25 novembre 2015 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls II du 26 Août 2014 au 10 Février 2016

Discours du Premier ministre - Engagement des forces en Syrie

"C’est le combat de notre époque, qui vient après d’autres que la France a su mener et emporter. Et ce nouveau combat contre la barbarie, nous devons le mener unis et rassemblés. Ce combat, notre démocratie, fidèle à elle-même, fidèle à ce que nous sommes, une fois de plus, l’emportera !"
Assemblée nationale
 
Madame la présidente,
Messieurs les ministres,
Madame la présidente de la Commission de la Défense nationale,
Mesdames, messieurs les députés,
 
Le vendredi 13 novembre, Daech – l’Etat islamique – a frappé la France.
 
Cette armée terroriste s’en est pris lâchement à ce qui fait notre pays, à ce qu’il représente : sa jeunesse, sa diversité, ses lieux de vie et de culture, son art de vivre, ses principes universels qui parlent au cœur des peuples, sur tous les continents.
 
130 victimes. De vingt nationalités différentes. Des centaines de blessés. En attaquant la France, Daech a donc, une nouvelle fois, attaqué le monde.
 
Face à ce totalitarisme islamiste, la France mène et mènera une guerre implacable. Daech veut nous frapper, nous frapperons plus fort. Nous frapperons juste, car nous agissons au nom de la liberté et pour la sécurité de nos concitoyens. Et nous gagnerons ! Oui, même s’il faut du temps, même s’il peut y avoir d’autres épreuves, nous gagnerons cette guerre. Nous gagnerons cette guerre contre la barbarie.
 
Mesdames et messieurs les députés,
 
Gagner cette guerre, c’est mener de front deux combats. C’est s’attaquer – le ministre de la Défense le rappelait dimanche – au fond à deux têtes formées par ce terrorisme.
 
Ici, sur notre sol : en nommant notre adversaire – l’islamisme radical, le djihadisme, les fondements du salafisme –, en traquant les individus, en débusquant les cellules, en démantelant les réseaux, en cassant les filières, en mettant les terroristes hors d’état de nuire. En déjouant, aussi, les projets d’attentats, comme celui qui, après Paris et Saint-Denis, visait – le procureur de la République l’a rappelé hier – le quartier de La Défense. En coopérant avec nos voisins, la Belgique tout particulièrement, qui est aujourd’hui en état d’alerte.
 
La semaine dernière, à la suite du président de la République, j’ai exposé devant vous les mesures exceptionnelles, celles de l’état d’urgence, que nous prenons pour la sécurité de nos concitoyens. Dans ce cadre, depuis le 14 novembre, plus de 1 400 perquisitions administratives ont été ordonnées, 241 armes ont été saisies, dont une vingtaine d’armes de guerre. 272 personnes ont été assignées à résidence. Et nous poursuivons cette action sans trêve ni pause – le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, l’a encore rappelé il y a un instant.
 
Je vous ai fait part, également, des moyens supplémentaires que nous affectons à la protection de notre territoire – 120 000 policiers, gendarmes et militaires sont mobilisés –, des recrutements nouveaux auxquels nous allons procéder, des investissements pour les équipements de nos forces de l’ordre et des dispositions qui vont venir renforcer notre arsenal juridique, mais aussi tout ce qui est mis en œuvre depuis le début de l’année.
 
Mais le combat, nous devons, avant tout, le poursuivre en Irak et en Syrie. Car c’est là que Daech prospère dans l’impunité de ses crimes. C’est là qu’il faut frapper et agir à la racine.
 
Et si les racines de Daech, de l’Etat islamique, sont en Irak, l’épicentre de son terrorisme aujourd’hui, c’est la Syrie.
 
Les djihadistes en contrôlent l’Est et le Nord, qui constituent un solide bastion. Ils y ont installé leur pseudo-capitale : Raqqa. Ils y ont bâti un régime reposant sur la terreur, le vol, la contrebande, les trafics d’armes, de drogues, mais aussi d’êtres humains.
 
Depuis cet épicentre, les attentats s’organisent et se planifient. Dans ces repaires, les commandos viennent se former et prendre leurs ordres. C’est de là – nous le savons – qu’ont été commanditées les attaques, depuis plusieurs mois, visant notre pays.
 
Nous avions une responsabilité, nous avions surtout un devoir : intervenir militairement en Syrie, comme nous le faisions déjà en Irak depuis septembre 2014.
 
C’est pourquoi, le 7 septembre dernier, le chef de l’Etat a lancé l’offensive de nos forces aériennes dans le ciel syrien. Je vous avais alors informés, ici même, du cadre et des modalités de cette intervention.
 
Depuis, nos Rafale et nos Mirage ont multiplié les missions.
 
D’abord pour observer, acquérir du renseignement, mieux connaître et localiser les points stratégiques de l’ennemi. C’était une étape indispensable avant d’entrer en action.
 
Puis, nous avons frappé : des centres névralgiques, des postes de commandement, des camps d’entraînement. Nous avons détruit – les Américains et les Russes également – des infrastructures pétrolières, c’est-à-dire privé l’Etat islamique d’une partie de sa manne financière.
 
Le 13 novembre a changé la donne.
 
Une riposte à la mesure de l’agression que nous avons subie s’est imposée. Il n’y a pas d’alternative : nous devons anéantir Daech. Le président de la République l’a dit devant le Parlement réuni en Congrès.
 
Depuis dix jours, nos forces aériennes ont intensifié leurs frappes ; elles ont élargi leurs cibles, elles ont étendu le périmètre et la fréquence de leurs missions.
 
Nos chasseurs-bombardiers ont lancé huit raids sur Raqqa. Ils ont bombardé de nouveaux sites de Daech en Irak, à Mossoul, hier encore. Ceci porte à plus de 300 le nombre de frappes menées depuis que nos forces sont engagées au Levant.
 
Et notre action va prendre encore plus d’ampleur.
 
La présence depuis 48 heures en Méditerranée orientale de notre porte-avions, le Charles de Gaulle, nous donne une force accrue pour amplifier nos opérations aussi bien en Syrie qu’en Irak. Nos capacités sur zone ont été multipliées par trois.
 
Je veux rendre, ici, devant vous, une nouvelle fois, un hommage appuyé à tous nos militaires déployés au Moyen-Orient. Je veux saluer leur courage et leur engagement. J’ai pu constater leur sens du devoir, leur professionnalisme en me rendant sur une de nos bases aériennes en Jordanie. Ces femmes, ces hommes – comme celles et ceux de l’opération Barkhane – font la fierté de toute notre Nation. Et la France est derrière ses militaires, nos soldats qui se battent, là-bas, pour notre sécurité, ici, sur le territoire national.
 
Ils agissent sous l’impulsion, bien sûr, de l’état-major. Et ils agissent sous l’impulsion du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, dont je veux saluer l’action : son sens de la décision est particulièrement précieux au moment où tout le gouvernement est mobilisé pour la défense et la sécurité de notre pays.
 
Mesdames et messieurs les députés,
 
La France est au cœur de cette guerre contre Daech, aux avant-postes. Mais ce combat contre le terrorisme, c’est aussi celui des Nations unies.
 
Vendredi dernier, le Conseil de sécurité a fait preuve de responsabilité en adoptant à l’unanimité la résolution 2249 – les conditions n’existaient pas avant pour permettre ce vote – qui appelle à amplifier la lutte contre les groupes terroristes djihadistes. C’était une demande de la France, du président de la République et de notre diplomatie, exprimée au lendemain des attentats.
 
Ce combat, nous le menons aussi, dès à présent, dans le cadre d’une coalition avec une trentaine d’Etats, engagés militairement en Irak et en Syrie.
 
Et nous progressons, même si c’est difficile – il ne faut rien ignorer de ces difficultés et faire preuve de lucidité. Mais le rapport de force sur le terrain commence à s’inverser. Avec l’appui de la Coalition, les unités irakiennes et kurdes et l’opposition modérée syrienne ont réussi à endiguer l’expansion territoriale de Daech.
 
En Irak, les villes de Baïji et Sinjar ont été reconquises, coupant ainsi des axes stratégiques pour Daech, pour l’Etat islamique, entre Mossoul et Raqqa. C’est bien le signe que l’emprise de l’armée terroriste sur cette zone n’est pas une fatalité.
 
Daech commence à subir des dommages sérieux ; à éprouver des difficultés pour organiser les ravitaillements à Mossoul, pour payer ses combattants. Les recrues sont de plus en plus jeunes pour faire face aux pertes humaines et aux désertions. D’importantes restrictions touchent la population : eau, électricité, hausse des prix … La dégradation de la situation va s’accentuer avec l’arrivée de l’hiver.
 
Daech commence donc à reculer. C’est la preuve que cette organisation peut être vaincue. Et pour cela, nous devons aller encore plus loin, plus fort, parce que cette armée terroriste a encore des ressources ! Parce qu’elle peut encore mener des offensives.
 
Aller plus loin, c'est-à-dire mobiliser une coalition plus large. C’est la position de la France et elle est constante.
 
Avec les Etats-Unis d’Amérique, bien sûr. Pour eux aussi, le 13 novembre a changé la donne.
 
Le président de la République – vous le savez – était hier à Washington où il a rencontré le président Obama. Ensemble, nos deux pays, pays alliés, pays toujours soudés face aux épreuves, ont affirmé une volonté commune : agir encore plus étroitement, militairement et diplomatiquement.
 
Après ce qui s’est passé à Paris, il n’y a plus d’hésitation à avoir.
 
Une coalition plus large, c'est aussi une coalition dans laquelle les Européens doivent assumer leur responsabilité. Une responsabilité historique.
 
Le combat contre le terrorisme n’est pas seulement le combat de la France. C’est le combat de l’Europe entière ! Cela doit être le combat de l’Europe entière, de tous les pays de l’Union ; car les terroristes se jouent des frontières. Ils frappent sans discernement à Paris, à Bruxelles, à Copenhague, comme ils ont frappé hier à Londres ou à Madrid.
 
L’Europe fait face à une même menace. C’est donc dans son ensemble que l’Europe doit se mobiliser. Aucun pays d’Europe ne peut se croire à l’abri et hors de ce combat.
 
Au lendemain des attentats – et pour la première fois – nous avons invoqué l’article 42-7 du Traité de l’Union européenne. Nous avons fait appel à la solidarité de nos partenaires pour qu’ils contribuent directement aux opérations militaires. Pour qu’ils nous apportent leur concours logistique. Pour que nous ne portions pas seuls le fardeau de la guerre. Tous nos partenaires ont entendu cet appel. Il faut maintenant passer aux actes.
 
Dès à présent, plusieurs d’entre eux sont engagés à nos côtés en Irak : le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark. Mais nous avons besoin de tous, en Irak et en Syrie, mais aussi au Sahel ! L’attentat de Bamako est venu hélas souligner que les menaces – celles qui ont justifié notre intervention il y a deux ans – demeurent.
 
Nous aurons peut-être besoin de l’Europe, demain, en Libye : nos regards inquiets se tournent vers cette partie de l’Afrique du Nord, qui pourrait devenir – qui est en train de devenir – un nouveau repaire des terroristes de Daech, à nos portes. Déjà, la Tunisie subit des assauts très lourds : le musée du Bardo, la ville de Sousse et, hier, cette attaque à Tunis contre la garde présidentielle. Et je veux souligner une nouvelle fois notre solidarité à l’égard de la Tunisie et du peuple tunisien, parce que la Tunisie est un exemple dans le monde arabo-musulman, dans le Maghreb. Un exemple que les organisations terroristes, que Daech notamment, veulent abattre ! Parce que c’est là où il y a les cris de liberté, d’égalité entre les hommes et les femmes et de laïcité. Et la Tunisie mérite plus que jamais le soutien de la France, de l’Europe et de la communauté internationale.
 
Pour mobiliser l’Union européenne, le président de la République – vous le savez – rencontre ses principaux dirigeants : avant-hier, le Premier ministre britannique, David Cameron, qui va demander à son Parlement l’engagement de la Grande-Bretagne en Syrie ; ce soir, la chancelière allemande, Angela Merkel – et je voudrais saluer la décision de l’Allemagne qui pourrait dépêcher, au Mali, 650 hommes pour participer à nos côtés à la lutte contre le terrorisme et à la préservation de la paix. Demain matin, le Premier ministre italien Matteo Renzi sera à Paris.
 
Et nous le sentons bien : il y a enfin une prise de conscience quant à la gravité du danger et quant à la nécessité de joindre nos forces. C'est ce que nous disons depuis des mois, dans les Conseils européens comme dans les Conseils des ministres des Affaires étrangères ou de la Défense. Les attentats de Paris ont été un choc pour l’Europe entière. Elle a bien compris qu’elle était aussi visée.
 
Et pour l’Europe, également, le 13 novembre a changé la donne.
 
Au-delà des Etats-Unis et de l’Europe, nous devons mobiliser un front mondial. Nous sommes à l’heure de vérité. Chacun doit prendre ses responsabilités et dire clairement que l’ennemi, en Syrie, c’est Daech.
 
Cette position doit être sans ambiguïté celle de tous les pays de la région. Car laisser Daech proliférer, c’est faire planer une menace de déstabilisation de tout le Moyen-Orient.
 
Demain, le président de la République sera à Moscou. Il rencontrera Vladimir Poutine. Le dialogue avec les autorités russes – rétablissons quand même quelques vérités et un peu de bon sens – n’a jamais été interrompu : ni sur l’Ukraine et la mise en œuvre des accords de Minsk, ni sur la Syrie ! Ce dialogue a été permanent, et le président russe était, il y a encore quelques semaines, à Paris ; avec le président Hollande, ils ont discuté, bien sûr, aussi de la Syrie.
 
Mais pour la Russie, là encore, le 13 novembre a changé la donne. D’autant plus qu’elle aussi a été frappée par Daech, qui a revendiqué l’attentat contre un avion d’une compagnie russe : 230 morts ! Et nous avons affirmé tout de suite notre solidarité à l’égard de la Russie et du peuple russe ; Russie qui a reconnu que c’était bien un attentat, au lendemain de l’attentat qui a frappé Paris.
 
Nous agissons d’ores et déjà en coordination avec les Russes, qui interviennent directement en Syrie depuis le 30 septembre. Mais je veux rappeler que, jusqu’à présent, l’essentiel des frappes russes n’était pas dirigé contre Daech. Cette coordination s’avère d’autant plus importante après l’incident grave entre deux avions turc et russe – et le président de la République a appelé à la désescalade. Il ne doit y avoir aucune équivoque quant aux objectifs poursuivis, qui doivent uniquement viser à la destruction de Daech.
 
Si Daech est l’ennemi pour chacun des pays, l’objectif ne peut pas être de frapper l’opposition modérée syrienne. Chacun doit être mis devant ses responsabilités : l’objectif, c’est de frapper Daech et de détruire cette organisation terroriste qui a frappé aussi bien la France que la Russie.
 
Ce front mondial contre Daech ne peut pas – contrairement à ce que j’ai pu entendre – intégrer le régime syrien ! Car enfin ! Si Daech a pu autant prospérer, c’est parce que le régime de Bachar el-Assad lui a laissé les coudées franches.
 
Ce front mondial doit, enfin, apporter tout son soutien à ceux qui se battent contre les troupes de l’Etat islamique, c’est-à-dire notamment les Kurdes, valeureux combattants que nous soutenons, et les groupes de l’opposition syrienne modérée.
 
Soutenir cette opposition, lui procurer les équipements dont elle a besoin, lui permettre d’entretenir ses forces combattantes, unifier les milices locales, c’est faciliter la bataille au sol.
 
Et nous le savons bien : notre action aérienne doit appuyer les opérations terrestres. Celles-ci ne peuvent être conduites que par les forces insurgées locales, y compris kurdes, renforcées le cas échéant par des armées sunnites de la région. L’histoire récente nous l’apprend, en Irak ou en Libye, il serait totalement déraisonnable et improductif d’engager nous-mêmes des troupes au sol. Avec qui ? Dans quelles conditions ? Avec quels pays occidentaux ? Tirons les leçons de ce qui s’est passé dans cette région, et appuyons en revanche les troupes kurdes ou sunnites qui s’engagent sur le terrain.
 
Mesdames et messieurs les députés,
 
Nous sommes en guerre. Mais nous n’en sommes qu’au début. Elle demandera de la constance et de la ténacité. Cette guerre sera longue. Nous devons avoir ce langage de vérité envers nos compatriotes.
 
Ce langage de vérité, c’est aussi dire que l’action militaire ne sera pas suffisante pour stabiliser la Syrie, prévenir l’effet de contagion sur les pays voisins et endiguer le flux des réfugiés se dirigeant vers l’Europe.
 
Faire la guerre contre Daech, contre l’Etat islamique, c’est inscrire notre engagement militaire dans une stratégie de long terme. C’est tirer – je viens de vous le dire – les enseignements des interventions militaires conduites dans la région ces dix dernières années. C’est aussi être attentif à ne pas alimenter nous-mêmes et approfondir les tensions larvées ou frontales entre sunnites et chiites.
 
Nous avons besoin d’une transition politique en Syrie posant les bases d’une réconciliation nationale.
 
Tous nos efforts diplomatiques, toutes les initiatives portées avec tant de détermination et d’engagement par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, vont dans ce sens. Nous connaissons les difficultés, nous mesurons les obstacles, nous connaissons les ambiguïtés de différents acteurs de la région. Mais un processus s’est enclenché : ce sont les rencontres de Vienne, qui font suite déjà au processus de Genève. La France y contribue activement en parlant à tous les acteurs de la région. Aux pays limitrophes : la Turquie, la Jordanie, le Liban. Aux pays arabes : l’Egypte, l’Arabie saoudite, les pays du Golfe.
 
Il faut maintenant accélérer ces négociations, car nous sommes encore – le mot est faible – loin du compte, même s’il y a un certain nombre d’acquis, et il ne faut pas l’oublier : un cessez-le-feu, un gouvernement de transition, une nouvelle constitution pluraliste, des élections libres. Telles sont les bases acceptées par tous les pays participant aux discussions de Vienne, y compris les Russes et les Iraniens, avec lesquels nous parlons aussi, car ils ont une responsabilité cruciale dans le règlement de la crise syrienne.
 
La France parle à tous et tient le même langage. Ce qui fait notre force, c’est notre indépendance, c’est notre autonomie de décision, c’est notre clarté.
 
A tous les pays, nous disons – et ce sont les mots du président de la République, le 16 novembre, à Versailles, je les rappelle une nouvelle fois – que notre ennemi, c’est Daech, c’est l’Etat islamique.
 
Nous leur disons que dans le cadre de la transition politique, Bachar el-Assad ne pourra incarner l’avenir. Car comment, en effet, penser que les groupes syriens se rangeraient sous le même drapeau si on leur offrait pour horizon le maintien de celui qui a causé leurs malheurs et ceux de tout un peuple ?
 
Non ! Le régime syrien – comme certains voudraient le faire croire – ne peut en aucun cas être un partenaire. Non, la coopération antiterroriste ne peut être ni envisageable, ni utile avec ce régime qui lui-même recourt à la terreur. Ce n’est pas envisageable aujourd’hui comme cela ne l’était pas en mars 2012 quand la France a pris la juste décision de rompre les relations avec la Syrie, au lendemain des massacres de Deraa et d’Homs.
 
Il faut aussi se souvenir qu’en août 2012, certains de ceux qui exigent un bouleversement de notre politique vis-à-vis du régime syrien n’avaient pas de mots assez durs pour le condamner et exhortaient le président de la République et le gouvernement à agir fortement pour marquer l’opposition au régime. Et il ne faut pas non plus oublier que plusieurs de nos compatriotes étaient retenus comme otages en Syrie jusqu’en avril 2014 et que l’action de nos services de renseignement et de notre diplomatie a permis de les ramener sains et saufs.
 
L’action résolue contre l’Etat islamique et les filières terroristes implique une coopération avec l’ensemble des Etats de la région, y compris les Etats de transit direct comme la Turquie. Et si l’on veut prévenir ou limiter les tentations de ralliement de certaines populations sunnites de la région à Daech, à l’Etat islamique, il faut être capable d’énoncer une politique lisible, sans complaisance pour les atrocités commises par le régime syrien.
 
Et je veux être très clair : jamais le régime syrien n’a fait preuve jusqu’ici d’une volonté sincère de coopération en matière antiterroriste. Je le dis ici à l’Assemblée et au-delà : que chacun évite de se faire instrumentaliser face à ce débat et à ces rumeurs. Je ne laisserai pas mettre en cause nos services de renseignement et la politique de la France par rapport à la lutte contre le terrorisme !
 
Mesdames, messieurs les députés,
 
La France pleure ses morts mais elle ne plie pas. La France se bat et se battra sans relâche, jusqu’à atteindre son but : la destruction de notre ennemi, Daech.
 
Le gouvernement sollicite donc votre autorisation, en vertu de l’article 35 de la Constitution, de poursuivre l’engagement de nos forces en Syrie. Et je ne doute pas que, comme la semaine dernière, vous enverrez un message très fort à nos concitoyens.
 
Nous mobilisons notre armée. Nous mobilisons notre diplomatie. La France, parce qu’elle se défend, parce qu’elle est une grande puissance, parce qu’elle est un pays libre qui s’adresse au monde, mène le combat.
 
C’est le combat de notre époque, qui vient après d’autres que la France a su mener et emporter.
 
Et ce nouveau combat contre la barbarie, nous devons le mener unis et rassemblés. Ce combat, notre démocratie, fidèle à elle-même, fidèle à ce que nous sommes, une fois de plus, l’emportera !
Discours du Premier ministre - Engagement des forces en Syrie