12 octobre 2015 - Discours

Discours du Premier ministre - Base aérienne en Jordanie

"Etre militaire, porter l'uniforme, c'est un engagement total ; de ceux pour lesquels la Nation doit avoir la plus grande considération."
Monsieur le ministre de la Défense, cher Jean-Yves Le Drian,
Monsieur le ministre des Relations avec le Parlement, cher Jean-Marie Le Guen,
Messieurs les officiers généraux français et jordaniens,
Mon Colonel,
Madame l'Ambassadrice,
Officiers, sous-officiers et militaires du rang,
 
Si nous sommes venus à votre rencontre aujourd'hui - et ce n'est pas la première fois que vous recevez le ministre de la Défense -, si nous sommes venus sur cette base, c'est parce que vous avez fait un choix qui force le respect : servir la France, défendre ses couleurs, se battre pour nos valeurs.

C'est un choix exigeant, mais parmi les plus nobles qui soient.

Il réclame du courage. Celui que nous venons de voir dans le regard des équipages qui s'envolaient pour une mission de guerre.

Il réclame de la ténacité, une cohésion à toute épreuve qui ne laisse place à aucune improvisation.

Etre militaire, porter l'uniforme, c'est un engagement total ; de ceux pour lesquels la Nation doit avoir la plus grande considération.

C'est un engagement qui a ses risques. Et, face à vous, nous avons une pensée très émue pour les neuf victimes de l'accident d'Albacete le 26 janvier dernier. C'était vos compagnons d'armes, vos frères, et je sais à quel point ce deuil a marqué votre communauté. Soyez assurés que la France n'oublie pas et n'oubliera pas – nous avons eu l'occasion, le président de la République, le ministre de la Défense, moi-même, de le dire aux familles – celles et ceux qui, avec bravoure, sont tombés à son service.

J'ai souhaité venir ici, en Jordanie, comme j'avais souhaité me rendre, quand j'étais ministre de l'Intérieur, en Afghanistan, pour aller saluer les gendarmes sur place, au Mali, ou, en novembre dernier, avec Jean-Yves Le Drian, au Niger et au Tchad, auprès de vos camarades de l'opération Barkhane, eux qui agissent coude à coude avec nos partenaires africains.

A vous comme aux militaires stationnés au Sahel, je veux dire combien nos concitoyens sont fiers de vous, combien ils se reconnaissent en vous. Même si vous êtes à des milliers de kilomètres, ils n’ignorent rien de ce que vous accomplissez au quotidien pour leur sécurité et pour les protéger. La Nation est à vos côtés, aux côtés de ses soldats.

Chaque époque a ses épreuves, ses ultimatums, devant lesquels la main ne doit pas trembler. Reculer, accepter, être faible n'est pas une alternative. Face aux ennemis de la liberté, face à la barbarie, face à ceux qui sont assoiffés de destruction, de torture, d’avilissement de l'humanité, nous devons opposer la plus forte des réponses.

Et cette réponse, vous l'incarnez. Car nous sommes en guerre.

En guerre contre un ennemi redoutable, un nouveau totalitarisme qui, en se jouant des frontières, menace la région, ici même, menace l'Europe, menace notre pays. A l'aide des réseaux sociaux, il recrute et embrigade, notamment parmi notre jeunesse qui part alors dans ses rangs et n'hésite pas à s'en prendre à son propre pays. Il détruit, sème la désolation, la terreur, ronge les esprits et dévore les vies.

Cet ennemi a frappé la France à Montauban et à Toulouse en mars 2012. Il a frappé à nouveau à Paris les 7, 8 et 9 janvier ; frappé encore dans l'Isère, à Saint-Quentin-Fallavier, en juin.

Il a frappé le Danemark, l'Australie, le Mali, le Kenya ou encore la Tunisie. Il s'est abattu sur l'Irak et sur la Syrie avec la volonté de contrôler un territoire, d’en piller les richesses et d'asservir ou d'anéantir des populations. Il menace bien sûr la Jordanie.

La France, parce qu'elle est une grande puissance, assume ses responsabilités.

Le 19 septembre 2014, il y a un an, le chef de l'Etat a décidé de faire intervenir nos forces armées en Irak contre Daech et ce, à la demande des autorités irakiennes.

En l'espace de douze mois, notre aviation - dont vous êtes les fers-de-lance - a mené, au sein de la coalition internationale, plus de 240 frappes à partir de la Jordanie, des Emirats arabes unis ou de notre porte-avions.

Des frappes qui ont infligé à Daech des coups très sévères.

Notre appui aux forces irakiennes et kurdes a ainsi permis d'endiguer la progression des groupes djihadistes et de stabiliser les lignes de front.

Daech a subi de lourdes pertes. Mais ses troupes fanatisées, connaissant très bien le terrain, ne plient pas encore sous la force de l'offensive. Nous devons donc poursuivre nos opérations pour continuer d'affaiblir l'ennemi et permettre aux forces de sécurité irakiennes et aux Peshmergas kurdes de reprendre le contrôle de leur territoire.

Agir en Irak était nécessaire – ce n'était pas suffisant. Il nous a fallu aller plus loin dans les opérations. Pour notre sécurité. Pour détruire les bastions, les postes de commandement depuis lesquels les groupes terroristes décident et orchestrent les attaques visant nos compatriotes, sur notre sol, nous visant directement.

Nous frappons ces terroristes, quelle que soit leur nationalité, et nous n'avons pas à nous en excuser. Parce que nous sommes agressés, menacés, le président de la République a fait le choix d'engager nos moyens aériens en Syrie, en toute autonomie de décision et dans le cadre de la légitime défense.

Depuis le 8 septembre, vous menez des missions de reconnaissance afin de localiser les repaires de Daech et pouvoir les frapper. Vous avez commencé à le faire avec des premiers succès.

Cependant, nous le savons, il faudra agir dans la durée. Ce combat contre Daech sera un combat de longue haleine ; il faut de la constance, de la détermination. Vous n’en manquez pas.

Vous qui êtes engagés dans le ciel syrien, vous éprouvez mieux que quiconque la désolation de ce pays, le désastre que vivent les populations massacrées, déplacées, réfugiées.

Vous savez que les crimes commis en Syrie sont ceux du régime en place tout autant que des terroristes. Il y a donc urgence à installer une transition politique. Derrière le ministre des Affaires étrangères, notre diplomatie est pleinement mobilisée. Elle parle à tous, car la solution ne peut venir que d'une initiative commune la plus large possible.

Vous observez, aussi, le jeu des puissances, les influences extérieures, la montée en force du dispositif militaire russe, encore aérien, bientôt peut-être terrestre. Je le redis devant vous comme l'a dit très clairement le président de la République : vouloir sauver le régime de Bachar El-Assad, s'en prendre à l'insurrection modérée, c'est se tromper de cible. Ce n'est pas une politique, c'est un retour en arrière. Et la France ne peut pas l'accepter.

En venant ici, sur cette base aérienne, je vois combien le royaume jordanien est en première ligne dans notre combat commun contre Daech. Il en a d'ailleurs payé le prix fort. Et je veux rendre ici hommage à la mémoire du capitaine Muath Al-Kasaesbeh, victime de la barbarie et qui, comme toutes les autres victimes, nous impose une exigence : celle de ne rien céder.

Nous avons dit hier, avec Jean-Yves Le Drian, à sa Majesté le roi Abdallah II toute la reconnaissance de la France pour la qualité des relations qui existent entre nos deux pays.

Notre coopération militaire est excellente. La présence militaire française aux côtés des forces armées jordaniennes n’a cessé de se renforcer ces dernières années, par le biais d'exercices, de partage de renseignements ou encore d'actions de formation. La Jordanie nous apporte ici même un soutien précieux dans la durée.

Je me félicite à cet égard de l'accord sur le statut des forces que nous avons signé hier. Il permettra, monsieur le ministre de la Défense, d'approfondir encore ce partenariat.

Vous aussi, militaires français, vous portez la fraternité et l'amitié entre nos deux pays. Et je me réjouis de voir ici à quel point cette coopération est une réalité tangible.

Je suis particulièrement heureux et satisfait de ce que j'ai pu voir aujourd'hui.

Je remercie le contre-amiral Antoine Beaussant et le colonel Laurent Drouilhet pour la qualité de leur présentation et pour s'être faits les porte-paroles de votre engagement et de votre abnégation.

Votre contribution à l'opération Chammal est essentielle. Avec six Mirage 2000, vous réalisez désormais, à vous seuls, l'essentiel des frappes françaises avec une régularité et une efficacité très appréciées, je le sais, au sein de la coalition à laquelle nous participons.

A vos côtés, j'ai de nouveau vu pourquoi « il faut toute une armée pour faire voler nos avions », pour leur permettre de frapper juste, de frapper vite.

Cette armée, je le disais, a tout le soutien de la Nation. Il se traduit également en termes budgétaires.

Ainsi, la loi de juillet 2015 portant actualisation de la programmation militaire a amorcé un renforcement en termes d'effectifs, d'équipements et de financement. Il s'agit d'une hausse de 3,8 milliards d'euros du budget de la défense sur la période 2015-2019. C'est un effort important. Vous le devez beaucoup, bien sûr, à l'engagement personnel du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. C'est un effort nécessaire pour vous donner les moyens d'agir. D’agir sur notre sol, dans le cadre notamment de l'opération Sentinelle. D'agir sur tous les théâtres d'opération où la France est engagée.

Nous n'avons pas connu cela depuis longtemps, cette capacité de projection que beaucoup nous envient et qui force l'admiration, et en même temps cette nécessité d'assurer la sécurité de nos compatriotes sur le sol national.

Cette action, cet engagement de la France sont attendus.

Dans un monde en proie aux bouleversements, à l'instabilité, aux menaces, notre pays, son drapeau, sont des repères pour de nombreux peuples qui placent en nous leur confiance, leurs espoirs - nous l'avons vu encore pendant deux jours en Egypte et en Jordanie. Je l'ai vu dans le regard tout à l'heure des réfugiés que nous avons rencontrés à Amman, mais aussi de ces Chrétiens d'Orient qui ont dû fuir Mossoul.

C'est pour tous nos militaires, mais bien au-delà pour tout notre pays, une immense responsabilité. Celle d'être à la hauteur du moment.

Souvent, le débat public, le débat politique dans notre pays n'est pas à la hauteur de ces enjeux, de ces défis, de ces menaces que vous, vous affrontez. L'histoire, comme elle l'a fait dans le passé, nous lance un véritable défi. Et c'est à nous de le relever, c’est à nous d'éradiquer ceux qui veulent abattre nos civilisations.

Ce combat, à force d'engagement avec nos alliés, nos partenaires, nous le gagnerons. Nous gagnerons la guerre, cette guerre qui a été déclarée et que j'évoquais dans mon discours à l'Assemblée nationale le 13 janvier dernier. Nous gagnerons la guerre contre le djihadisme, contre le terrorisme islamiste !

Aujourd'hui, sur cette base, comme hier à N'Djamena et à Niamey, j'ai pu constater que nos soldats, tout comme leurs camarades jordaniens, sont au rendez-vous, qu'ils ne manquent pas de bravoure.

C'est pour moi, chef du gouvernement, un véritable honneur, un plaisir, une fierté d'avoir pu être à vos côtés cet après-midi. Sachez qu'à vos côtés, avec le président de la République, avec le ministre de la Défense, avec les membres du gouvernement, nous le restons à toute heure, à chaque instant.

Nous sommes un grand pays par sa langue, par sa culture, par son histoire, nous sommes un grand pays qui rayonne toujours dans le monde et qui parle, je le disais, au cœur des peuples. Nous sommes un grand pays par notre diplomatie sur tous les terrains, pour renforcer la paix ou répondre à l'urgence climatique.

Nous sommes un grand pays grâce à vous, grâce à vous qui portez les couleurs de la Nation.

Soyez fiers d'être français, d'incarner les valeurs de la Nation et soyez certains d’une chose : nous, nous sommes fiers de vous.

Bravo pour votre action.

Merci encore à la Jordanie pour son soutien.

Bonne poursuite dans vos missions.

Vive la République et vive la France !