questions avec le président de la République, nous agissons avec une communauté de vision. Et vous avez raison chère Frédérique, cher David, cher François d’agir ensemble lorsqu’il s’agit de l’avenir du territoire parce qu’on ne peut pas se permettre – dans une Europe où la compétition est partout – de se diviser, de se fracturer.
 
Et l’exemple que vous donnez, de l’excellente coopération qui existe entre vous tous, est de nature à aider l’Etat à mettre les moyens qu’il faut pour accompagner les projets. Et je le disais tout à l’heure dans votre bel hôtel de ville, que vous avez su les uns et les autres – vous par la qualité de votre projet, votre engagement, Frédérique par ses interventions pugnaces et utiles, l’Etat en prenant ses responsabilités – faire en sorte que ces projets aboutissent dans de bonnes conditions.
 
Nous sommes ici à l’université et à l’université, nous consacrons une réussite régionale, nationale et locale. Une réussite régionale tout d’abord, je voudrais dire un mot au président ROUSSET, que je connais maintenant depuis de nombreuses années et dont j’ai pu apprécier l’engagement personnel sur les questions de développement universitaire et d’économie, qui font que sa région est l’une des régions, pour ne pas dire la région qui en matière de rayonnement universitaire, de transfert de technologies, de développement économique, de création de start-up, d’accompagnement des filières est en pole position au plan national.
 
Vous évoquiez tout à l’heure le fait que parmi les 9 IDEX, l’université de Bordeaux a été très vite et rapidement et efficacement positionnée, vous aviez raison de le dire que cela est vrai. J’étais monsieur le président, il y a de cela quelques semaines, à l’université de Bordeaux pour consacrer la réussite universitaire régionale. Je voyais quoi sur l’université de Bordeaux autour du pôle "matériaux" ?
 
Je voyais des laboratoires de recherche publics, je voyais des entreprises privées accompagnant dans leur financement ces laboratoires de recherche public ; je voyais des start-up qui avaient commencé à essaimer ; je voyais une région présente par ses sociétés de capital risque et mobilisant de façon intelligente et parfois là aussi un peu pugnace, car vous êtes capables d’envoyer des sms à toutes heures du jour et de la nuit lorsqu’il s’agit de récupérer le PIA un peu plus pour vous que pour les autres, de faire en sorte que les modalités de sa gestion soient totalement décentralisées de manière à ce que vous ayez la main sur tout, ça agace les Premiers ministres, quels qu’ils soient d’ailleurs.
 
Je préviens ceux qui pourraient me succéder. Si vous donnez votre portable à Alain ROUSSET, il y aura des conséquences, il y aura des conséquences pour votre tranquillité personnelle, mais il y aura aussi des conséquences positives pour le territoire, parce que c’est aussi comme ça qu’on administre un territoire quand on l’aime et qu’on veut donner le meilleur pour ceux qui y vivent.
Et sur le plan universitaire, sur le plan des filières, qu’il s’agisse de l’aéronautique, qu’il s’agisse de ce que vous avez fait aussi sur les énergies de demain, vous êtes un président de région qui a réussi à projeter son territoire et ses universités vers l’avenir.
 
Il faut aussi une ambition universitaire et de ce point de vue-là, le fait qu’à côté de l’IDEX il y ait l’ISITE de Pau ne vient pas de nulle part. il y a ici une communauté universitaire qui a décidé de s’engager vers un projet ambitieux, cohérent, global que je suis venu saluer et encourager avec le concours de la région, avec le concours de l’agglomération, avec le concours de l’université de Bordeaux, j’y reviendrai sur la PACES tout à l’heure, tout ça est exemplaire.
 
D’abord pour ce qui concerne l’ISITE et l’université de Pau. Vous avez décidé de vous engager dans trois directions qui me paraissent essentielles, majeures et absolument intelligentes. D’abord la volonté de faire en sorte que vous puissiez autour de l’ISITE et de l’université, sur les questions environnementales, des énergies de demain, des matériaux dans la perspective du développement de politiques énergétiques nouvelles vous puissiez rayonner au plan national.
 
Et de ce point de vue-là ce que nous avons vu tout à l’heure, avec des entreprises qui viennent d’autres régions pour bénéficier du concours de votre université, c’est aussi ça la concurrence entre les régions et c’est aussi cela l’émulation qui existe entre elles et qui permet à certaines université de prendre leur avantage, de rayonner plus que d’autres, vous avez décidé de vous engager sur ce chemin, vous avez là des chercheurs, des universitaires, des scientifiques compétents.
 
Vous avez aussi réussi, je l’ai constaté tout à l’heure par-delà le discours qui m’a été préparé, de vous faire accompagner par des grands laboratoires de recherche ou de grands institutions de recherche, l’INRIA, le CNRS sont là présents à vos côtés, d’autres encore qui contribuent au rayonnement de votre université, de votre territoire.
 
Donc vous avez eu raison d’aller vers les énergies nouvelles, vous avez eu raison d’aller vers les questions du stockage de l’énergie, vous avez eu raison de le faire en très étroite liaison avec la région, c’est cohérent par rapport au politiques que vous évoquiez tout à l’heure, et c’est intéressant de voir que le rayonnement n’est pas une évanescence, qu’il s’articule à des objectifs concrets.
 
Deuxième objectif que vous vous êtes assignés à vous-mêmes c'est de ne pas oublier les sciences humaines. Vous me disiez tout à l'heure avec un brin d'humour, peut-être parce que vous êtes un scientifique des sciences dures, ici on fait de la science mais on fait aussi de la sociologie, de la philosophie, ce qui pour moi qui suis plutôt du côté de l'histoire, de la philosophie, de la sociologie était une manière de la part des sciences dures de regarder les sciences molles avec la certitude des sciences exactes.
 
Mais tout ça ce sont les sciences, Monsieur le Président, et le fait que vous ayez réussi à créer ce lien entre les uns et les autres parce que quand on fait par exemple de la réflexion sur la politique énergétique il faut être capable aussi de comprendre l’aspiration des sociétés, les mutations qui les traversent, les courants qui peuvent s'emparer d'elles sur des sujets qui peuvent avoir une dimension conflictuelle, on le voit avec les zones à défendre par exemple, faire des sciences humaines à côté des sciences qui ne le sont pas, c'est d'une utilité absolue pour la progression de la connaissance et l'élévation de l’esprit, je voulais donc vous en féliciter sincèrement.
 
Le troisième point sur lequel l’ISIT, l'université, la dynamique qui s'est créée à Pau va dans le bon sens c’est le fait que vous avez décidé de le faire avec de grandes industries. Alain évoquait à l'instant TOTAL, ARKEMA, il y a aussi SAFRAN, vous êtes avec de grands groupes industriels autour desquels part ce cercle vertueux qui fait que du laboratoire et de la recherche fondamentale on va jusqu'à la start-up qui travaille au sein de filières ou de pôles de compétitivité avec les grandes entreprises, vous avez créé ici ce cercle vertueux où recherche, transfert de technologies, essaimage, accompagnement par les financements qu'il s'agisse du capital-risque ou de la BPI des secteurs d'excellence, on parvient à faire de l'intelligence, de la formation et à créer de l'emploi.
 
Je voudrais dire également un mot sur la PACES en présence du vice-président de l'université de Bordeaux qui nous fait la gentillesse de sa présence, c’est très important ce que vous faites ici de ce point de vue-là. Nous avons besoin à travers cette première année commune aux études de santé de faire en sorte que tous ceux qui sont intéressés par les professions de santé puissent s'y familiariser sans être obligés de se déraciner, de s'éloigner et par conséquent d'avoir à financer des études coûteuses dans un secteur où il y a énormément de besoins.
 
Je voudrais rappeler là aussi à l'ensemble de ceux qui nous font la gentillesse d'être présents cet après-midi que nous avons à travers la Conférence nationale de santé cherché à mobiliser toutes les énergies pour faire en sorte que là où il y a des besoins de santé sans qu'il y ait nécessairement de professionnels nous puissions rapidement combler les déficits, rattraper le retard, nous avons décidé d'augmenter le numerus clausus pour la seule année 2017 d'à peu près 476 médecins supplémentaires, professionnels de santé, et il faut pour ça des formations sur le tout le territoire.
 
Donc ce que vous allez faire ici est de ce point de vue-là absolument fondamental et exemplaire et je voudrais remercier l'université de Bordeaux et vous-même pour avoir créé ce lien qui permettra aux jeunes qui ont l'habitude de fréquenter l’université de Pau et des Pays de l'Adour de se former ici quitte à poursuivre ensuite ultérieurement un parcours autour des études de santé dès lors qu'ils auront précisé pour eux-mêmes ce qu'est leur projet et ce que sont les métiers dans lesquels ils souhaitent exercer.
 
Je voudrais conclure en disant quelques mots sur le lien qui existe entre ce que vous faites sur l'université et ce que nous faisons tous ensemble pour l'économie, Alain ROUSSET sait très bien que ces sujets sont étroitement liés. Nous sommes dans une période où le débat public à l'occasion des élections présidentielles s'empare parfois tellement de sujets qui réveillent les passions ou les oppositions qu'on en oublie les faits, on appelle ça d'ailleurs la période post-factuelle qui conduit les débats à s'organiser autour de tout sauf de la réalité.
 
Alors je me permettrai de dire deux mots sur la réalité parce que comme la réalité nous est imputable et qu’on dit sur la réalité qui nous est imputable des choses parfois fausses, je voudrais profiter de notre réunion amicale pour essayer de dire des choses qui soient exactes. Je m'empresse de dire aux journalistes qu’après que pendant cinq ans on a dénigré tout ce que faisaient les gouvernements successifs de François HOLLANDE, lorsqu'un Premier ministre essaye simplement de rétablir les faits il n’est pas dans l'autosatisfaction et simplement de rappeler ce que tout le monde a peut-être oublié volontairement ou non.
 
Lorsque nous sommes arrivés il y avait des secteurs industriels effondrés, je pense notamment à l'industrie automobile, nous n'avons pas recapitalisé PSA pour partie pour rien, nous n'avons pas été obligés d'organiser sa relation avec DONGFENG pour rien, nous n'étions pas à ce moment-là simplement dans la volonté d'affirmer nos prérogatives au sein d'un secteur industriel majeur, nous sommes intervenus parce qu’il y avait la nécessité de le faire. La compétitivité des entreprises était fortement obérée, les charges qui pesaient sur elles étaient considérables,
 
Nous avons mis en place un Pacte de responsabilité, 40 milliards d’allégements de charges sur les entreprises. Aujourd'hui les marges des entreprises sont passées de 33 à 35 %, c'est-à-dire qu’elles ont atteint le niveau qui était celui des entreprises avant la crise de 2007-2008.
 
L’investissement industriel était négatif, dans une période où nous étions quasiment en récession, nous avons aujourd’hui un investissement industriel de 3,4 %, il y a de cela 3,5 ans il était autour de 0,5, c'est-à-dire que nous avons un niveau d’investissement industriel, précisément parce que les marges des entreprises se sont rétablies, qui a été multiplié par plus de 3 au cours des derniers mois.
 
Nous avons un investissement dans les start-up, en France, qui est de 1 milliard d’euros en 2016, qui représente 16 % de l’investissement global européen dans le secteur d’avenir. Nous avons eu un nombre de créations d’entreprises, je n’inclus pas les auto-entrepreneurs, de 30.000 entreprises, au cours de l’année 2016.
 
Nous avons une diminution du chômage d’à peu près 107.000 personnes. Vous me direz "tout cela n’est pas suffisant", et j’en conviens, tout cela est loin des objectifs que nous devons nous assigner à nous-mêmes lorsque nous sommes ambitieux, mais tout cela est une direction qui mérite d’être amplifiée, approfondie, confortée.
 
Et ce que l’on fait dans des lieux comme ceux où nous nous trouvons, en créant les conditions de la synergie entre le monde de la recherche, de l’innovation, du transfert de technologies, et de l’entreprise, est aussi ce dont on a besoin si nous voulons, par-delà la question de la compétitivité coût, assurer la montée en gamme de nos produits pour faire en sorte que nos industries soient plus compétitives, c’est tout cela que nous célébrons à Pau cet après-midi.
 
Et je voudrais remercier tous ceux qui, dans la communauté universitaire scientifique, dans le monde de l’entreprise, dans le monde des collectivités locales, contribuent à cette réussite collective, et vous adresser à tous, habitants de ce territoire, mes sincères félicitations pour la réussite que l’on consacre aujourd'hui et qui est d’abord, et avant tout, la vôtre.
20-03-2017 - Discours de Bernard Cazeneuve - Déplacement à l'Université de Pau