9 mai 2016 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls III du 11 Février 2016 au 06 Décembre 2016

Discours du Premier ministre - Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme

"Chaque époque a ses défis. La lutte contre le djihadisme est le grand défi de notre génération."
Mesdames, messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs,
 
Notre pays – et il n’est pas le seul – est confronté à un phénomène massif : la radicalisation islamiste. Elle soutient, exalte le terrorisme. Bien souvent, elle en est l’antichambre.
 
Une idéologie du chaos est à l’œuvre. Elle glorifie la mort ; répand souvent une vision paranoïaque du monde, dans laquelle les prétendus "oppresseurs" ou "mécréants" doivent payer le prix du sang.

 
Cette idéologie, qui nous a déclaré la guerre, corrompt les esprits au cœur même de nos sociétés. Elle transforme des individus qui ont grandi ici, ont fréquenté ou fréquentent nos écoles, en ennemis prêts à frapper et à retourner les armes contre leurs propres concitoyens, contre leurs propres compatriotes.
 
Ces individus radicalisés, qui sont-ils ?
 
Ils sont pour la plupart jeunes – deux tiers ont moins de 25 ans. 40 % sont des femmes. Près du quart des individus présents en Syrie sont des convertis à un islam revisité, rudimentaire, perverti, qui s’expose sur les réseaux sociaux.
 
Les profils sont très diversifiés : toutes les catégories sociales, toutes les régions sont touchées, territoires urbains comme villes moyennes.
 
Bien sûr, il y a une réalité très lourde dans nos quartiers frappés par la ghettoïsation, la communautarisation, la désespérance sociale. Là, des logiques d’enfermement, sur fond de délinquance, d’un antisémitisme virulent, d’essor du salafisme, ont offert un boulevard aux prédicateurs de la haine.
 
Mais ne prêtons pas le flanc à cette vraie stigmatisation, qui voudrait que parce que l’on habite dans un quartier avec des difficultés sociales, alors on devrait mécaniquement basculer dans la radicalisation ! C’est une vision, un prêt à penser insupportable.
 
La réalité, c’est que la radicalisation, l’embrigadement frappent partout. Partout, des individus plus ou moins fragilisés – parce qu’il y a ce mélange de perte de sens, de frustration, de déficit de sentiment d’appartenance – deviennent les proies faciles des techniques de propagande aujourd’hui les plus sophistiquées. Et les plus redoutables.
 
Chaque époque a ses défis. La lutte contre le djihadisme est sans doute le grand défi de notre génération. Avec les ministres qui m’entourent, avec d’autres aussi, nous venons de rappeler, à l’occasion de ce Comité interministériel, cette double exigence de lucidité et, bien sûr, d’action.

 
La lucidité, d’abord. Les attentats qui ont frappé notre pays en 2015 ont effacé les derniers aveuglements qui, parfois, dans le débat public, ont amené certains à considérer que nous dramatisions à tort ; ou que nous créions artificiellement de la peur.
 
Les Français ont droit à la vérité.
 
Dès 2012, lorsque je suis arrivé au ministère de l’Intérieur, quelques semaines après les attaques de Toulouse et de Montauban et alors que la Syrie s’enfonçait dans la guerre civile, j’ai été marqué par la rapidité, la facilité avec laquelle les filières djihadistes se constituaient.
 
Nous rappelions il y a un instant avec Bernard CAZENEUVE un certain nombre de chiffres édifiants. Le nombre de combattants étrangers en Syrie ou en Irak a atteint 15 000, son plus haut niveau, en 2015. Il est aujourd’hui de 12 000, parce que la guerre que nous menons là-bas produit ses effets, parce que les mesures que nous prenons ici pour empêcher les départs portent leurs fruits.
 
Sur ces 12 000 individus, plus de la moitié proviennent de pays du Moyen-Orient ou du Maghreb. On compte également 4 000 combattants russophones, issus des pays du Caucase et d’Asie centrale. Depuis l’Europe, ce sont 5 000 individus qui sont partis depuis le début du conflit. Un bon nombre est resté sur place. 627 d’entre eux sont Français – soit le contingent le plus important parmi les combattants européens.
 
L’enrôlement direct dans ces filières djihadistes, incluant une arrivée sur zone, concerne ou a concerné près d’un millier de personnes pour le seul territoire français. Parmi elles, 171 personnes au moins sont présumées y avoir trouvé la mort ; et 244 personnes sont revenues sur le territoire national.
 
Il faut ajouter à ce chiffre un millier de personnes ayant manifesté des velléités de départ, dont 216 ayant quitté probablement le territoire national, sans que leur présence ne soit attestée à ce stade en Syrie ou en Irak.
 
A ce décompte s’ajoute ou se recoupe le signalement de près de 9 300 personnes pour radicalisation violente, dont 4 600 via la plateforme nationale de signalement et 4 900 via les états-majors de sécurité départementaux, dont 200 doubles signalements. 7 % des signalements ont trait à des départs effectifs, 30 % à des femmes, 20 % à des mineurs.
 
La Direction générale de la sécurité intérieure estime que depuis 2013 – et Bernard CAZENEUVE rappelait ces faits – trois tentatives d’attentat ont échoué, et 15 projets d’attentat ont été déjoués. Sur ces 15, six étaient portés par des individus de retour de la zone syro-irakienne.
 
Lucidité, donc, mais aussi action.
 
Dès 2012, nous avons voulu que l’Etat se mette en ordre de bataille pour lutter contre les filières djihadistes et ces phénomènes de radicalisation. D’autres pays européens, je pense en particulier à nos voisins britanniques, avaient déjà engagé ce travail.
 
Ces exemples ont alimenté les travaux confiés au Secrétariat général à la défense et la sécurité nationale. En avril 2014, Bernard CAZENEUVE a proposé au Gouvernement un premier plan public d’action contre les filières djihadistes et la radicalisation violente. Je veux rendre hommage – et un hommage appuyé d’ailleurs – à l’engagement qui est le sien, tous les jours, sur ce dossier. Mais d’autres ministères sont aussi mobilisés, ils sont présents aujourd’hui.
 
Deux ans plus tard, les 22 mesures de ce plan demeurent d’actualité, en particulier en matière de détection, de surveillance et de limitation des déplacements. C’est toute une politique publique qui a été mise en place et mobilise un nombre considérable d’acteurs, et à tous les niveaux. Je veux dire à tous les agents publics, mais aussi aux membres des associations, à tous ceux et à toutes celles qui prennent des initiatives, notre soutien et notre reconnaissance.
 
Le Pacte de sécurité annoncé par le chef de l’Etat le 16 novembre dernier au Congrès à Versailles, quelques jours après les terribles attentats du 13 novembre, a donné une force accrue à la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Des moyens humains et budgétaires sans précédent ont été dégagés.
 
Après deux ans et un bilan d’étape, nous avons voulu que les pouvoirs publics se donnent un nouveau cap et les moyens de progresser encore. C’est l’objet du document présenté aujourd’hui, vous l’avez. 80 mesures, dont 50 nouvelles, pour donner une impulsion renouvelée. J’adresserai par ailleurs aujourd’hui même à l’ensemble des services et opérateurs de l’Etat une nouvelle circulaire de cadrage et d’objectifs, que vous trouverez jointe à votre dossier.
 
Le plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme établit donc une stratégie globale. Elle agit à la fois en amont, pour prévenir, détecter, traquer la radicalisation, et en aval, pour la combattre. Elle agit, enfin, pour protéger les Français.
 
D’abord, donc : prévenir la radicalisation.
 
Un ensemble de mesures sectorielles permettra d’agir, ministère par ministère, chacun apportant sa culture professionnelle, ses réseaux et son savoir-faire. L’éducation nationale est bien entendu en première ligne. Le contrôle des établissements hors contrat et de l’enseignement à domicile sera poursuivi et intensifié. La culture joue aussi un rôle déterminant : la lutte contre la radicalisation, c’est avant tout une lutte contre l’obscurantisme, la manipulation des esprits. L’éducation aux médias doit prendre de l’ampleur, elle est la meilleure arme contre le complotisme.
 
Il faut aussi mentionner le renforcement des actions de traitement des problèmes de santé mentale, assez fréquents chez les personnes radicalisées ; ou encore le renforcement sans précédent de la protection judiciaire de la jeunesse en milieu ouvert.
 
Il faut prévenir la radicalisation … Et la détecter, le plus précocement possible.
 
Repérer les cibles radicalisées, mesurer leur dangerosité, comprendre la manière dont les filières s’organisent sont des préalables pour les neutraliser. C’est aussi la condition d’une prise en charge adaptée des personnes sur le point de basculer.
 
Le numéro vert national, activé en 2014, a permis le recueil et le traitement des signalements. Une grille d’analyse commune a été élaborée sur ce qu’est un signalement dangereux et ce qui ne l’est pas. Elle est désormais partagée par les écoutants de la plateforme, par les services de renseignement, par les cellules départementales de suivi.
 
La détection, c’est aussi la détection des déplacements : il faut empêcher les terroristes de circuler, de trouver des armes, des financements. C'est l'objet du PNR français, qui entrera progressivement en action cet été. Ce sera le premier PNR mis en œuvre en Europe continentale, avant le développement des autres PNR européens, que la France a vigoureusement défendu à Bruxelles et à Strasbourg.
 
La radicalisation en prison va faire l'objet d'un traitement spécifique. Nous avons décidé, avec le garde des Sceaux, Jean-Jacques URVOAS, de doter l'administration pénitentiaire d'un service de renseignement de plein exercice, après avoir déjà créé des unités dédiées de regroupement de détenus radicalisés – nous l'avions annoncé en janvier 2015. Aumôneries, programmes de formation, sécurisation des établissements pénitentiaires : rien ne doit être négligé pour contenir l'influence d'imams autoproclamés, qui recrutent aussi dans le milieu carcéral – véritable incubateur, si je reprends les mots de Gilles KEPEL.
 
 Après avoir détecté les individus dangereux, les terroristes potentiels, il faut les empêcher d'agir, combattre la radicalisation.
 
Ce qui veut dire, d’abord, bien sûr : poursuivre notre action militaire. Le président de la République le rappelait hier, en marge des cérémonies du 8 mai. L’ennemi est parfaitement désigné : Daech, Al Qaïda et leurs succursales, qui opèrent depuis leurs bastions en Syrie, en Irak ou au Sahel. C’est pourquoi la France engage ses forces armées en Afrique et au Levant.
 
Les frappes de la coalition produisent leurs effets : l'Etat islamique recule. Mais nous savons combien la menace est mouvante, combien elle peut changer de front, adapter ses modes d’action. C'est tout le sens de l'engagement de la diplomatie française pour trouver un règlement aux conflits qui alimentent le terrorisme.
 
Nous menons en parallèle, sur notre sol, une lutte opérationnelle contre les filières.
 
La répression du terrorisme appartient à l'autorité judiciaire. Et le choix que nous avons fait de consolider les techniques de recueil de renseignements, ou de rendre les outils de la police administrative plus efficaces, n’est pas contradictoire avec une vérité intangible : un terroriste doit être traduit en justice, et condamné. Le parquet antiterroriste et le pôle d'instruction ont été, d'ailleurs, renforcés.
 
Je veux aussi insister sur les actions entreprises pour couper toute source de financements à ceux qui s’enrôlent dans les filières terroristes. Chaque départ donne lieu à un signalement de la DGSI aux caisses de Sécurité sociale. Une enquête approfondie est alors menée, en application des règles propres aux organismes sociaux. Au mois de mars dernier – car il faut être précis –, sur plus de 500 dossiers en cours de traitement, 350 ont déjà abouti à une situation de constat de fin de droit ou à une décision de suspension du versement des droits. La règle est systématique : quiconque s'engage dans les filières terroristes perd le bénéfice des droits sociaux.
 
Pour sa part, le ministère du Budget procède également au gel des avoirs financiers de groupes ou d'associations suspectés de financer le terrorisme.
 
Lorsque la justice ne dispose pas d'éléments suffisants pour engager des poursuites, le dispositif de contrôle et d'évaluation doit être très strict. Je pense notamment à ceux ou à celles qui reviennent en France après être partis faire le djihad, posant une menace très grave. Certains font régulièrement le trajet aller et retour. D’autres sont ce qu'on appelle des "repentis", dont il est difficile de mesurer la sincérité. J'avais annoncé en novembre dernier qu'une disposition législative serait adoptée pour encadrer très strictement le retour en France de ces individus. Grâce à la loi en passe d'être adoptée, nous pourrons commencer à le faire dès cet été.
 
Et ce plan comporte de nombreuses mesures dans le champ encore nouveau qu’est la prise en charge des personnes radicalisées.
 
Les trajectoires de radicalisation sont très différentes d’un individu à l'autre. De nombreux travaux parlementaires, ou issus de la recherche, ont apporté des éclaircissements utiles. Je peux citer les rapports parlementaires de Malek BOUTIH, Sébastien PIETRASANTA, Patrick MENNUCCI, Eric CIOTTI pour l'Assemblée nationale ; ou de Jean-Pierre SUEUR ou Nathalie GOULET pour le Sénat.
 
L'Etat s'est organisé en conséquence. 1 600 jeunes et 800 familles concernés par la radicalisation font aujourd'hui l'objet d'un accompagnement adapté par les cellules de suivi des préfectures de leur département. Police, enseignants, travailleurs sociaux ont appris à partager leurs informations, à mutualiser leurs actions – même s'il y a incontestablement encore des marges de progression possibles.
 
Le plan présenté ce matin se donne pour objectif de doubler, d'ici deux ans, les capacités de prise en charge des personnes radicalisées. Cela suppose que le pilotage national soit renforcé. Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et – à compter d'aujourd'hui – de la radicalisation bénéficiera d'effectifs renforcés.
 
Le Fonds interministériel de prévention de la délinquance avait été doté de 60 millions d'euros supplémentaires sur trois ans. Afin de financer certaines mesures nouvelles de ce plan, ce montant sera porté à 100 millions d'euros. Les autres seront financées dans le cadre des lois de finances, sur le budget des ministères.
 
Le premier centre de prise en charge de personnes radicalisées avec hébergement de longue durée, un Centre de citoyenneté et de réinsertion, sera mis en place cet été. Les premiers accueillis pourront être des repentis, dont nous éprouverons la sincérité et la volonté de réinsertion dans la durée.
 

Parce que la radicalisation concerne tout le territoire national, je demande aux préfets que, d'ici la fin 2017, un établissement de cette nature soit créé dans chaque région. Au moins la moitié accueillera, à la demande de l'autorité judiciaire, les personnes qui ne peuvent être placées en détention.
 
Et l'Etat souhaite nouer un partenariat beaucoup plus actif avec les collectivités territoriales. Face à la déstabilisation de certains quartiers, face à des individus tout simplement, les maires, les Conseils départementaux ne peuvent, bien sûr, rester seuls – d'ailleurs, ils nous le disent souvent : ils éprouvent une difficulté, une forme de solitude face à ces phénomènes. Mais les services publics gérés par les collectivités ont un rôle fondamental à jouer dans la prise en charge de certaines personnes radicalisées. Le Gouvernement organisera donc, en marge du prochain Congrès des maires, une journée de mobilisation et d'échanges avec les collectivités. Je m’y exprimerai personnellement.
 
Combattre la radicalisation, c'est enfin – et c'est sans doute le plus difficile – construire de puissants contre-discours, contrecarrer la propagande djihadiste et salafiste, casser cette entreprise d’embrigadement à grande échelle, notamment sur les réseaux sociaux.
 

Il faut aller porter la contradiction sur les mêmes terrains. Cela passe par de l'audace, de l'innovation, et par une mobilisation de tous : pouvoirs publics – mais ce n'est pas suffisant, je vous le disais –, associations, acteurs privés, entreprises, société dans son ensemble. C'est là, au fond, le message principal que je veux faire passer : ce défi de la radicalisation ne concerne pas seulement les pouvoirs publics, pas seulement les réseaux, le monde associatif, mais toute la société. Il faut – si j’en reste aux réseaux sociaux – renforcer les partenariats avec les géants du Net pour qu’ils nous aident à stopper la diffusion de propagandes filmées. Le ministre de l'Intérieur s'est rendu lui-même dans la Silicon Valley, et j'ai reçu ici, à plusieurs reprises – lui aussi – les acteurs, les géants du Net.
 
Nous avons aussi besoin des voix de l'islam de France. Elles doivent se faire entendre, parler encore plus fort qu’elles ne le font aujourd'hui. Et nous l'avons dit, déjà : il y a un combat idéologique au sein de l'islam. Et nous serons toujours aux côtés de ceux qui prônent l'apaisement et l'adhésion aux valeurs de la République. Je veux saluer les initiatives de ce jour du Conseil français du culte musulman.
 
Analyser l'ensemble des ressorts qui conduisent à l'enfermement dans la radicalisation est indispensable. Les champs d'analyse sont larges : social, sociologique, mais aussi psychologique. Mais, encore une fois : analyser les mécanismes qui sont à l'œuvre, cela ne peut pas être dédouaner les individus, leur trouver je ne sais quelles circonstances atténuantes. Comment le pourrait-on ? Ce sont des femmes et des hommes libres, qui choisissent de rejoindre les rangs, de se mettre au service d'une organisation, d'une armée terroriste. Personne – ceux qui tuent, projettent de tuer, ou soutiennent les criminels – ne peut être exonéré de ses responsabilités.
 
Cependant, la mission de l'Etat est de fournir à la recherche publique les moyens d'investir ce terrain d'étude encore pionnier, par des créations de postes, l'attribution de bourses de recherche ou encore – nous le mettrons en place – la création d'un Conseil scientifique.
 
L'Etat a aussi intérêt à tirer tout le parti des savoirs ainsi acquis pour concevoir, évaluer et améliorer les politiques de traitement de la radicalisation. Ce plan intègre donc de telles initiatives : initiatives nationales ou initiatives internationales. La France propose d'organiser à la rentrée prochaine, cet automne, un grand symposium, un grand colloque international avec l'ensemble des chercheurs, l'ensemble de ceux qui aujourd'hui construisent une pensée, des écoles de pensée face à ces phénomènes. Nous avons besoin de la recherche et de l'analyse pour avancer face à des phénomènes, aujourd'hui, qui concernent l'ensemble des sociétés.
 
Ce plan, mesdames et messieurs, agit enfin pour protéger les Français.
 
Dimension importante de notre stratégie, la protection des sites sensibles mobilise un nombre considérable d'agents de police et de militaires. 7 000 d'entre eux continuent à mener l'opération Sentinelle.
 
Les attentats et les tentatives d'attentats en 2015 sont là pour le montrer : certains sites, certaines personnes sont plus particulièrement ciblés. Je pense aux lieux de grand passage : les gares, les aérogares ; mais aussi aux sites SEVESO, aux sites militaires,  aux commissariats de police ou aux casernes de gendarmerie.
 
Le plan d'action présente l'ensemble des mesures activées pour prévenir l'accès de personnes radicalisées à ce type de sites. Des enquêtes administratives – ce qu’on appelle "le criblage" – seront renforcées et régulièrement réactualisées. Plusieurs de ces dispositifs renforcés rentreront en œuvre dès cet été, avec bien sûr une vigilance particulière pendant l'Euro 2016.
 
Soutenir les victimes n’est pas seulement un devoir moral. C'est également une mission de prise en charge que les services publics doivent accomplir avec professionnalisme pendant toute la durée nécessaire, c'est-à-dire la vie d'une victime. Car, au-delà de la stabilisation de leur état de santé physique, la reconstruction personnelle est souvent très longue. Sous l'impulsion de la secrétaire d'Etat aux Victimes, ce plan comprend un volet très concret qui sera déployé avant la fin de l'année – je vous y renvoie.
 
Protéger la population, c'est enfin la préparer à une menace qui – n'en doutons pas –  frappera à nouveau.
 
Nous sommes entrés dans une nouvelle époque, dans l'ère de l'hyper-terrorisme. Nous devons revoir nos doctrines d'engagement, nos plans de sécurité civile. Alerter la population, former les intervenants, être capable d'intervenir encore plus vite, prendre en charge les victimes : c'est toute la chaîne de gestion de crise qui doit désormais s'adapter. 
 
Je veux souligner, à ce sujet, une nouvelle fois l'action de Bernard CAZENEUVE, qui vient d'adopter un plan de pré-positionnement sur tout le territoire des unités d'intervention, pour réduire très fortement les délais d'engagement de ces forces d'élite.
 
Résister : les Français en ont toujours été capables. Cette confiance en notre solidité, cette conviction absolue que notre société saura toujours faire front, offre, au fond, la meilleure riposte.
 
 Mesdames, messieurs,
 
Le terrorisme islamiste, la radicalisation nous exposent à une menace sans précédent. Mais c'est par une mobilisation sans précédent que nous devons répondre.
 
La lutte contre la radicalisation est une politique publique à part entière, qui combat un des symptômes les plus graves des fractures qui abîment notre pacte républicain. Mais si nous ne menions pas les autres politiques engagées – je pense en particulier à l'ambitieuse refondation de l'école –, si nous n'intervenions pas pour retisser du lien, pour que notre société soit plus ouverte et plus juste, si nous n'avions pas adopté les mesures des différents comités interministériels à l'égalité et à la citoyenneté, alors toute politique de lutte contre la radicalisation tournerait à vide, parce qu'elle passerait à côté aussi des causes profondes.
 
C’est à une mobilisation – je vous le disais il y a un instant – que nous appelons, celle des associations, celle du monde de la culture, celle des médias, celle des agents publics comme les travailleurs sociaux, et des élus également, celle – et Laurence ROSSIGNOL le rappelait à l'occasion de notre réunion – des femmes, parce qu'une grande partie de la réponse passe par l'engagement des femmes, des jeunes femmes – elles-mêmes souvent premières victimes de cette radicalisation.
 
C'est, au fond, à une mobilisation autour des valeurs, de l'imaginaire de la France, de la Nation, de la République que nous devons appeler ; et ce plan très complet, qui parle de l'expérience que nous avons connue, des mesures de 2014, qui adopte une vraie stratégie dans la durée – au-delà même, bien sûr, des échéances politiques –, ce plan est une preuve supplémentaire de notre détermination à agir, avec beaucoup de professionnalisme, sur la base d'une analyse que nous devons en permanence, d'une certaine manière, confronter à la réalité de la menace. C'est ainsi que nous gagnerons cette bataille.
 
Je vous remercie.
 
Discours du Premier ministre du 9 mai 2016 - Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme