9 septembre 2015 - Discours

Discours du Premier ministre - Inauguration de la Biennale internationale des métiers d'art et de la création

"Faire la promotion des métiers d’art, c’est enfin prendre les mesures législatives adaptées. La loi relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, dite loi Pinel, a marqué une grande avancée. Elle a reconnu l’importance de ces secteurs dans l’économie française, mais plus encore, elle a sécurisé les savoir-faire et les qualifications. Le trait commun de toutes ces professions, c’est la maîtrise du geste, de la technique. C’est cette définition que la loi a inscrit dans notre droit, et il était temps."
Madame la ministre, chère Martine Pinville,
Monsieur l’ambassadeur de Corée du Sud,
Mesdames, Messieurs, les ambassadeurs,
Monsieur le sénateur,
Monsieur le président, Jean-Paul Cluzel, merci de nous accueillir encore dans cet endroit magnifique,
Monsieur le président du salon, Serge Nicole,
Monsieur le commissaire général, cher Henri Jobbe-Duval,
Mesdames, Messieurs,
 
Le monde de la culture s’enrichit, et il faut s’en féliciter, d’une nouvelle biennale, une biennale internationale des métiers d’art contemporains. Sa première édition, vous nous le rappeliez, il y a 2 ans, était, disons, un très beau coup d’envoi, avec tout de même 35 000 visiteurs en 5 jours ! Et cette deuxième édition l’inscrit pleinement dans le paysage artistique mondial. C’est pour Paris, pour la France, pour notre savoir-faire – la ministre de la Culture, en ce moment même à la biennale de Lyon, le dirait aussi bien que moi –, un honneur que d’en être l’hôte.
 
Malgré tous les ambassadeurs présents, et qu’ils m’excusent, j’oserais presque dire : quoi de plus logique que ce choix de la France ? Quelle plus belle vitrine, en effet, que ce Grand Palais, prouesse technique et architecturale, pour héberger les 350 exposants, artistes, artisans d’art, venus du monde entier ? Nous avons été, avec Martine Pinville, frappés par la qualité, la diversité, l’enthousiasme, des artistes et des stands.
 
Quinze pays ont fait le choix du Salon Révélations. La Corée du Sud est cette année l’invitée d’honneur, et je m’en réjouis, tant les liens culturels entre nos deux pays, Monsieur l’ambassadeur – et le pavillon de la Corée du Sud est magnifique – sont nombreux et riches. Nous aurons l’occasion d’en reparler bientôt, avec la visite de votre Premier ministre ici, en France, et celle de notre président de la République bientôt en Corée du Sud.
 
Cette biennale est donc un beau moment de culture, et la visite que nous venons de réaliser nous a permis de voir l’excellence dans nombre de disciplines, ébénisterie, ferronnerie, bijouterie, joaillerie, cuir, maroquinerie, plumasserie, et tant d’autres métiers magnifiques et délicats. Certains, je les connaissais ; d’autres, je dois l’avouer, je viens de les découvrir.
 
Ce salon est l’occasion de découvrir ces ouvrages qui ont recours à des méthodes traditionnelles ayant traversé les siècles. Il permet de saisir la diversité qui caractérise les métiers d’art, diversité des techniques, des matériaux utilisés, ancestraux pour certains, mais toujours innovants. Diversité, enfin, des objets réalisés. Tous ces ouvrages portent l’empreinte de leur créateur, ou de l’atelier dont ils sont issus. Je veux à ce titre, mesdames, messieurs les exposants, saluer votre talent, votre goût de la perfection, la noblesse de vos gestes, qui permettent de maintenir vos disciplines au meilleur niveau. Vous êtes les détenteurs d’un capital inestimable de savoir-faire complexes, fait d’heures et d’heures de travail. Derrière l’objet se cachent des jours et des nuits d’attention à la matière, pour la changer, pour la transcender.
 
Les métiers d’art sont, oui, des métiers qui ont un pied dans le classique, et un pied dans le contemporain. C’est ce qui en fait, je crois, et nous l’avons vu également, le côté merveilleux. Vous tous êtes des créateurs, mais aussi des entrepreneurs, des artisans – madame la ministre – et des artistes. C’est une source légitime de fierté, cela se voyait sur les visages, et de dynamisme.
 
Les métiers d’art constituent un secteur énergique, avec un grand nombre de très petites entreprises, environ 38 000, à très forte valeur ajoutée. Ils contribuent fortement au rayonnement de la France à l’étranger – nous l’avons vu pour ce qui concerne le cuir, la maroquinerie, avec un solde positif de 2 milliards –, depuis la rénovation de notre patrimoine historique, qui attire toujours plus de touristes, jusqu’au secteur de luxe et de la mode, qui est l’un, vous le savez, de nos principaux atouts à l’exportation.
 
Ils sont une richesse dont nous devons faire la promotion. Et je sais combien l’action de l’Institut national des métiers d’art, présidé par Gérard Desquand, est précieuse pour veiller au développement et à la structuration du secteur.
 
Un secteur dont la contribution à l’économie locale suit un modèle vertueux : utilisation, souvent, de matériaux locaux, fabrication dans le respect des règles de l’art, transmission des savoir-faire aux jeunes générations pour en assurer la sauvegarde. C’est un modèle entrepreneurial, profondément humaniste, qui se fonde sur des principes et des valeurs : indépendance, liberté, exigence, persévérance et humilité.
 
Faire la promotion des métiers d’art, c’est aussi, pour l’Etat, s’impliquer de manière très concrète. Le ministère de la Culture et ses établissements publics sont ainsi les premiers employeurs des métiers d’art, avec 1 200 agents dans ces filières. Elles regroupent une soixantaine de spécialités, dans les ateliers de création – Manufactures nationales des Gobelins, Beauvais, Savonnerie et Sèvres – et de restauration – vous le savez : Louvre et Archives nationales.
 
Des engagements ont été pris ces dernières années pour maintenir et faire évoluer cette filière en lien avec la valorisation du patrimoine monumental et immatériel. La dentelle d’Alençon est ainsi désormais inscrite au patrimoine de l’UNESCO.
Il s’agit d’améliorer également la formation et l’accueil des apprentis dans les manufactures nationales.
 
Faire la promotion des métiers d’art, c’est enfin prendre les mesures législatives adaptées. La loi du 18 juin 2014, vous l’évoquiez, relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, dite loi Pinel, a marqué une grande avancée. Elle a reconnu l’importance de ces secteurs dans l’économie française, mais plus encore, elle a sécurisé les savoir-faire et les qualifications. Le trait commun de toutes ces professions, c’est la maîtrise du geste, de la technique. C’est cette définition que la loi a inscrit dans notre droit, et il était temps.
 
Les professionnels des métiers d’art bénéficient par ailleurs, et Martine Pinville y veille, des actions engagées par le gouvernement en faveur de l’artisanat et des TPE. L’action du gouvernement, je veux le rappeler, c’est 1 milliard d’euros de baisse des charges dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité pour ce secteur – un montant qui vient s’ajouter aux baisses de cotisations prévues par la loi Pinel et aux allégements de cotisations patronales prévus également dans le cadre du Pacte, qui bénéficieront aux artisans, comme aux commerçants. C’est aussi l’exonération de la C3S pour les plus petites entreprises, et demain pour les autres.
 
L’action du gouvernement, c’est aussi la simplification des procédures de création d’entreprise et des conditions d’embauche et de formation des apprentis et des salariés, l’utilisation du Titre emploi service entreprise pour les PME de moins de 20 salariés. C’est 4 000 euros de prime pour embaucher un premier salarié et aider les entreprises individuelles –  qui sont si nombreuses, dans les métiers d’art – à franchir le pas du premier recrutement.
 
Enfin, nous avons agi pour faire reconnaître et protéger nos indications géographiques pour des produits artisanaux, afin de valoriser ceux qui les produisent et de porter l’excellence des terroirs et des territoires.
 
Je sais que beaucoup reste à faire pour consolider vos secteurs. Vos compétences sont rares, il faut en assurer la transmission, motiver et former celles et ceux qui prendront votre suite, se réapproprieront vos savoir-faire.
 
Sachez que le gouvernement est à vos côtés. Car nous savons combien vous êtes un des pans essentiels de la fierté de la France. C’est pour cela que nous devons mettre en œuvre, concrètement, la loi – vous l’évoquiez. Les décrets, dès que quelques arbitrages auront été rendus, sortiront pour son application. Vous l’attendez avec impatience ... et vous avez raison !
 
Monsieur le Président, cher Serge Nicole, encore bravo pour cette belle initiative … qui, elle, n’a rien d’artisanal ! Mais qui donne à l’art, aux métiers d’art, toute leur place.
 
La culture, avec toute sa diversité, occupe une place essentielle dans l’identité de notre pays. Nous le savons et nous le verrons bien encore dans quelques semaines, ici-même, avec la FIAC. Et d’ailleurs, il y a parfois, parmi vos exposants, des artistes qui participent ou qui ont participé à la FIAC. Nous pouvons être fiers de notre patrimoine culturel, mais n’oublions jamais que la culture, c’est aussi une des forces de notre économie.
 
Je vous souhaite, et je n’ai aucun doute là-dessus, encore plus de visiteurs que l’an dernier. Toute l’énergie présente ici, tous les talents venus du monde entier, tous ces artistes sont d’incomparables atouts pour cela.
 
Bonne biennale à tous, et merci de votre accueil !
Discours du 9 septembre 2015, Inauguration de la Biennale internationale des métiers d'art et de la création