30 juin 2016 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls III du 11 Février 2016 au 06 Décembre 2016

Discours du Premier ministre - École des Officiers de la Gendarmerie nationale

"Les gendarmes, les policiers, sont plus que jamais les visages et les bras de l’autorité. Ils sont les gardiens assidus de nos libertés."
Monsieur le ministre de l’Intérieur,
Monsieur le préfet,
Madame la sénatrice,
Monsieur le député,
Monsieur le maire,
Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale,
Mesdames, messieurs les officiers,
Mesdames, messieurs les élèves-officiers,
Mesdames, messieurs,
 
Aujourd’hui est un moment particulier ; un moment important, pour chacune et chacun d’entre vous.

C’est ce moment qui vient concrétiser un choix : servir la France, revêtir l’uniforme, assumer de prendre des risques pour la sécurité de nos concitoyens, pour la défense de notre pays.

C’est un choix honorable, infiniment respectable.

Un choix dont vous pouvez être fiers.

Et dont vous devrez être dignes !

Il y a trois ans, à cette même place, dans d’autres fonctions, j’avais pu saluer vos aînés et leur dire, au nom de la Nation, toute ma confiance et toute ma reconnaissance.

Je le fais à nouveau devant vous qui perpétuez la tradition en donnant ce si bel exemple de rigueur, de discipline, de courage – ces valeurs qui font la grandeur de votre arme.

Aujourd’hui est un moment important pour vous, les 137 officiers élèves de la 121e promotion "Lieutenant JAMET". À partir de demain – c’est le sens de la prise d’armes –, vous rejoindrez vos unités. Sécurité générale, maintien de l’ordre public, lutte contre l’insécurité routière, police judiciaire, telles sont les différentes missions qui vous attendent.

Vous serez alors confrontés aux exigences de votre métier d’officier.

Il y aura nécessairement des épreuves, des moments très difficiles, très durs, mais aussi, je le sais, des moments de grande satisfaction : celle de la camaraderie, celle du devoir accompli, celle des résultats obtenus.

Moment important aussi pour vous, les 111 élèves officiers de la 122e promotion.

L’année prochaine, vous continuerez votre formation entamée dans cette école avec ce même esprit d’engagement, ce même sens de l’État.

C’est un beau symbole, c’est un bon choix que d’avoir choisi comme nom de baptême pour votre promotion celui du lieutenant-colonel Robert CARON, un grand résistant.

Il y a toujours à apprendre de celles et ceux qui, au cœur d’une époque troublée, n’ont pas tremblé, n’ont pas dévié. Ils ont su garder au plus profond d’eux-mêmes, et quoi qu’il en coûte, cet idéal qu’ils nous ont transmis : servir et aimer la France.

121e, 122e, une  même exigence vous unit : protéger les Français, les protéger à un moment où ils ont plus que jamais besoin de l’engagement total de nos forces de l’ordre.

Engagement, d’abord, contre le terrorisme, qui nous mène une guerre. C’est la priorité du gouvernement – c’est notre obsession, avec le ministre de l’Intérieur. C’est donc votre priorité. La menace n’a jamais été aussi élevée. Les terroristes peuvent frapper partout, n’importe quand, selon des modes opératoires en perpétuelle évolution.

Depuis 17 mois et les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, le niveau "alerte attentat" du plan Vigipirate est instauré dans la capitale. Depuis sept mois, après les attentats de Paris et de Saint-Denis, l’état d’urgence a été décrété sur l’ensemble du territoire, en métropole et dans les outre-mer.

C’était indispensable. Car nos valeurs, notre modèle de société, notre mode de vie, notre jeunesse sont durement mis à l’épreuve par un ennemi redoutable : l’islamisme radical.

Redoutable quand il vise nos concitoyens, quand il vise nos forces de l’ordre.    
 
Et devant vous, je veux à nouveau rendre hommage à Jean-Baptiste SALVAING et Jessica SCHNEIDER, lâchement assassinés parce qu’ils nous protégeaient, parce qu’ils incarnaient la République et l’État.

L’ennemi est redoutable, il est insidieux.

Il corrompt les esprits, embrigade, amène des Français à retourner leurs armes contre leur propre pays. Insidieux, également, car il cherche à nous diviser.

Face à cela, il nous faut serrer les rangs, travailler ensemble, davantage, mieux encore.

Un effort sans précédent a été fait depuis 2012 en direction de nos forces de sécurité et nos services de renseignement pour accroître, avec la création de plus de 9 000 postes, leurs effectifs sur le terrain, pour moderniser les capacités d’intervention, prévenir la radicalisation et lutter contre le terrorisme.

De même, depuis 2012 – j’y ai pris ma part, comme aujourd’hui Bernard CAZENEUVE –, trois lois antiterroristes et deux lois sur le renseignement ont été votées.

Et sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, nos dispositifs antiterroristes ont également été repensés, avec notamment le plan de renforcement des PSIG et des BAC, avec, pour la gendarmerie, la création en trois ans de 150 PSIG-SABRE ; 50 seront créés dès cette année. Mieux équipées et mieux formées, les unités pourront être engagées dès les premiers instants sur une situation de crise terroriste.

Et je n’oublie pas la création de l’état-major opérationnel de prévention du terrorisme, où la gendarmerie est partie prenante, ni l’attribution de capacités techniques supplémentaires dans le recueil du renseignement opérationnel.

Nous renforçons, enfin, la coopération entre les unités d’intervention : GIGN, RAID et BRI.

Pour cela, le ministre de l’Intérieur, Bernard CAZENEUVE, a dévoilé le 19 avril un nouveau schéma national d’intervention. Respectant les zones de compétences et les capacités techniques respectives, il assure un parfait quadrillage du territoire en cas d’urgence.

Engagement contre le terrorisme, engagement aussi – c’est le cœur de vos missions – pour assurer la sécurité quotidienne des Français en luttant contre la délinquance, les violences, les trafics, les incivilités.

Les grands événements sportifs – l’Euro de football en ce moment, le Tour de France dans trois jours – entraînent également une mobilisation sans précédent des forces de l’ordre.

Il y a aussi les manifestations à sécuriser – et c’est l’honneur de la France, en plein état d’urgence, de garantir cette liberté d’exprimer son point de vue.

Je veux ici saluer le grand professionnalisme de nos gendarmes et de nos policiers, qui font face à des groupes d’individus ultraviolents, ceux de l’ultragauche, qui n’ont qu’une chose en tête : semer les troubles, saccager, en découdre, s’en prendre physiquement aux forces de l’ordre. Plus de 550 d’entre vous ont été blessés lors des dernières manifestations.

Avec le ministre de l’Intérieur, nous n’acceptons pas ces mises en cause méprisables, détestables, ces campagnes de dénigrement systématique qui vous visent.

Parce que nous avons vu dans vos yeux la fierté de servir, parce que nous avons vu sur le terrain votre courage, parce que nous savons les larmes des familles quand l’épreuve s’abat, nous n’acceptons pas et nous n’accepterons jamais les diatribes et les accusations infamantes. Elles salissent ceux qui les énoncent.

Les gendarmes, les policiers, sont plus que jamais les visages et les bras de l’autorité. Ils sont les gardiens assidus de nos libertés. Ils sont aujourd’hui plus que jamais la République, ils sont la France. Et nous voulons que la Nation, rassemblée dans ces moments difficiles, dans ces épreuves, ait à leur égard respect, gratitude, reconnaissance, et qu’elle leur fasse part de son soutien et de sa solidarité.

Sans vous, pas d’ordre républicain. Et sans ordre républicain, pas de cohésion, ni de progrès, ni de liberté, ni de justice.

Vous êtes, enfin, mobilisés dans le contrôle des flux migratoires et la maîtrise de nos frontières. Une mission essentielle, qui nécessite fermeté et humanité, et repose pour beaucoup, aujourd’hui, sur la gendarmerie. Pour cela, six escadrons sont engagés à plein temps, et la police et la gendarmerie fournissent un appui important à l’agence européenne FRONTEX en Grèce.

121e, 122e promotions,

Dans quelques jours ou dans un an, vous deviendrez pleinement officiers de gendarmerie.

Entrer dans cette carrière, c’est servir sous les drapeaux en tant que chefs militaires. Votre statut, votre culture professionnelle vous y préparent, tout comme la formation que vous avez reçue ici.

Cette formation, d’ailleurs, s’enrichit. Elle permet aujourd’hui la délivrance d’un master 2 "droit et stratégie de la sécurité", ainsi qu’un MBA spécialisé en management de la sécurité, en partenariat avec l’université Paris II Panthéon-Assas et HEC.

J’en profite pour saluer les représentants de Paris II présents sur cette ville de Melun, ainsi que le général Isabelle GUION de MÉRITENS, qui ont permis d’inscrire cette formation dans la durée et lui donner la visibilité qu’elle mérite. La prochaine étape, c’est la certification de cette formation, ce qui permettra d’ancrer votre école dans le cycle de formation de la haute fonction publique.

Car entrer dans la carrière d’officier, c’est aussi faire le choix de devenir cadre supérieur de l’État.

L’officier de gendarmerie a vocation à commander, concevoir. Mais l’évolution de votre carrière vous amènera également à être mobiles, détachés dans des administrations de l’État, et à occuper des postes territoriaux à hautes responsabilités.

Pour toutes ces raisons, nous avons souhaité, avec Bernard CAZENEUVE, que les compétences d’encadrement des officiers supérieurs soient reconnues à l’identique de celles des commissaires de police ou des autres cadres de la fonction publique. Ainsi, désormais, tous les lieutenants-colonels relèveront de la catégorie de l’encadrement supérieur dite A+. De même, pour ceux des chefs d’escadron exerçant de telles responsabilités, nous avons décidé la création d’une classe fonctionnelle identifiée O+. C’était une décision attendue – c’était une évolution nécessaire.

Il n’y a pas que votre carrière ou vos missions qui évoluent. La gendarmerie doit également pouvoir s’adapter et répondre aux grands défis de notre temps.

Le premier, c’est celui de la modernisation.

La gendarmerie s’est déjà engagée avec volontarisme pour devenir une administration moteur, en prise avec son époque.

C’est le cas avec la feuille de route qui a changé vos méthodes de travail et inspiré d’autres administrations. En trois ans, 369 mesures ont été prises.

C’est le cas, aussi, avec votre présence sur les réseaux sociaux. La police et la gendarmerie ne doivent pas être silencieuses. Discrètes, oui ; mais silencieuses, non ! C’est essentiel pour entretenir le rapport entre citoyens et forces de l’ordre. Essentiel, aussi, d’un point de vue opérationnel, pour disposer d’une plus grande force de frappe dans le signalement des disparitions ou les appels à la vigilance.

Il faut poursuivre sur cette voie. Je pense notamment à NEOGEND, ce projet d’importance stratégique qui consiste à doter chaque gendarme en unité opérationnelle d’un terminal numérique. L’expérience menée dans le Nord et en Bourgogne est très prometteuse. L’élargissement à tout le territoire métropolitain a été engagé cette année. Je vous encourage à vous approprier ce projet et faire en sorte que là où vous serez en poste, il soit pleinement appliqué.

Le deuxième défi, c’est celui de la proximité.

Parce qu’elle irrigue le territoire national, la gendarmerie est en contact avec la population et ses représentants, les élus. Mais ce maillage étroit ne doit pas être synonyme de dilution des effectifs, alors que les bassins démographiques évoluent et que la délinquance s’affranchit des découpages administratifs et judiciaires.

C’est pourquoi, en année 2016, 2 317 postes supplémentaires de gendarmes seront créés. Ils viendront consolider les capacités opérationnelles des brigades, des PSIG ou des escadrons.

Ces nouveaux postes nécessitent un effort considérable de formation, avec 5 300 élèves-gendarmes et 7 000 élèves-gendarmes adjoints volontaires qui passeront cette année par les écoles de gendarmerie ; ou encore 237 000 journées supplémentaires d’emploi de réservistes.

Dernier défi : celui de l’exemplarité.

La gendarmerie est un pilier de l’autorité de l’État. Les galons que vous venez de recevoir vous obligent, plus qu’ils ne vous permettent. Ils vous obligent à l’exemplarité personnelle et collective. Ils vous obligent également au respect dû à chacun des citoyens. Ils vous obligent, enfin, à la probité, au sang-froid, celui dont ont été capables ceux que nous venons de décorer – vos camarades –, avec le ministre de l’Intérieur. Ils vous obligent aussi à l’empathie, la rigueur, l’intelligence.

C’est une belle et grande responsabilité qui vous incombe, et je sais – et le gouvernement vous accompagnera toujours dans cette tâche, soyez-en certains – que vous saurez vous montrer à la hauteur de cette responsabilité.

Et puisqu’il est question d’exemplarité, je veux saluer celui qui est un exemple, pas seulement pour la gendarmerie, mais pour notre pays.

La France, c’est ce courage, ce sang-froid, cette hauteur de vue que vous savez si bien incarner, mon général, cher Denis FAVIER.

J’ai pu mesurer, d’abord comme ministre de l’Intérieur, puis comme Premier ministre, vos très grandes qualités professionnelles et humaines. Vous avez montré avec talent les vertus d’un commandement serein, sûr, éclairé, et je suis fier de vous avoir eu à mes côtés.

Je veux saluer également le général Richard LIZUREY, appelé à vous succéder. Avec lui, Bernard CAZENEUVE et moi-même pouvons être confiants dans l’avenir de cette grande institution qu’il saura, je le sais, comme son prédécesseur, mener avec rigueur et efficacité.

Chers officiers de la promotion "Lieutenant JAMET",

Vos affectations détermineront les tâches qui seront les vôtres. Mais dans tous les cas, les femmes et les hommes que vous aurez sous vos ordres, tout comme les élus et les citoyens que vous serez amenés à rencontrer, attendront énormément de vous. Soyez à la hauteur de cette attente ; c’est la seule manière de bien remplir votre mission.

Quant à vous, officiers-élèves et élèves-officiers de la promotion "Lieutenant-colonel CARON", vous entrez dans la dernière phase de votre formation. Soyez attentifs et curieux ; imaginatifs et studieux. Sachez, tout simplement, suivre l’exemple de vos aînés.

Nous comptons sur vous. Notre pays vous attend, vous le savez.

Dans ces moments difficiles, dans ces épreuves que je rappelais, le pays a plus que jamais besoin de savoir d’où il vient, de cette tradition incarnée ici, sur cette place d’armes. Elle a besoin aussi, la France, de modernité. Tradition et modernité, racines, valeurs et capacité en même temps de s’adapter … c’est tout cela, la gendarmerie. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de nos gendarmes. Sachez donc, vous, mettre votre énergie, votre passion, votre talent, votre engagement, en suivant ce mot d’ordre :

Vive la Gendarmerie nationale !

Vive la République !

Vive la France !
Discours du Premier ministre - École des Officiers de la Gendarmerie nationale