21 février 2017 - Discours

Discours du Premier ministre sur l’attractivité de la France - Université de Beida, Pékin

Seul le prononcé fait foi
 
Madame la Ministre,
Messieurs les ministres,
Messieurs les parlementaires,
Monsieur l’Ambassadeur,
Monsieur le Président du Conseil d’administration et Secrétaire général du Parti de l’université de Pékin,
Monsieur le Président de l’Université de Pékin,
Mesdames, Messieurs,
 
Je suis honoré de pouvoir m’exprimer aujourd’hui devant vous, au sein de la plus ancienne université de Chine, qui est depuis 120 ans l’un des foyers intellectuels de la Chine moderne et dont sont issus plusieurs prix Nobel et de nombreux dirigeants, dont le Premier ministre LI Keqian. Je sais que votre université entretient en outre des liens étroits avec de nombreuses universités et grandes écoles françaises et je m’en félicite.
 
Les relations franco-chinoises sont anciennes, mais leur histoire moderne s’est véritablement ouverte en 1964 avec le geste pionnier du Général de GAULLE reconnaissant la République populaire de Chine. A ceux qui lui objectaient, à l’époque, que les moyens de nos pays étaient trop limités pour que nous puissions peser sur le cours des affaires du monde, il répondait : « Les moyens de la Chine sont virtuellement immenses. Il n’est pas exclu qu’elle redevienne au siècle prochain ce qu’elle fut pendant tant de siècles, la plus grande puissance de l’univers. Et les moyens de la France sont eux aussi immenses, parce qu’ils sont moraux. »
 
Nos relations ont connu depuis un développement considérable. Les moyens de la Chine sont devenus immenses ; ceux de la France ne relèvent pas seulement de la magistrature morale que revendiquait pour elle le général de GAULLE,  mais de son statut politique, de son attractivité économique, de ses capacités de défense, de son rayonnement scientifique et culturel.  C’est pourquoi le partenariat global stratégique que nos deux pays ont noué en 2004 porte aujourd’hui ses fruits : couvrant un champ très large d’échanges, il constitue une avancée majeure pour la paix, la prospérité et le développement durable dans le monde.
 
La France et la Chine, toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, toutes deux puissances nucléaires, doivent continuer d’unir leurs efforts pour rendre ce monde plus stable et plus sûr.
 
Nous avons tout d’abord un rôle à jouer sur la scène multilatérale. L’action conjuguée de nos deux pays a été décisive pour le succès de la conférence de Paris de décembre 2015. Ensemble, nous avons rendu possible la conclusion d’un accord universel pour lutter contre le dérèglement climatique. C’est l’illustration éclatante de ce que nous pouvons réussir en joignant nos efforts pour mobiliser la communauté internationale. C’est aussi pourquoi nous partageons le point de vue exprimé par le Président XI Jinping lors de son discours au Forum international de Davos, selon lequel « les Etats signataires de cet accord doivent se tenir à cet engagement plutôt que de s’en éloigner, dès lors qu’il s’agit d’une responsabilité qui nous engage envers les générations futures.»
 
Sous la présidence chinoise, les travaux du G20  ont permis en 2016 de progresser dans la ratification de cet accord, mais aussi dans la poursuite d’autres sujets que la France considère comme des priorités : en particulier la lutte contre le terrorisme et son financement,  ainsi que la répression de la fraude et l’évasion fiscale. Nous souhaitons travailler dans le même esprit de coopération sur les grands dossiers régionaux, comme la Corée du Nord, la Syrie et le processus de paix au Proche-Orient, qui sont cruciaux pour la sécurité internationale.
 
Au plan bilatéral, notre dialogue politique n’a jamais été aussi intense. Les visites se sont succédées ces dernières années au plus haut niveau de nos Etats à une fréquence inédite, avec la venue en France à deux reprises du président XI Jinping et celle du Premier ministre LI Keqiang. Le Président François  HOLLANDE est venu trois fois en Chine, et mon prédécesseur vous a rendu visite au début de 2015. Les visites de Vice-Premier Ministres [Mme LIU Yandong, M. MA Kai] et de ministres se sont également poursuivies à échéances rapprochées, manifestant l’intérêt que nos pays se portent et la vigueur des multiples dialogues que nous entretenons.
 
Je souhaite aussi que l’Europe occupe une place centrale dans les relations entre la France et la Chine. Dans le contexte actuel, marqué par une montée du protectionnisme et par la tentation du repli sur soi, l’Union européenne constitue une puissance politique de premier plan, engagée en faveur du multilatéralisme et d’une mondialisation régulée. Demain, avec ses 27 membres, donc sans le Royaume-Uni, l’Union européenne demeurera la première puissance économique du monde. Elle est le premier partenaire commercial de plus de 80 pays dans le monde. Elle est aussi le premier émetteur et le premier récepteur d’investissements directs à l’étranger au monde. C’est une puissance stable, malgré les crises qui la traversent comme toutes les régions du monde en connaissent. Je crois que cette stabilité est, à l’heure actuelle, un atout particulièrement attractif.
 
Bien sûr, l’Union européenne fait face à des défis, à ses frontières et en son sein, avec le départ du Royaume-Uni. La France, comme l’Allemagne où je me suis rendu la semaine dernière, est convaincue que la réponse à cet événement passe par davantage d’intégration. C’est le sens de l’action que nous menons depuis plusieurs mois pour aboutir à des résultats concrets dans les domaines de la sécurité, de la défense et du soutien de l’investissement. C’est également la raison pour laquelle les 27 ont adopté une ligne claire et commune au sujet des négociations qui vont s’engager avec le Royaume-Uni.
 
La France souhaite le renforcement des échanges entre l’Union européenne et la Chine sur le plan économique et commercial, mais également sur les questions politiques et de sécurité. La France se félicite des projets permettant de renforcer ce lien entre l’Europe et l’Asie, et notamment de l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la Soie.
 
Au plan bilatéral, nous devons conforter cette dynamique, fondée sur des intérêts partagés et sur la confiance réciproque que nous nous portons. Car l’interdépendance économique de nos deux pays est désormais particulièrement forte.
 
La France est le troisième partenaire commercial de la Chine au sein de l’Union européenne et la Chine le sixième partenaire commercial de la France. Nos échanges ont doublé entre 2006 et 2015 pour atteindre 62,4 milliards d’euros en 2016. Ils ont dépassé la simple relation entre vendeur et acheteur pour prendre la forme de partenariats industriels solides et durables, fondés sur la complémentarité de nos entreprises. Certains sont anciens, dans le nucléaire civil et dans l’aéronautique, et continuent de se renforcer. L’inauguration d’un centre de finition et d’assemblage de l’A330 à TIANJIN, en septembre prochain, en est un parfait exemple, de même que, dans le secteur nucléaire civil, la construction de nouveaux EPR à  TAISHAN en Chine et à HINKLEY POINT au Royaume-Uni.
 
Ces partenariats sont mis en œuvre dans plusieurs autres secteurs d’avenir, comme le développement urbain durable, avec le projet de ville durable de WUHAN où je me rendrai demain, mais aussi dans ceux de l’agro-alimentaire et de la santé.
 
Nous devons aussi créer des partenariats à l’exportation. En alliant leurs technologies, leurs expériences, leurs réseaux commerciaux, leurs accès aux financements, nos entreprises pourront conquérir ensemble de nouveaux marchés en Afrique, en Asie et dans d’autres parties du monde. En 2015, nous sommes convenus que nos projets seront respectueux de l’environnement, des normes sociales, des besoins des pays concernés. L’année dernière nous avons mis en place un fonds conjoint destiné à financer leur lancement. Et aujourd’hui nous venons de décider des deux premiers projets à soutenir – l’un en Namibie, l’autre au Cambodge.
 
Comme les investissements français en Chine, les investissements chinois en France continuent de croître. Ils sont naturellement les bienvenus. La France est l’un des pays du monde qui attirent le plus d’investissements étrangers, si bien qu’un salarié français sur sept travaille pour une entreprise étrangère. La seule condition qui s’impose aux investissements chinois, comme à ceux provenant d’autres régions, est de respecter notre sécurité nationale et de s’accompagner d’une certaine forme de réciprocité pour nos propres investissements.
 
La France dispose en effet de nombreux atouts en termes d’attractivité : une situation géographique centrale en Europe ; des infrastructures et des réseaux performants ; un ensemble d’entreprises innovantes dans de nombreux secteurs ; une main d’œuvre très qualifiée et parmi les plus productives. Elle offre également aux entreprises étrangères et à leurs cadres des prix de l’énergie compétitifs, un système de santé de qualité accessible à tous, un environnement scientifique de haut niveau, un cadre de vie préservé et une offre culturelle exceptionnellement riche.
 
Bien sûr, comme tous les pays, la France a des défis à relever pour créer les conditions d’une croissance économique durable. Certains, du reste, ne sont pas très différents des vôtres. Il nous faut favoriser l’innovation et la montée en gamme de nos entreprises, car leur compétitivité ne dépend plus seulement du prix des produits. Il nous faut affronter les enjeux liés à l’environnement et repenser la place de l’Etat dans l’économie. Certains défis, il est vrai, sont davantage propres à la France. Ainsi, pour attirer les investissements étrangers, nous devons notamment alléger notre cadre réglementaire.
 
Nous nous sommes attelés depuis 2012 à relever tous ces défis et, aujourd’hui, les résultats de notre politique sont clairement perceptibles. L’investissement privé a augmenté de plus de 4% en 2016. Nous avons créé 300 000 emplois marchands depuis le printemps 2015, ce qui constitue une performance inégalée depuis 10 ans. En outre, tout indique que l’activité économique va accélérer en France en 2017. La croissance a rebondi au 4ème trimestre de l’an passé. Le climat des  affaires et la confiance des ménages sont au plus haut en dépit des incertitudes que font peser certaines circonstances politiques.
 
Le marché européen est, vous le savez, le plus ouvert au monde. Les entreprises françaises demandent donc légitimement à bénéficier des mêmes droits en Chine. Pour permettre de renforcer la croissance et l’emploi dans nos deux pays, l’accord global sur les investissements entre la Chine et l’Union européenne en cours de négociations devra être ambitieux et équilibré.
 
Les relations entre nos deux pays ne sont pas seulement portées par nos dirigeants et nos diplomates. Aujourd’hui plus que jamais, elles reposent sur les liens tissés entre les peuples français et chinois par des réseaux d’étudiants et de chercheurs, par les entrepreneurs, les artistes et une multitude d’autres acteurs de la société civile.
 
En 2016, plus de 1,6 million de voyageurs chinois sont venus en France, faisant de notre pays la destination européenne la plus appréciée des touristes chinois. Toutes les mesures sont prises pour leur réserver le meilleur accueil et leur assurer une sécurité maximale durant leur séjour. En outre, il leur est désormais possible d’obtenir un visa pour la France en 48 heures, voire 24 heures lorsqu’ils voyagent en groupe. L’ouverture en 2016 de nouveaux centres permet à présent de déposer une demande de visa à NANKIN, HANGZHOU, FUZHOU, JINAN, CHANGSHA, SHENZHEN, CHONGQING, KUNMING et XI’AN sans avoir à se déplacer jusqu’à l’un de nos cinq consulats généraux.
 
La France est aussi présente sur vos écrans, que ce soit à travers les films chinois ou français. Les co-productions franco-chinoises se multiplient, à la faveur notamment des avantages que présentent les tournages en France pour les cinéastes chinois : des paysages d’une grande diversité, un patrimoine exceptionnel, mais aussi la compétence de nos équipes techniques et artistiques, en particulier dans le domaine des effets spéciaux numériques.
 
Enfin, je me dois de relever ici qu’il existe en France une tradition d’accueil privilégiée des étudiants chinois, comme l’ont montré dès les années 1920 les exemples célèbres de ZHOU Enlai et de DENG Xiaoping.
 
Aujourd’hui, la France est la deuxième destination européenne des étudiants chinois, dont 30 000 sont actuellement présents sur notre sol. Une majorité d’entre eux choisissent nos formations en management et en sciences de l’ingénieur. Car les grandes écoles de commerce françaises se placent en tête des classements internationaux, notamment en finance. Nos écoles d’ingénieurs jouissent elles aussi d’une solide réputation, bien au-delà de nos frontières. Mais nos formations en arts, mode et design, création numérique, qui allient de savoir-faire anciens et des techniques modernes, sont elles aussi réputées et en plein essor.
 
La langue française présente pour les étudiants chinois un intérêt particulier, puisqu’elle leur donne accès à un espace francophone de 285 millions de personnes sur les 5 continents, qui deviendront 700 millions, soit 8 % de la population mondiale, à l’horizon 2050 ! Le français est, après l’anglais, la langue la plus apprise dans le monde. Parler français constitue ainsi un atout décisif dans de nombreux secteurs d’activités : la distribution, l’automobile, le luxe, l’aéronautique ou les cosmétiques, par exemple.
 
Mais, je tiens à le répéter devant vous, la maîtrise du français n’est pas une condition sine qua non pour venir étudier en France : 40% des étudiants chinois accueillis en France le sont dans le cadre de formations dispensées en anglais, ouvertes sur l’Europe et le monde.
 
La France et la Chine ont noué de nombreux partenariats dans le domaine des doubles diplômes et de la formation professionnelle. Le programme «  2 x 1 000 stagiaires » mis en place en 2016 permet à 1 000 jeunes français et à 1 000 jeunes chinois de bénéficier d’offres de stages dédiées dans nos entreprises. Je vous invite à vous rendre sur le site de l’ambassade de France pour consulter ces offres de stage qui constitueront un atout pour votre future carrière.
 
La France et la Chine entretiennent par ailleurs de longue date des partenariats scientifiques. La France est aujourd’hui l’une de principales puissances scientifiques mondiales. Elle a obtenu pas moins de 62 Prix Nobel et 13 médailles Field. Dix organismes de recherche français figurent parmi les cent les plus innovants au monde, ce qui nous place au 3e rang mondial.
 
Je souhaite donc qu’augmente le nombre des chercheurs chinois qui se forment en France au niveau doctoral : ils sont aujourd’hui 2 000. L’Institut Pasteur de Shanghai, créé en 2004 et qui emploie aujourd’hui près de 500 personnes, est un phare de la coopération scientifique bilatérale. 3 000 publications conjointes paraissent tous les ans, apportant une contribution significative aux progrès de la connaissance, notamment dans les secteurs de l’environnement et de la santé.
 
Je visiterai demain, à WUHAN, le laboratoire de confinement biologique de niveau P4 qui va entrer dans sa phase opérationnelle après plus d’une décennie de coopération soutenue par l’expertise des organismes de recherche et des entreprises françaises de ce secteur. Ce centre de très haute technologie, où peuvent être étudiés les virus les plus dangereux, constituera un élément clé de la réponse que pourront apporter les autorités chinoises à l’émergence de nouvelles maladies. L’excellence de la recherche médicale chinoise est d’ailleurs mondialement reconnue, et je veux saluer à ce titre le prix Nobel attribué à Madame la Professeure TU Youyou pour la mise au point d’un traitement contre le paludisme.
 
Chers étudiants de l’Université de Pékin,
 
Vous représentez l’avenir de votre pays et c’est pourquoi je crois important de vous adresser aujourd’hui ce message de confiance dans la qualité de la relation qu’entretiennent la France et la Chine et dans sa pérennité.
 
J’espère bien entendu qu’un grand nombre d’entre vous décidera de poursuivre sa formation dans une université française ; ou à défaut, que vous choisirez d’effectuer un stage au sein de l’une de nos entreprises comme le propose notre ambassade ; ou en tout cas que vous aurez l’occasion de découvrir mon pays, pour ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas encore, dans le cadre de votre future profession ou dans celui d’un voyage touristique.
 
Nous cédons trop souvent à la tentation de critiquer la mondialisation. Nous devrions souligner davantage les bienfaits qu’elles nous apportent, à travers le commerce et l’élévation des niveaux de vie qu’elle rend possible, mais aussi à travers les rencontres qu’elle permet et les échanges qu’elle suscite. Votre génération, en Chine comme en France, est avide de découvrir le monde et de faire la preuve de son esprit d’entreprise, d’élargir ses horizons, de contribuer à servir à la fois son pays et l’avenir de la planète.
 
Je vous invite à concrétiser ces belles ambitions et vous souhaite beaucoup de réussite, dans vos études comme dans votre vie.
 
Je vous remercie.
Discours de M. Bernard CAZENEUVE - Université de Beida, Pékin