19 octobre 2015 - Discours

Discours du Premier ministre - Clôture à la Conférence sociale

Mesdames, messieurs les ministres,
Madame et messieurs les présidents et secrétaires généraux,
Monsieur le président du Conseil économique, social et environnemental,
Mesdames, messieurs les élus,
Mesdames, messieurs,

La conférence sociale – chacun l’a bien compris – est ce moment important où tous les acteurs sociaux se retrouvent sur l’essentiel : renforcer notre économie, développer l’emploi, garantir les droits des Français, faire avancer notre pays.

Faire avancer notre pays, c’est-à-dire réformer. Tous ceux qui partagent ces objectifs, au-delà des différences légitimes dans une démocratie, sont ici.

Je veux remercier à mon tour le Conseil économique, social et environnemental et son président, Jean-Paul DELEVOYE, pour leur accueil. Votre assemblée, monsieur le président, est l’incarnation même du dialogue entre les forces vives du pays – représentants syndicaux, représentants patronaux, associations, personnalités. Et je salue la qualité de vos travaux.

Je salue aussi les "facilitateurs", comme on dit, pour leur contribution de qualité à nos travaux – Yves BAROU, Jean-Marie MARX, Isabelle KOCHER – et la préparation menée ces dernières semaines par la ministre Myriam EL KHOMRI.

Permettez-moi un mot plus personnel pour deux personnalités. Je ne doute pas que nous les retrouverons, dans les mois, dans les années qui viennent, à d’autres étapes. Mais puisqu’ils vont choisir dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines un autre parcours, je voudrais les saluer : il s’agit de Jean-François PILLIARD et de Gilles GATEAU.

Le climat de cette conférence sociale est très différent de celui des dernières années et – le président de la République l’a dit ce matin avec force – nous sommes à un moment décisif. Un moment où le rapport de notre pays au dialogue social pourrait changer radicalement. Chacun doit le mesurer, en prendre conscience et agir en conséquence.

Les derniers événements qui se sont produits au sein d’AIR FRANCE ont choqué. Il peut y avoir des divergences, de la véhémence, de la colère même, et c’est normal quand il y a de l’inquiétude de la part des salariés à propos de leur emploi ou de l’avenir de leur entreprise. Mais rien, jamais rien ne justifie la violence, les menaces et l’humiliation, et toutes les violences ne se valent pas. Le dialogue, ce n’est pas la violence. Le dialogue, c’est le respect.

Ces événements sont une négation de la vision que tous ici, je crois, nous portons. Ils sont la négation même du dialogue qui existe et qui doit exister dans nos entreprises et ils sont la négation même du syndicalisme. Je l’ai rappelé moi-même en me rendant au siège d’AIR FRANCE le 6 octobre, en rencontrant tous les salariés qui avaient fait l’objet de violences et en en discutant notamment avec les secrétaires des instances représentatives.

Et d’ailleurs, comme l’ont souligné le président de la République et la ministre du Travail, le dialogue social, ce sont 35 000 accords d’entreprise tous les ans, 60 % des plans sociaux qui font l’objet d’un accord et un nombre de jours de grève, pour différentes raisons bien sûr, en constante diminution.


Nous le voyons bien : il y a différentes manières de saper et de mettre en cause les fondements de la démocratie sociale.

L’une, idéologique, assumée aujourd’hui par certains, qui dénonce tous les corps intermédiaires, tous les représentants, qui met en cause la légitimité même des partenaires sociaux en général et des syndicats en particulier. Cette approche a le mérite de la clarté. Elle est fondamentalement dangereuse pour la cohésion sociale dans notre pays et pour la cohésion interne des entreprises. Elle peut conduire à l’affrontement. Mais elle s’appuie aussi indéniablement sur une partie de l’opinion. Ayons la lucidité de le voir.

Et puis il y a une autre façon d’abîmer le dialogue social, différente, peut-être d’une certaine manière plus insidieuse. C’est lorsqu’on s’enferme dans les postures, lorsque les enjeux internes l’emportent sur l’intérêt général, lorsqu’on refuse d’entendre ses interlocuteurs. Aujourd’hui, certains donnent des arguments, des armes aux adversaires du dialogue social.

Alors, l’alternative est simple : soit nous donnons raison à ceux qui parient sur l’échec de tout dialogue, qui veulent au fond tirer un trait sur ce qui constitue notre modèle de relation entre les partenaires sociaux – à cela, je m’y refuse ; soit nous faisons la démonstration que le dialogue social permet de transformer notre pays, d’agir pour la justice sociale ; permet d’anticiper et d’accompagner les changements indispensables. Et à cela, nous devons nous employer d’arrache-pied.
Soyons conscients que l’immobilisme ne fait que nous affaiblir collectivement et qu’à terme, il peut condamner notre modèle social. Nous tous savons que c’est justement en le réformant que nous pourrons le préserver et concilier la compétitivité retrouvée de notre économie et les droits nouveaux qu’il faut construire pour les actifs, pour les salariés de demain.

C’est donc avec vous, qui faites le choix du mouvement, du dialogue – ce qui ne veut pas dire être d’accord avec tout ce que fait le gouvernement, bien évidement –, du progrès, que mon gouvernement continuera d’avancer et d’assumer toutes ses responsabilités.


J’entends certains parler "d’autoritarisme social", je voudrais leur répondre : quand, au terme du dialogue, au terme d’une négociation, il faut prendre ses responsabilités, je le fais – chacun a eu l’occasion de le faire ici. Je ne donnerai aucune leçon dans ce domaine-là. Mais confondre mouvement et autoritarisme, c’est ne plus laisser qu’une option : le conservatisme.

Alors, oui, nous assumons d’avoir pris l’initiative d’une loi après l’échec de la négociation sur le dialogue social dans l’entreprise au printemps dernier, parce que c’est précisément la responsabilité du gouvernement de le faire lorsque les partenaires sociaux n’ont pu aboutir. Et nous avons simplifié profondément le fonctionnement des instances de dialogue dans la loi défendue par François REBSAMEN.

Nous assumons d’avoir permis, grâce à la loi croissance et activité portée par Emmanuel MACRON, de nouvelles possibilités d’ouverture des commerces le dimanche, y compris là où les exécutifs communaux ne parvenaient pas eux-mêmes à privilégier la création d’emplois sur d’autres considérations.

Nous assumons pleinement d’avoir décidé l’application de l’accord qui réforme en profondeur –  et je sais que cela fait débat, et je le comprends – les classifications dans la fonction publique, parce que nous étions convaincus, avec Marylise LEBRANCHU, que c’était un bon accord pour les fonctionnaires et pour l’efficacité même de nos services publics – donc du pays.

Nous assumons, enfin, de nous être félicités, vendredi, avec Marisol TOURAINE, de l’accord de principe trouvé entre le patronat et trois organisations syndicales pour sauver l’avenir des retraites complémentaires, parce que cet accord était nécessaire et parce qu’il est juste, se référant non à l’âge du départ à la retraite – contrairement à ce que je lis ici ou là – mais à la durée de la carrière.

Et nous assumons aussi, enfin, de lutter avec acharnement contre les fraudes au détachement qui sapent le fondement même de notre modèle social, au détriment tant des salariés que des employeurs.

Mesdames, messieurs,
Le monde du travail se transforme – vous le savez, cela a été rappelé encore ce matin et cet après-midi – sous l’effet de mutations sociales, technologiques, industrielles, écologiques. Beaucoup l’annoncent depuis des années, et aujourd’hui, nous sommes au cœur de cette transformation.

Un modèle disparaît, un monde aussi : celui de salariés évoluant toute leur carrière au sein d’une même entreprise.

De nouvelles formes d’activité, de pluriactivité se développent, et je pense aussi à l’économie collaborative.

Des aspirations plus individuelles progressent dans les rapports sociaux comme dans la société, au détriment parfois de la dimension collective – et c’est là tout l’enjeu pour les acteurs publics : concilier cette aspiration individuelle avec une aspiration collective.

Toutes ces transformations n’ont pas été suffisamment anticipées. Les différents acteurs se sont trop souvent contentés d’ajustements à la marge de notre modèle social, là où il faut parfois le reconstruire.

Voilà la démarche que nous avons engagée. L’objectif, c’est bien d’anticiper les transformations de notre économie et construire le modèle social du XXIe siècle, ce qui implique bien évidemment d’agir sans relâche – car sinon rien n’est possible – pour faire baisser le chômage et répondre à l’urgence sociale.


Réinventer notre modèle social, c’est créer de nouveaux droits qui suivent les salariés tout au long de leur carrière, indépendamment de leur statut et de leurs évolutions professionnelles. C’est encourager la mobilité, la prise de risques. C’est donner à chacun la possibilité de rebondir sans craindre le chômage, le déclassement, l’exclusion.

Le président de la République a rappelé ce matin le cap ambitieux qu’il a fixé en avril dernier et qui est inscrit désormais dans la loi : le compte personnel d’activité entrera en vigueur le 1er janvier 2017.

Il est l’aboutissement d’étapes franchies depuis 2012. Je pense à l’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 – un bel exemple de ce qu’on peut accomplir par le dialogue social – qui a permis de créer le compte personnel de formation et les droits rechargeables à l’assurance chômage. Je pense aussi au compte personnel de prévention de la pénibilité.

Il faut désormais franchir une nouvelle étape. Vous y avez travaillé cet après-midi, en vous appuyant notamment sur les travaux menés par France Stratégie et animés par Jean PISANI-FERRY. Vous vous êtes tous retrouvés sur l’intérêt de cet outil pour apporter une réponse aux nouveaux défis du marché du travail : instabilité des parcours, ou encore diversité des statuts.

De vos échanges, je retiens quatre orientations, que le gouvernement fait siennes :
  • le compte doit d’abord permettre aux actifs de mieux connaître leurs droits pour mieux les mobiliser ;
  • il faut aussi avancer par étapes pour construire une réforme ambitieuse ;
  • troisième orientation : l’outil ne suffit pas, il faudra accompagner les actifs dans son utilisation. Il faut pour cela mobiliser tous les partenaires, et au premier chef, les missions locales et Pôle emploi. Je m’y engage ici : si des besoins complémentaires se faisaient sentir, nous serons prêts à les déployer. Et je suis certain, dans ce domaine, que l’AFPA, qui doit jouer un rôle essentiel, pourra être un outil important ;
  • le compte personnel d’activité doit enfin être un outil de lutte contre les inégalités.

Plusieurs d’entre vous ont avancé l’idée que le compte personnel d’activité doit être abondé pour les personnes moins qualifiées. C’est également la proposition du Collectif ALERTE.

Il peut être mis à profit également pour les personnes qui maîtrisent mal le français – un grand facteur de discrimination dans l’entreprise. La langue de la République est le français, et donc l’apprentissage de notre langue doit être un devoir, mais aussi un droit pour tous. Ce compte doit en être l’outil principal. Nous ferons des propositions précises dans ce domaine dans les semaines à venir.

Je souhaite que vous puissiez engager rapidement des discussions interprofessionnelles pour définir le calendrier et la méthode de mise en place de ce compte, ainsi que des mesures pour sécuriser mieux encore les parcours professionnels. Il est souhaitable, en effet, que vous exprimiez sur ce sujet vos orientations : elles nourriront le projet de loi que Myriam EL KHOMRI présentera au début de l’année 2016. Un document d’orientation vous sera envoyé d’ici la fin du mois.

Mieux sécuriser les parcours professionnels, ce sera aussi l’objectif de la négociation sur l’assurance chômage qui s’ouvrira début 2016, en vue d’une nouvelle convention au 1er juillet prochain. L’accord de principe sur l’AGIRC et l’ARRCO lève l’épée de Damoclès qui pouvait peser sur cette négociation. Un autre enjeu sera bien sûr d’assurer la viabilité financière de l’UNEDIC. Et, là aussi, chacun devra assumer ses responsabilités.

Je pense également à la réforme d’Action logement pour faciliter l’accès au logement des actifs, notamment des salariés des TPE et PME. Vous avez souhaité cette réforme et elle fera l’objet d’un projet de loi examiné et voté début 2016. Elle se traduira ensuite par des ordonnances qui seront adoptées d’ici à l’été.

Et Action logement financera une nouvelle garantie de loyers. Les jeunes de moins de 30 ans, les demandeurs d’emploi et les salariés en situation de précarité en bénéficieront dès le 1er janvier prochain. Nous lèverons donc un frein important à la mobilité géographique.

Votre première table ronde a ainsi permis des avancées quant à l’accompagnement de l’évolution des carrières.

La deuxième transformation majeure qu’il faut anticiper, et dont vous vous êtes saisis : c’est celle de la transition énergétique.

L’objectif est simple, il est vital : limiter la hausse des températures liée à l’activité humaine à deux degrés maximum d’ici la fin du siècle. Sans cela, l’humanité sera menacée.

Il faut une mobilisation de chacun : le gouvernement, bien sûr, mais aussi les collectivités, les élus, les associations, les chercheurs, les scientifiques, les industriels, et bien évidemment les citoyens eux-mêmes. Aussi le dialogue social, les partenaires sociaux, ont-ils un très grand rôle à jouer.

Il faut donc une mobilisation de tous, mais aussi une prise de conscience générale : le changement climatique n’est pas une entrave au développement, mais au contraire, une opportunité pour plus de croissance, pour plus d’emplois, pour innover, inventer de nouvelles technologies, permettre à l’industrie française d’être à la pointe.

Notre responsabilité est d’anticiper, de forger une vision de long terme, de provoquer les ruptures technologiques, d’organiser les mutations dans les emplois et les compétences.

60 % des métiers et carrières de demain n’existent pas aujourd’hui – c’est une estimation du ministère du Travail américain. Et ce qui est vrai aux États-Unis l’est sans aucun doute en France. La transition énergétique, associée au développement du numérique, portera une partie de ces nouveaux métiers. Ce sont les métiers des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique – "ville durable", "maison intelligente", "réseaux intelligents" – qui permettent à chaque consommateur d’être aussi producteur d’énergie. Nos filières de construction évolueront également – nos artisans du bâtiment se forment ainsi dès aujourd’hui pour acquérir le label de l’entreprise "reconnue garante de l’environnement".

Ces transformations, à condition que la mobilisation soit pleine et entière, seront créatrices d’emplois – elles le sont déjà – ; d’emplois, pour l’essentiel, non délocalisables. L’objectif que nous avons fixé de 500 000 rénovations énergétiques par an y concourt. Tout comme celui des 100 gigawatts d’énergies renouvelables à installer en France, grâce au photovoltaïque et à l’éolien surtout, mais aussi aux énergies marines, et à l’hydroélectricité.

Pour toutes ces filières, les acteurs français avancent leurs pions et exportent leurs savoir-faire partout dans le monde – même si on peut encore améliorer nos performances. Les exemples sont nombreux, avec nos grands groupes – EDF, Areva, Engie, Alstom – mais aussi avec des PME comme Akuo – je l’ai rencontrée il y a quelques jours au Japon.

Nous aurons également et durablement besoin de l’énergie nucléaire. C’est cela le "mix énergétique" prévu par loi de transition énergétique portée par Ségolène ROYAL. Il y aura là aussi des besoins très importants – de l’ordre de 100 000 emplois d’ici 2020 – pour accompagner EDF dans la modernisation de son parc historique. Soyons lucides : l’image du nucléaire est abîmée dans le monde depuis 2011. Mais la France est dans la meilleure position pour en relancer la dynamique avec, à la clé, des contrats pour notre commerce extérieur. Je veux le dire très clairement : ce parc a rendu d’incomparables services à notre pays. La filière nucléaire reste une filière d’avenir, et elle va continuer à rendre ces services à notre pays.

Il faut désormais, ensemble, prolonger et amplifier ce mouvement, décloisonner les actions, partager les objectifs.

Vos travaux de cet après-midi ont permis de dessiner les grands axes d’une politique de l’emploi et de la formation qui réponde aux besoins de la transition énergétique. C’est essentiel car, comme le disait l’un d’entre vous ce matin : l’environnement sans le social, c’est la décroissance ; le social sans l’environnement, c’est le productivisme. Le social avec l’environnement, c’est la croissance et l’emploi de demain !

Le gouvernement adressera avant la fin du mois de novembre une lettre de mission au président du Conseil national Emploi, Formation et Orientation professionnelle pour qu’il se saisisse de ces problématiques. Un point d’étape sera ensuite organisé à la fin du 1er semestre 2016.

Notre économie a également besoin d’entreprises qui s’engagent pour le développement durable. C’est un enjeu, bien sûr, environnemental, mais aussi, je le répète, un enjeu de compétitivité et d’attractivité. La plateforme "responsabilité sociétale des entreprises" que nous avons mise en place il y a deux ans au sein de France stratégie constitue déjà un levier efficace. Je souhaite m’appuyer sur elle pour assurer le suivi de la Conférence Paris Climat dans les entreprises et préparer la Conférence internationale du travail de juin 2016, et notamment le renforcement des responsabilités des donneurs d’ordres à l’égard de leurs sous-traitants.

Enfin, mesdames et messieurs, vous avez travaillé sur la révolution du numérique, sur la manière de l’accompagner et d’adapter notre droit. Vos travaux ont été particulièrement intéressants.

Le rapport que Bruno METTLING a remis à la ministre du Travail il y a quelques semaines dresse un diagnostic passionnant, précis, de l’impact de cette transformation sur le monde du travail, sur la réalité quotidienne de millions de salariés, avec notamment la limite rendue plus floue entre vie professionnelle et vie personnelle.

La concertation en cours sur la réforme du droit du travail sera ouverte à ce thème. Les grands principes seront inscrits dans la loi portée par Myriam EL KHOMRI. Mais – puisque c’est désormais notre approche – nous ferons confiance aux acteurs de l’entreprise pour définir les mesures qui leur conviennent le mieux.

Cette transformation est aussi un vivier de développement, de créations d’emplois, tant pour les salariés qualifiés que pour les moins qualifiés. Et nous n’avons pas encore mesuré toute l’étendue des possibles !

Je pense au phénomène – il est dans toutes les têtes – qu’on appelle "l’uberisation" de notre économie, avec des impacts considérables dans les domaines – pour ne citer qu’eux – des transports et du tourisme. Cette transformation est à l’œuvre. Il ne faut pas la voir seulement comme une menace mais aussi comme une chance pour notre économie. Chacun doit être capable de s’en saisir. Il faut pour cela lever les freins et les barrières, permettre à chacun de développer sa propre activité, faciliter la mobilité et la prise de risque. Et plus de modernité, ce ne sera pas plus de précarité ! Les actifs doivent bénéficier d’une meilleure protection sociale – c’est d’ailleurs un des enjeux du compte personnel d’activité.

La France – chacun le reconnaît dans le monde – est pionnière dans le domaine du numérique. Nous avons les technologies, les ingénieurs, l’imagination, les talents. Ce doit être une brique essentielle de la Nouvelle France industrielle que nous voulons construire avec Emmanuel MACRON. Car l’enjeu, c’est de bâtir une industrie qui soit plus connectée, qui propose aussi de meilleurs produits, de meilleurs services – bref, de meilleures solutions. Une industrie qui crée des emplois et gagne des parts de marché. Des entreprises innovantes qui deviennent les champions de demain !

Faire réussir la Nouvelle France industrielle : vous y avez travaillé cette après-midi. Il est indispensable de placer les enjeux du capital humain au cœur du projet. Et donc notamment de faire évoluer notre appareil de formation. Il faudra également structurer une politique d’emploi et de formation commune.

Il faudra sans doute être plus imaginatif dans ce domaine que nous ne l’avons été par le passé. Et je retiens la proposition faite ce matin d’établir une cartographie de l’évolution des métiers qui permettrait de mieux anticiper les mutations de notre industrie. L’État, le gouvernement seront à vos côtés pour y travailler.

Le ministre de l’Économie proposera d’ici la fin de l’année une stratégie nationale pour que l’économie française tire pleinement parti des potentiels du numérique. Elle alimentera le projet de loi qu’il présentera au 1er semestre 2016.

L’agenda social des réformes ne s’arrête pas là. Un autre chantier est ouvert que je veux à mon tour aborder : la refonte du code du travail.

J’ai lancé la réflexion devant vous, partenaires sociaux, en février dernier, en présentant la mission confiée à Jean-Denis COMBREXELLE : tout d’abord, repenser la façon dont nous concevons, dans notre pays, les normes sociales, en donnant plus de liberté à l’accord d’entreprise et de branche ; également mieux prendre en compte les réalités propres aux différents secteurs d’activité et aux diverses tailles d’entreprises.

Mais cela suppose aussi d’assurer une meilleure reconnaissance du fait syndical dans l’entreprise, y compris des moyens qui lui sont donnés. On ne peut pas se plaindre de l’absence de participation à certaines élections, du trop peu d’adhérents dans les syndicats et ne pas donner les moyens aux syndicats de pouvoir accomplir pleinement leur mission – je pense, par exemple, au chèque syndical.

Les propositions de Jean-Denis COMBREXELLE sont maintenant connues. Le gouvernement, vous le savez, y souscrit. D’autres propositions sont venues nourrir notre réflexion, certaines éminentes – je pense au travail de Robert BADINTER et d’Antoine LYON-CAEN.

Notre droit du travail est devenu trop complexe et donc illisible. Les petites entreprises ne peuvent pas en maîtriser toutes les règles et les salariés ne connaissent pas leurs droits. On est donc face à ce paradoxe où les entreprises sont dissuadées d’embaucher par des protections qui sont bien souvent virtuelles.

Notre objectif doit être un droit du travail appliqué par les entreprises et des droits effectifs pour les salariés.

Nous voulons pour cela donner plus de souplesse aux acteurs de terrain dans les entreprises et dans les branches pour s’adapter à leur environnement par la négociation, avec un code du travail articulé autour de trois niveaux :
  • Le socle des droits et principes fondamentaux garantis par la loi et auxquels il ne peut être dérogé.
  • Les dispositions relevant des accords collectifs.
  • Les règles qui viennent suppléer l’absence d’accord.
Alors, pas de temps à perdre : il faut engager ce chantier dès maintenant ! Je souhaite que nous mettions en œuvre cette nouvelle architecture dès la loi de 2016 dans certains domaines essentiels, bien identifiés, de notre code du travail. C’est ambitieux, mais c’est possible ! Le chantier se poursuivra et il prendra du temps, mais il faut avancer de manière significative dans les prochains mois.

Myriam EL KHOMRI a engagé une concertation avec vous depuis plusieurs semaines. La plupart d’entre vous lui avez adressé des contributions. Le 28 octobre prochain, elle me remettra ses propositions et nous indiquerons alors les orientations du projet de loi. Une seconde phase de concertation s’engagera à partir de là sur le projet de loi lui-même, jusqu’à la fin de l’année. Nous avancerons dans les réformes – le chef de l’État le rappelait ce matin – jusqu’au bout du quinquennat.

Mesdames et messieurs,
Ces différentes réformes structurelles concourent au même objectif : permettre à notre économie d’être plus compétitive et de créer davantage d’emplois.

D’autres leviers sont mobilisés pour répondre à cet objectif. Nous devons encore les amplifier.

Le premier, c’est bien sûr le Pacte de responsabilité et de solidarité : la Nation consent un effort sans précédent – 40 milliards d’euros – pour faire baisser les cotisations et la fiscalité des entreprises et leur permettre d’embaucher.

Car il n’y a pas d’emplois sans employeurs, et donc pas d’emplois sans les entreprises et toutes celles et tous ceux qui les font vivre, sans les entrepreneurs qui prennent les initiatives pour s’étendre, aller à la conquête de nouveaux marchés, exporter.

Les entreprises, ce sont nos grands groupes, avec leurs salariés, leurs cadres, leurs ingénieurs, leurs techniciens, leurs ouvriers. Ce sont aussi bien sûr nos plus de trois millions de TPE et PME, nos trois millions d’artisans, qui créent 100 000 emplois chaque année, nos commerçants, nos indépendants, qu’il faut peut-être davantage considérer.

Notre engagement est tenu. Aux entreprises de tenir le leur !

Je voudrais commencer par saluer les branches qui jouent le jeu : la filière des industries agroalimentaires est sur le point de signer un accord très large qui permettra de couvrir plus de 700 000 salariés.

Mais je veux le rappeler aux représentants des entreprises, qui d’ailleurs le savent : il ne suffit pas d’engager les négociations – trois branches seulement ne l’ont pas encore fait. Il faut désormais les faire aboutir ! Seules 14 des 50 branches qui emploient le plus ont conclu un accord – elles étaient 11 en mai 2015.

C’est trop peu. Je l’ai déjà dit plusieurs fois. On ne peut pas en rester là. Le mouvement des réformes passe aussi par là ! C’est l’intérêt de tous, y compris celui des branches patronales concernées.

Lutter contre le chômage, c’est ensuite permettre aux demandeurs d’emploi de saisir toutes les opportunités offertes sur le marché du travail.
Vous connaissez le paradoxe : malgré le niveau du chômage, près de 300 000 postes sont aujourd’hui non pourvus faute de candidats qualifiés. Un exemple : les chaudronniers, les forgerons n’arrivent pas à recruter ! 220 000 postes d’infirmiers seront à pourvoir d’ici 2022, 310 000 postes d’aides à domicile. De nouveaux métiers seront inventés, je l’ai dit, dans les domaines du numérique ou de l’énergie.

Il faut donc faire se rencontrer l’offre et la demande en permettant aux demandeurs d’emploi d’avoir davantage accès à la formation, en particulier à celles donnant accès aux métiers qui recrutent. C’était tout l’objectif du programme de 100 000 formations prioritaires en 2014 et 2015. Un programme efficace : à l’issue de ces formations, 6 bénéficiaires sur 10 ont trouvé un emploi.

Nous souhaitons donc porter à 150 000 le nombre de formations financées dans ce cadre. Nous engagerons dès le mois de novembre les discussions avec les partenaires sociaux et les régions pour concrétiser cet objectif. La réussite de la réforme de la formation professionnelle que nous avons engagée fin 2013 passe aussi par là.

Nous avons enfin pris des mesures spécifiques pour les catégories les plus touchées par le chômage.

Parmi les demandeurs d’emploi, certains rencontrent des difficultés particulièrement lourdes et méritent une attention plus soutenue. L’an dernier, lors de la conférence sociale, j’avais pris l’engagement d’élaborer un plan de lutte contre le chômage de longue durée. Ce plan a été construit avec vous et présenté le 9 février dernier.

Nous avons tous reçu un courrier du Collectif ALERTE qui se félicite des conditions d’élaboration de ce plan, mais qui insiste sur la nécessité de poursuivre sa mise en œuvre et d’aller plus loin sur certains points. Je partage cet objectif, et je sais qu’il en est de même pour vous tous.

Je propose donc que nous travaillions ensemble à la concrétisation de cette demande : en abondant le compte personnel de formation des demandeurs d’emploi longue durée au-delà des 100 heures mobilisables aujourd’hui ; en pérennisant en 2016 la nouvelle prestation de "suivi dans l’emploi" mise en œuvre par Pôle emploi pour ce public.

D’autres propositions émergent. Nous pourrons ainsi nous appuyer sur la proposition de loi présentée par le député Laurent GRANDGUILLAUME.

Et nous continuerons à mener avec détermination notre combat pour l’emploi des jeunes.

Grâce aux politiques mises en œuvre depuis 2012, le chômage des moins de 25 ans s’est stabilisé dès 2013. Il a commencé à baisser au début de cette année, même s’il est évidemment à un niveau trop élevé.

Nous agissons pour encourager l’apprentissage, dont on sait qu’il est un moyen efficace d’entrer dans la vie active. Le nombre d’apprentis a connu ces dernières années un recul significatif, faute d’aides – mais c’est aussi un problème culturel qui touche notre pays, et notamment les familles. Face à ce constat, nous avons engagé ensemble un plan de relance très ambitieux, il y a un an.

Cette politique porte ses fruits. D’après les premières données disponibles, le nombre de contrats d’apprentissage conclus est en hausse de 6,5 % sur les trois premiers mois de la rentrée.

Je vois dans ces premiers résultats un encouragement à poursuivre : statut de l’apprenti, relations entre les entreprises et les écoles … Autant de sujets pour les prochaines semaines.

Et je voudrais être très clair aujourd’hui : toutes les énergies devront se mobiliser. Je pense bien sûr au service public, à l’État – nous en avions pris l’engagement. Mais je pense aussi aux entreprises, qui doivent aller plus loin, ouvrir plus grand leurs portes aux apprentis. Il y a de beaux exemples de réussite, il faut s’en inspirer.

Nous devons également mieux accompagner les jeunes dans leur insertion professionnelle.

C’est l’objectif de la "garantie jeunes", un parcours intensif d’accès à la formation et à l’emploi expérimenté dans plusieurs territoires. L’an dernier, nous avons étendu ce dispositif pour qu’il bénéficie à 50 000 jeunes en 2015 et 100 000 en 2016. Tous les acteurs impliqués saluent sa pertinence et son efficacité. Nous irons donc encore plus loin : mi-2016, tous les territoires volontaires pourront y avoir accès.

Nous avons également créé, en 2013, un droit à la deuxième chance pour tous les jeunes sortis sans qualification du système scolaire, avec des outils complémentaires pour qu’ils puissent tous être pris en charge.

Aujourd’hui, là aussi, nous pouvons aller plus loin. Le compte personnel d’activité sera abondé afin de permettre à ces jeunes d’accéder à un premier niveau de qualification. Nous pourrons définir les modalités de ce dispositif dans le dialogue avec les partenaires sociaux et avec les régions.

Mesdames, messieurs,

Cette quatrième conférence sociale s’achève… mais le mouvement des réformes, lui, se poursuit. La situation de notre pays nous commande même de l’accélérer.

C’est ce qu’attendent les salariés, les chômeurs, les entreprises. C’est ce qu’attendent tous les Français.

La réforme, bien sûr, ce n’est pas un but en soi. Nous réformons pour faire vivre nos valeurs, c’est-à-dire le travail, l’émancipation des individus, l’égalité, et la protection. La réforme, ce n’est pas non plus la rupture. C’est s’adapter pour faire avancer la solidarité, la cohésion et la justice sociale.
Et pour cela, il y a une méthode : le dialogue.

Ce dialogue social qui, pour paraphraser CHURCHILL, est "le pire des systèmes, à l’exception de… tous les autres". Oui, il n’y a pas de meilleure voie que le dialogue social. C’est même la seule voie possible. Car les voies alternatives que certains proposent, c’est toujours moins d’écoute, moins de prise en compte de la réalité du terrain, moins de droits pour les salariés. Et c’est finalement une mise en cause totale de ce que, patiemment, nous avons construit au fil du temps et qui fait la spécificité et la force de notre modèle social, basé sur la confiance réciproque et le respect mutuel.

CHURCHILL parlait de la démocratie. Il en va de même, donc, du dialogue social. Et ce n’est pas, par conséquent, un hasard si démocratie et dialogue social sont intimement liés. Et pour que la social-démocratie vive, il faut la réformer. C’est le sens du social-réformisme que je veux incarner.

Oui, démocratie et dialogue sociale sont intimement liés. Et chaque fois que l’on remet en cause les représentants, tous les représentants, c’est-à-dire ceux et celles qui portent et font entendre la voix des Français, on met en danger la démocratie, on fait le jeu des populismes, des extrêmes qui se nourrissent de la crise économique, du chômage de longue durée, mais aussi des doutes et du scepticisme pour avancer les pires solutions pour notre pays.

Aujourd’hui – et nous continuerons à le faire – nous avons fait confiance aux acteurs que vous êtes, dans le respect de votre diversité, sans méconnaître les désaccords. La feuille de route sociale que je viens de vous présenter en est le résultat : elle est résolument tournée vers l’avenir. Nous la conduirons avec ceux qui sont prêts à s’engager pleinement pour notre pays, en écoutant et en respectant tous les autres.

La France est riche de ses nombreux atouts : sa jeunesse, sa démographie, ses technologies, ses ingénieurs, mais aussi ses services publics, dans le domaine de l’éducation, de la santé, des transports, de la sécurité – et je pense à tous les agents de nos services publics. Je n’oublie jamais que c’est l’État qui a construit la Nation française. Et même si cet État doit se réformer, il constitue une colonne vertébrale majeure, non pas pour l’identité de notre pays mais pour l’âme de la France.

Le monde attend la France, ses produits et ses services. Il suffit de se déplacer à l’extérieur, de rencontrer l’ensemble de nos interlocuteurs étrangers de tous les continents pour s’en rendre compte. Le regard qui est porté sur notre pays est bien plus positif que celui, parfois, que nous portons sur nous-mêmes.

Alors j’appelle chacun, modestement – car cette injonction, elle est également pour le gouvernement –, à la responsabilité. La période que nous traversons, les défis que nous affrontons – le défi terroriste, le défi des réfugiés, le défi écologique, le défi de la croissance et de l’emploi – exigent que chacun fasse preuve d’exigence avec, comme seul objectif, une France qui se renforce, dans l’intérêt de chacun, et qui donne confiance à une jeunesse qui doute souvent de son avenir.

Le 11 janvier, toute la France s’est levée pour dire non à la barbarie et défendre les valeurs que nous partageons tous. Face à la menace, vous, les premiers, avez su vous élever au-dessus des divergences. En Tunisie – Laurent BERGER le rappelait – ceux qui viennent de recevoir le prix Nobel de la paix ont eux aussi montré comment les acteurs sociaux pouvaient, sur un combat essentiel, se retrouver. Moi, les membres du gouvernement, nous vivons avec cette gravité qui pèse sur nos épaules depuis le début de l’année.

Et dans les défis, je n’oublie pas les défis qui menacent plus profondément notre démocratie : la montée en puissance de l’extrême droite et du Front national, pas seulement en France mais partout en Europe, une part de notre jeunesse qui est aujourd’hui tentée par la radicalisation dans nos quartiers populaires.

Ignorer ces défis, faire comme s’ils n’existaient pas serait une faute.

Alors, nous avons tous une responsabilité : à chacun de nous d’être à la hauteur.

C’est ce que nous vous proposons.

Je vous remercie.
Discours du 19 octobre 2015 - Clôture à la Conférence sociale