15 juillet 2015 - Discours
Contenu publié sous le Gouvernement Valls II du 26 Août 2014 au 10 Février 2016

Discours du Premier ministre sur le plan de soutien à l’élevage français

Madame la ministre, Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs,

Le secteur de l’élevage traverse une période particulièrement difficile, qui met les agriculteurs à rude épreuve et qui ne laisse pas indifférents nos compatriotes. L’élevage, le président de la République le rappelait il y a un instant, c’est la principale filière française, c’est l’industrie agroalimentaire. L’élevage, c’est aussi les paysages français.

Les manifestations de ces derniers jours traduisent une colère, une angoisse, une détresse que nous percevons depuis longtemps devant les conditions d’exploitation toujours plus incertaines. De nombreux éleveurs ont le sentiment que leurs efforts quotidiens ne sont pas payés de retour. Cette angoisse des éleveurs, il faut l’entendre – nous l’entendons – et y répondre – c’est ce que nous faisons – par des mesures d’urgence mais aussi de long terme, structurelles.

Ces mesures sont préparées depuis plusieurs semaines. Le Conseil des ministres, c’était la volonté du président de la République, vient de les examiner et le gouvernement est mobilisé, tout particulièrement avec Stéphane LE FOLL, bien sûr, mais aussi Michel SAPIN, Emmanuel MACRON, Martine PINVILLE, Matthias FEKL et Harlem DESIR.

Vous tous le savez, les situations des filières sont très différentes. La filière porcine connaît des difficultés depuis plusieurs années, aggravées par l’embargo russe ; les éleveurs de bovins sont payés depuis un an à des prix qui ne couvrent pas leurs coûts de production ; enfin, les producteurs de lait sont confrontés à un brusque retournement de conjoncture lié à une forte production partout dans le monde et à la fin des quotas laitiers dans l’Union européenne.

Tout cela, le ministre de l’Agriculture le vit au quotidien, sur le terrain, depuis des mois. Tout cela, je l’ai évoqué à l’occasion de mes rencontres avec des éleveurs dans différentes régions de France. Nous avons vu cette peur du lendemain, mais aussi cette volonté de continuer d’exercer un métier qui est bien plus qu’un métier. Etre agriculteur, éleveur, c’est faire le choix d’entreprendre, de consacrer beaucoup de temps à son exploitation, au détriment souvent de sa vie personnelle et familiale. C’est aussi contribuer, faut-il le rappeler, à cette mission unique qui est de nourrir les Français.

Nous sommes aux côtés des éleveurs. L’effort, le travail, le fruit de son travail, la dignité, c’est cela le monde paysan. Chacun doit pouvoir vivre dignement de son travail. Nous pensons aussi aux jeunes agriculteurs, à la relève du monde paysan qui doit pouvoir vivre, elle aussi, de son travail, et dignement.

Notre ambition, c’est de gérer la situation d’urgence, mais surtout, d’apporter des solutions durables. Le monde paysan n’a pas besoin de remèdes de circonstance, de pansements d’urgence ; il a besoin d’un avenir. Depuis de longs mois, je le disais, le gouvernement, et en particulier le ministre de l’Agriculture, agit sans relâche, en lien étroit avec les professionnels. Je veux le remercier pour son engagement, et l’assurer une nouvelle fois de mon soutien et de ma confiance.

Aujourd’hui, la situation réclame la mise en œuvre d’un plan de soutien de l’élevage. Stéphane LE FOLL va le détailler dans quelques minutes. Il s’agit de 24 mesures autour de six axes prioritaires : le redressement des prix payés aux éleveurs, la restructuration de la dette, les allègements et les reports de charges, le développement de la contractualisation dans les filières, les actions pour développer les débouchés à l’exportation, l’amélioration de la compétitivité des filières. Le ministre le détaillera.

Ce plan comprend donc des mesures d’urgence, mais aussi des mesures de moyen et long termes pour les 200 000 éleveurs français et les centaines de milliers de salariés qui travaillent dans les filières viande et produits laitiers. Nous voulons répondre aux attentes des éleveurs, préoccupés par la pérennité de leur exploitation dans un contexte où la sécheresse et la canicule augmentent les inquiétudes. Répondre aussi aux salariés dont l’emploi serait menacé.

Ces difficultés ne concernent pas que la France – tous les pays d’Europe sont ou seront impactés. C’est pour cela qu’il faut que la Commission européenne agisse au niveau communautaire. Le débat lors du dernier Conseil des ministres de l’Agriculture à Bruxelles a permis des ouvertures pour les filières du porc et du lait. Le gouvernement va prendre des initiatives pour que ces premières décisions soient complétées et conduites à terme.

Les mesures voulues par le président de la République et décidées aujourd’hui sur la base d’un travail interministériel ont pour but de retrouver un cercle vertueux qui permette de sortir de la crise qui couve depuis trop longtemps, quelles que soient les majorités au pouvoir. C’est pour cela que j’invite chacun à être responsable dans ce moment-là, et à ne pas exploiter à des fins politiques – en perdant par ailleurs la mémoire de qui porte aussi la responsabilité de cette situation – la détresse des éleveurs.

Nous voulons retrouver un cercle vertueux par le soutien à la trésorerie des éleveurs, et nous insistons – le ministre le fera – sur la restructuration de l’ensemble des dettes et des allègements de charges, sur la volonté de reconquérir le marché national, mais aussi les marchés communautaires et internationaux – c’est pour cela que nous allons mobiliser plusieurs ministres dans les heures et dans les jours qui viennent sur les marchés extérieurs, je pense à quatre pays en particulier, la Grèce, la Turquie, le Liban et le Vietnam ; Matthias FEKL, Martine PINVILLE et Harlem DESIR seront tout particulièrement mobilisés à cette fin –, enfin, en restaurant la compétitivité des filières d’élevage.

Dans cette logique, j’appelle solennellement les industriels et la grande distribution à respecter les hausses de prix auxquelles ils se sont engagés et à faire en sorte que les professionnels de l’élevage puissent vivre dignement de leur métier.

La mobilisation depuis plusieurs semaines de tous les acteurs des filières porcines et bovines, à l’initiative de Stéphane LE FOLL, a non seulement permis d’enrayer la baisse des prix payés aux producteurs, mais aussi d’enclencher un mouvement de hausse. C’est vrai pour le porc ; pour la viande bovine, nous sommes loin du compte. L’effort doit être poursuivi, malgré la difficulté et, souvent, la complexité du dossier.

Il ne peut pas y avoir de course effrénée aux prix bas, de captation de la valeur ajoutée par certains au détriment d’autres. Il faut de l’équilibre et une juste rémunération de chacun. C’est – et chacun doit bien l’entendre – dans l’intérêt de tous : exploitants, distributeurs, consommateurs. Chacun a sa responsabilité. Et nous mobiliserons notamment les grands services publics de l’État à cette fin.

Il faut consommer de la viande française ! Elle est de qualité.

Notre pays a besoin de son agriculture, de son élevage ; ce sont des éléments de force pour notre économie, c’est aussi l’identité de notre pays, de nos espaces ruraux. Et comme vous le savez, le Gouvernement, d’une manière générale – et le comité interministériel que j’ai présidé à Laon, il y a quelques mois, avait cette vocation –, entend répondre à cette attente, à cette angoisse, à ce sentiment aussi parfois d’abandon que l’on peut éprouver dans un certain nombre de nos territoires. Et c’est pour cela que nous voulons que les services publics soient davantage présents dans ces territoires.

L’agriculture et les agriculteurs sont la France, son génie, ses racines. C’est ce message que nous voulons adresser aujourd’hui aux éleveurs. Le gouvernement est aux côtés du monde paysan, et il met tout en œuvre pour redonner aux éleveurs les perspectives et la sérénité auxquelles ils aspirent légitimement.

Je laisse à présent la parole à Stéphane LE FOLL.
Discours du Premier ministre sur le plan de soutien à l’élevage français