22 octobre 2015 - Discours

Discours du Premier ministre - Comité interministériel de la mer

"La mer, c'est une tradition, un héritage, souvent transmis de père en fils… Mais c'est aussi de belles et de larges perspectives."
Messieurs les ministres, chers Jean-Yves LE DRIAN, Emmanuel MACRON et Alain VIDALIES,
Monsieur le député-maire, cher Frédéric CUVILLIER,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le président du Conseil régional, cher Daniel PERCHERON,
Monsieur le président du Conseil départemental,
Monsieur le président du Cluster maritime français,
Monsieur le Secrétaire général de la mer,
Mesdames et messieurs les représentants du monde maritime,
Mesdames et messieurs,
 
Nous sommes, aujourd'hui, dans une ville d'histoire et de grande tradition maritime, une ville ouverte sur la mer et son horizon infini, ouverte sur les échanges économiques, culturels et humains. Au cœur de Boulogne-sur-Mer, de son identité, de la vie quotidienne des habitants, il y a le port, le premier port de pêche français, point de rencontre des réseaux européens, maritime, ferroviaire et routier.
 
Il était donc tout naturel de nous réunir ici – le symbole était important – pour tenir ce conseil interministériel de la mer. Et de le tenir, également, ici, au Nausicaa, qui doit tant à Guy LENGAGNE que je salue ; et qui sensibilise le grand public à une meilleure gestion des océans, qui crée ce lien indispensable – dans cette économie bleue que nous voulons – entre les citoyens et les océans.
 
La France est une grande Nation maritime, avec le deuxième espace maritime au monde, des façades étendues, un littoral attractif, des territoires dans tous les océans grâce à nos Outre-mer qui représentent plus de 95% de notre zone économique exclusive. Les activités de la mer, qu'il s'agisse d'activités traditionnelles comme la pêche et le transport, ou d'activités nouvelles telles que les énergies renouvelables, génèrent, il faut le rappeler, plus de 300 000 emplois directs.
 
La mer, c'est une tradition, un héritage, souvent transmis de père en fils… Mais c'est aussi de belles et de larges perspectives.
 
Le président la République l'a dit au début du mois, en inaugurant au Havre le plus grand porte-conteneurs du monde : l'Etat est là, aux côtés des collectivités territoriales, aux côtés des acteurs publics et privés, pour accompagner le secteur maritime français.
 
C'est la raison de ce comité interministériel : nous voulons permettre au secteur maritime de se moderniser, de répondre aux défis qu'il rencontre, de continuer à progresser et de rester parmi les tout premiers mondiaux. Toute la France pourra ainsi tirer pleinement profit du potentiel considérable de la croissance bleue.

 
C'est dans cette même perspective que nous soutenons la proposition de loi pour une "économie bleue" du député Arnaud LEROY. Elle sera examinée à la fin du mois par la commission du développement durable de l'Assemblée nationale.
 
 
Ce comité interministériel a travaillé autour de trois enjeux ; a formulé beaucoup de propositions.
 
Le premier enjeu – condition sans laquelle rien n'est possible – c'est assurer pleinement la sécurité de notre domaine maritime. C'est un enjeu de souveraineté.
 
Vous connaissez comme moi les menaces : terrorisme, bien sûr, mais aussi piraterie, développement des trafics illicites, cybercriminalité. Le gouvernement agit d'ores et déjà pour renforcer la protection des navires. Ce comité interministériel va plus loin – Jean-Yves LE DRIAN a eu l'occasion de formuler un certain nombre de propositions – en adoptant une stratégie de sûreté des espaces maritimes, avec des actions très concrètes : sécurité des ports et des transports, cyber-sécurité, amélioration de la lutte contre les narcotrafics, meilleure coordination entre les différentes forces.
 
Pour mieux surveiller nos espaces maritimes, en particulier Outre-mer – qui sont aujourd'hui, de par leur étendue et les richesses qu'ils recèlent, particulièrement convoités –, de nouveaux navires seront livrés en 2016 et 2017. L'Etat consacre plus de 250 millions d'euros à cet ambitieux programme de renouvellement.
 
Nous devons enfin – et les marins le savent bien – poursuivre nos efforts en matière de sécurité de la navigation et de sauvetage. Nos capacités d'intervention contre les sinistres en mer de grande ampleur seront donc renforcées – je pense notamment aux "méga porte-conteneurs" et aux très grands paquebots de croisière. Atout ici, atout aussi bien sûr en Outre-mer.
 
La Société nationale de sauvetage en mer bénéficiera de plus d'un million d'euros de financements nouveaux pour 2016, qui s'ajoutent à l'effort déjà réalisé en 2015. Mais le gouvernement, d'une manière plus générale, confirme la pérennisation au-delà de ces dates de ces ressources.
 
Nous avons été très fiers, monsieur le député-maire, de rencontrer les hommes de la société humaine et des naufrages de Boulogne-sur-Mer. Un beau mot que celui de "Société humaine", société née ici en 1825, première station à l'époque de sauvetage en France. C'est ce courage, cette abnégation, cette fierté de ces hommes que nous avons aussi voulu saluer : courage, abnégation, fierté, société humaine, ce sont des valeurs qu'il faut plus que jamais promouvoir.
 
Le deuxième enjeu, c'est de moderniser nos ports et notre flotte pour libérer tout leur potentiel en termes de croissance et d'emplois.
 
Les ports français subissent la concurrence toujours plus vive des autres ports européens : 50 % des marchandises arrivant en France par la mer transitent par des ports étrangers. Ce n'est pas acceptable quand on connaît le potentiel de nos grands ports de conteneurs : Le Havre, Marseille et Dunkerque, qui font chaque jour la preuve de leur capacité d'adaptation et d'innovation.
 
Nous voulons, aujourd'hui, donner un nouvel élan à nos ports. Les contrats de plan Etat-Région prévoient déjà 350 millions d'euros d'investissements pour moderniser les infrastructures de transport et développer l'intermodalité – essentielle pour resserrer les liens entre les ports et le reste du pays. Je n'oublie pas les projets dans cette région qui concernent Boulogne, Dunkerque et bien sûr Calais. Nous en avions parlé à l'occasion de la signature du contrat de plan il y a quelques mois à Lille.
 
Et nous avons aujourd'hui arrêté des mesures de simplification pour doper la compétitivité de nos ports. De nouvelles initiatives seront engagées rapidement afin de donner aux portes d'entrée maritimes de notre pays les moyens de leurs ambitions, afin de poursuivre le développement des fonctions logistiques autour des ports, pour attirer plus de grands opérateurs maritimes.
 
Le gouvernement mobilise également 54 millions d'euros en faveur des investissements portuaires Outre-mer, aux Antilles et à La Réunion, pour permettre à ce secteur de devenir plus encore un moteur de développement économique de ces régions et de leur bassin maritime. Nous soutiendrons ainsi la création de hubs de transbordement, comme à La Réunion et à Saint-Pierre-et-Miquelon.
 
Nous devons, aussi, moderniser la flotte sous pavillon français. Les armateurs de notre pays seront incités à faire construire des navires dans les chantiers navals français grâce à un dispositif d'assurance-crédit favorable. Les dispositifs de financement seront sécurisés. Ce sont des avancées essentielles pour encourager l'industrie française, à la pointe dans ce domaine. L'appel à projet de l'ADEME sur les ferries propres sera par ailleurs prolongé d'un an afin d'accompagner la transition énergétique des navires à passagers dans toutes les zones maritimes.
 
Nous devons également moderniser – et je sais que c'est un point tout particulièrement attendu, je sais que vous en êtes ici à Boulogne totalement convaincus – notre flotte de pêche, avec des bateaux plus sûrs, moins coûteux, plus économes et plus performants.
 
Nous souhaitons donc mettre en œuvre un dispositif peu coûteux, mais aux effets économiques immédiats, qui génère des investissements et donc des emplois dans la construction navale française. Nous voulons lever l'obstacle que représente une fiscalité très lourde qui ne permet pas le renouvellement de la flotte de pêche ; les professionnels nous l'ont rappelé ce matin. C'est pourquoi nous allons étudier rapidement, dans le cadre d'une concertation étroite avec la profession, la mise en œuvre d'une mesure de facilitation fiscale, voire d'exonérations. Nous pensons bien sûr à l'exonération des plus-values de cession d'une entreprise de pêche en cas de rachat d'un bateau. Nous pouvons avancer vite sur ce sujet-là et nous savons quel est l'effet de levier pour l'ensemble du secteur.
 
Par ailleurs, une réforme des permis de mise en exploitation permettra aussi d’encourager le renouvellement de la flotte et de faciliter l'installation des jeunes qui veulent embrasser ce métier – c'est un métier d'avenir ; cette vocation.
 
Nous devons également concevoir dès maintenant le bateau de pêche du futur : propre, innovant, intelligent. "L’Arpège", que nous avons visité ce matin et qui sera baptisé dans les jours qui viennent, montre l'exemple ! Avec des industriels qui prennent des risques et qui investissent. Des bateaux d'une nouvelle génération, qui assurent également – nous l'avons souligné avec Alain VIDALIES – de bonnes conditions de travail, avec une sécurité pour les marins, pour les pêcheurs.
 
Moderniser, c’est enfin moderniser les professions liées à l'aquaculture en France. Des zones pilotes d'implantation seront ainsi développées. C'est un sujet majeur, alors que la très grande majorité de notre consommation est aujourd'hui importée.
 
Le troisième et dernier enjeu, c'est enfin de s'adapter au changement des usages, des attentes et de préparer l'avenir.
 

Il faut pour cela faire mieux cohabiter les différents usages de la mer, c'est-à-dire faire cesser la concurrence entre transport commercial et navigation de plaisance, entre implantation d'éoliennes et pratiques de la pêche.
 
Chacune de ces activités est légitime et doit pouvoir prendre son essor. Il faut pour cela permettre aux acteurs de mieux se concerter pour mieux planifier, organiser les espaces maritimes.
 
Ce travail a été engagé dans le secteur Manche-Mer du Nord. Je souhaite qu'il soit généralisé à l'ensemble des façades maritimes en 2016. Je compte sur la mobilisation des Conseils maritimes de façade et sur le nouveau Conseil national de la mer et des littoraux, qui sera installé très rapidement.
 
Préparer l'avenir, c'est aussi s'assurer que le développement économique en mer – qui est un atout, Emmanuel MACRON le rappelait dans notre réunion – soit respectueux des milieux marins, très riches, mais aussi très vulnérables. La France est déjà parmi les pays les plus avancés en termes d'aires maritimes protégées. Elle doit poursuivre sur cette voie en mettant en place des modalités de surveillance adaptées. Le comité interministériel a pour cela tracé des perspectives et fixé la feuille de route.
 
Nous agissons enfin pour la recherche et l'exploration des grands fonds marins, riches en minerais et en ressources biologiques. Ce sont des secteurs dans lesquels nous disposons déjà d'atouts industriels majeurs. Nous souhaitons pouvoir adopter un cadre qui réunirait l'ensemble des acteurs concernés – Etat, salariés, chercheurs, qui forment une communauté passionnée, bien représentée par son Cluster maritime et qui souvent y consacrent une vie.
 
Ils innovent pour conforter leur savoir-faire, ils investissent dans de nouveaux secteurs, et surtout, ils ont le sens de l'aventure, de la conquête, et cette ténacité qui caractérise les gens de la mer, les marins. La France s’honore de leur travail et l'Etat est là, à leurs côtés, pour faire vivre notre ambition maritime.
 
Car la mer fait partie de ce qu'est la France : elle contribue à faire de nous une grande puissance sur tous les océans, un grand pays dont nous pouvons être fiers. Nous sommes très fiers et très heureux d'avoir tenu ce conseil interministériel, ici, à Boulogne. C’est, me semble-t-il, cette force que nous devons continuer à soutenir.
 
Mesdames et messieurs,
 
Ce comité interministériel dit toute l'ambition de mon gouvernement pour une politique maritime forte, cohérente, volontaire. Une politique maritime qui préserve nos intérêts, qui protège nos richesses et qui agit comme un moteur pour le développement des territoires ouverts sur la mer, pour la création de valeur, pour l'emploi, à travers la formation.
 
Nous avons vu dans cet organisme de formation, le CFPMB, de très belles choses, grâce à la formation à ces métiers ; le potentiel qui existe et qui doit être davantage exploité dans ces différentes filières, en valorisant les métiers liés à la mer. Nous avons vu aussi ce que pouvait apporter une entreprise comme la Socarenam avec ses chaudronniers, avec ses salariés, ses ouvriers, qui étaient fiers de ce qu'ils étaient en train de réaliser, et des perspectives d'emploi que l'on peut retrouver. Nous l’avons vu, aussi, avec ces innovations dans la start-up Eel Energy, qui montre qu’on peut être à la pointe dans ce secteur.
 
La mer nous donne beaucoup, et donc nous devons également lui donner beaucoup.
 
C’est le message de ce comité interministériel que nous avons tenu, et nous sommes prêts, bien sûr, à répondre à vos questions.
Discours du 22 octobre 2015 - Comité interministériel de la mer